Le Testament
Par Anastasia

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Double Je
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« Pour réaliser une chose extraordinaire, commencez par la rêver.
Ensuite, réveillez-vous calmement et allez jusqu'au bout de votre rêve
sans jamais vous laisser décourager. » (Walt Disney)

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« Gilead est loin d'être un Paradis et n'a de morale que la théorie.
Oserez-vous rejoindre les femmes de l'ombre prête à faire tomber la cité ?
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 Bad Time (avec Lili)

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S et S Kamiya



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________________________________________ Mer 1 Avr 2020 - 14:57

Bad Time

Les vagues se fracassent sur la plage, comme l'espoir se fracasse dans mon âme....

2009 – Dans un parc près de la plage

L’espoir est un sentiment étrange … Il tient éveillé pendant la nuit …il tient en alerte dans la journée… Il prent la tête toutes les secondes des minutes et des heures de vie qu’on a en plus … Hiko était dans les rues … comme souvent …Il aimait être dans la rue ? Non. Il détestait laisser son fils à l’école, ou dans ses cours de sport …. Mais il en avait besoin … il avait besoin de quelques minutes de pur ….. Tranquillité ? Là encore ce n’était que poudre aux yeux… la tranquilité était tout autre … La tranquilité c’était pour les parents qui avaient encore tous leurs enfants.

Sanada avait disparu, et ça depuis maintenant 4 ans … Et Hiko ne se le pardonnait toujours pas … une seconde de jeu avec son autre fils … et le pire était arrivé … Il ne pouvait pas s’en remettre aussi simplement …Il avait vu…il avait compris… que tout ça été de sa faute … il n’aurait jamais dû quitter son fils des yeux … et maintenant, il n’était plus là…

La police avait abandonné les recherches… après 48 heures, les chances de survie pour un enfant décroit et à la fin, sans nouvelles de plus …. Alors on laisse juste tomber l’enquête … aux yeux de beaucoup, Sanada était mort depuis longtemps … mais pas pour Hiko… pas pour Shinta. Les deux savaient qu’il était en vie quelque part …qu’il était … réellement là … Et qu’il reviendrait à eux ….

Dans ce parc près de la plage, parce qu’il avait aimé venir avec Eva, et ensuite avec ses fils… il écoutait le bruit des vagues qui se fracassent contre la plage … tout comme se fracassait en lui des images peut joyeuse …Il voulait que son fils soit en vie… Il le voulait du plus profond de son cœur … mais … s’il était encore en vie … Qu’est ce que sa vie doit être alors depuis le temps ? Il imaginait le pire des scénarios alors que son regard se posa sur une femme avec un bébé dans une poucette … Il se rappelait de cette époque. De ses jumeaux si calment dans les bras de leur père alors que le monde ignorait les larmes du deuil qu’il était en train de subir.

Au loin, un oiseau cria. Hiko posa ses yeux sur lui, en se disant que cela ressemblait à une moquerie de la part de l’animal … vilain. Il ne voulait pas se faire moquer. Sa vie était assez merdique … alors qu’il avait eu le temps de voir l’oiseau, il reposa son regard sur le monde …

Et se fut là que son sang ne fit qu’un tour ! La femme qui avait avant l’enfant en poucette était en train de partir, et une autre femme, qu’il n’avait pas vu avant, était en train de défaire les liens de la poucette … dire qu’il n’avait pas eu le temps de faire quelconques réflexions étaient peu dire … ni une … ni deux, il arriva et poussa la jeune femme en lui tapant sur les doigts avec une branche. Il se mit entre elle et le bébé.

- Je vous interdis de faire du mal à cet enfant, ou je jure de ne pas retenir mes coups !

Il pouvait être impressioner, notre Hiko quand il voulait faire transmettre une émotion comme l’intimidation … surtout que derrière cette acte rapide de sauvetage, il y avait une grosse dose de désespoir… parce que l’espoir et son opposé grandissaient ensemble dans les esprits, comme des jumeaux. Comme ses jumeaux …



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________________________________________ Lun 6 Avr 2020 - 17:32










Bad Time
2009 - Parc près de la plage

Les va-et-vient incessants de la mer la bercent. Elle ferme les yeux, inspire le parfum de l’iode, écoute les rires des enfants, les vagues qui lèchent le sable et le souffle du vent, qui passe dans ses cheveux noirs. L’air frais lui fait du bien. Il glisse dans sa gorge, rafraîchit ce corps qui paraît, parfois, en ébullition. Liliann profite de la tranquillité du monde, comme un répit agréable dans une vie qui n’en a plus connu depuis longtemps. Elle ne pensait pas qu’elle en avait besoin, pas à ce point. Face au fait, pourtant, elle ne peut nier la vérité.

Enfin, Lili peut souffler.

La brune inspire une nouvelle goulée d’air et rouvre les paupières. Bien calée dans son banc, elle passe, pensivement, une main sur son ventre. Les restes de sa grossesse ont arrondi ses formes, mais Liliann ne s’en inquiète pas le moins du monde. Elle se fout des kilos, des cernes sous ses yeux et des cheveux blancs qui, avec l’âge, ne tarderont pas à briller, au milieu de sa crinière noire. Elle n’a pas besoin d’être belle, d’être vue ou entendue. Elle n’a plus besoin d’être femme, maintenant qu’elle est mère. Mère. Comme un miracle qu’elle n’attendait pas, ou plus.

À ses côtés, Béryl pousse un petit bruit. Comme un poc qui s’échappe de sa bouche, à l’explosion d’une minuscule bulle, sur ses lèvres. Liliann se penche sur la poussette, tend les doigts et caresse la joue, le duvet si doux. L’enfant ne se réveille pas, profondément endormie. Âgée de quelques mois, sa fille ne fait pas encore ses nuits et la mère en a les traits marqués, tirés, assombris. C’est, pourtant, un sourire radieux qui étire ses lèvres et ce malgré sa discrétion, comme une ondulation à la surface de l’eau. S’il garde une pointe de tristesse, elle est dissimulée, cachés aux yeux qui ne savent pas regarder.

Liliann ne veut pas partir.

Elle se lève du banc, s’empare de la poussette et fait quelques pas, d’un rythme lent, sans envie d’aller plus loin. La brune n’a, pourtant, pas le choix. Mère ou non, Lili reste une pianiste. Elle doit donner des leçons, en recevoir, jouer pour des oreilles qui n’écoutent pas, pour d’autres qui écoutent trop. Elle ne veut pas, mais elle n’a pas le choix. Chaque note, chaque touche enfoncée lui procure des frissons. Des frissons qui n’ont rien à voir avec la beauté de la musique. Dans son esprit, des époques se mélangent et, devant un piano, Liliann redevient Anahis, la nuque baissée sur la main qui s’y promène doucement. Ou violemment. Elle sait qu’elle doit jouer. Pour son enfant, pour son mari. Alors, elle le fait. Elle serre les dents.

La brune s’arrête devant une femme à peine plus âgée qu’elle. Lili n’aime pas lui confier son enfant. Non pas qu’elle ne lui fasse pas confiance, une chose que la nourrice a gagnée à la sueur de son front, mais la mère ne veut pas être séparée de sa fille. Elle se souvient de choses que le monde voudrait oublier, d’un mal duquel chaque être devrait être protégé. Chaque minute passée loin de Béryl, c’est un peu plus de souvenirs, d’imagination, qui s’emmêlent dans son esprit et amènent, au fond de son cœur, la panique. Heureusement, Liliann ne s’éloigne jamais trop longtemps, ni trop loin, d’ailleurs.

Aujourd’hui, la pianiste doit se rendre à quelques rues du parc, pour une demi-heure qui sera, sans le moindre doute, la plus longue de sa journée. Les mains traînant encore sur la poussette, Lili hésite. Ne peut-elle tout annuler ? La nourrice lui sourit, mais elle ne sait pas. Elle ne peut pas savoir. Elle ne saura jamais les pensées qui fusent dans l’esprit de la jeune mère. Elle ne peut pas comprendre ce besoin, chez la mère, d’être proche de son enfant. Même s’il pleure, même s’il crie. À toute heure.

Liliann s’écarte. Elle se détourne presque d’un bond et s’éloigne à grands pas. Si elle va plus vite, peut-être sera-t-elle plus vite revenue. Peut-être que le besoin de tourner les talons, revenir sur ses pas, s’estompera. Elle n’y croit pas. Elle sait que tout restera comme à cet instant précis, jusqu’à ce que ses yeux noirs se reposent sur sa fille. Alors, elle prend une grande inspiration, bloque l’air dans ses poumons et s’en va.

Jusqu’à un cri.

Ce n’est pas celui de Béryl, mais Lili se retourne, d’un mouvement vif, la panique lui plantant un poignard, dans le cœur. Elle voit un homme, près de son bébé. C’est tout ce qu’elle voit. Un homme qui s’interpose entre sa fille et sa nourrice. Un homme qui tient une branche et prend un air menaçant. Mais Liliann pourrait avoir une arme braquée sur la tempe que ça ne changerait rien à la situation…

Elle court.

Des foulées irrégulières, bouffées par la peur, la rage, les souvenirs de doigts qui s’emparent de son poignet et lui disent de ne rien dire, à personne, jamais. Sur ses joues glissent, déjà, des larmes, pleines de sentiments qui ne font pas bon ménage. Quand Lili s’arrête à côté de sa nourrice, elle a du mal à respirer. Non pas à cause des quelques mètres qu’elle a avalés d’une vitesse hallucinante, mais bien de la détresse que la situation fait naître en elle.

Elle s’apprêtait à hurler, à crier, à ordonner à cet inconnu de s’éloigner de sa fille. Liliann ne le laissera pas poser le petit doigt sur elle. Pour protéger Béryl, elle est prête à tout. À tout. Une certitude qu’il ne vaut mieux pas remettre en question et qui brille dans son regard à l’instant où elle ouvre la bouche, prête à s’énerver sur cet inconnu, à lui faire comprendre qu’il n’a pas choisi le bon bébé.

Puis elle referme la bouche, sans rien dire.

Ce n’est pas le mal, qu’elle voit dans son regard, dans son bâton qu’il dresse entre lui et le monde. C’est le désespoir, ce puits sans fond qui a brillé dans son propre regard, à une époque révolue, ou presque révolue. Lili sent l’air qui emplit ses poumons et lève une main délicate, vers le bâton. Elle n’a pas peur qu’il la frappe, qu’il fasse du mal à ses doigts de pianiste. Elle en a presque envie, comme un besoin malsain qui remue en elle, lui permettrait de s’échapper de cette vie et ne plus jamais quitter Béryl.

« Baissez ça, dit-elle, d’une voix douce. Vous allez lui faire peur. »

Liliann baisse ses yeux noirs sur le visage paisible de sa fille. Heureusement, la détresse de cet homme ne semble pas l’avoir réveillée. Pour l’instant. De son côté, la pianiste est décidée à ne pas aller à son rendez-vous. Elle a, ici, une bonne excuse pour ne pas y aller.

« Vous vous méprenez. »

Toute la colère de la mère a fondu. Il ne reste que la douceur d’une femme qui ne sait pas rester indifférente face à la détresse des autres.

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S et S Kamiya



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________________________________________ Lun 6 Avr 2020 - 19:22

Bad Time

Les vagues se fracassent sur la plage, comme l'espoir se fracasse dans mon âme....

2009 – Dans un parc près de la plage

Hiko ne voyait plus claire … et … ça depuis la disparition de son fils … il ne voyait plus les choses diffusent qui se passaient dans la vie … sauf son autre fils … rien n’était important … mais la protection des enfants, de tout âge, tout le temps … était une chose qu’il ne laisserait jamais passer … sa main était droite, et il se savait assez fort en kendo pour ne plus jamais faire marcher la femme à nouveau … il savait pouvoir écraser par le poids et la vitesse des os entier à l’intérieur même de certaines personnes … Il n’arrivait pas à voir la femme comme une personne fragile, elle était un danger, c’est tout.

Il ne vit à peine pas la nouvelle femme apparaître dans son champs de vision… il ne voulait tout simplement pas laisser cette enfant aux mains du danger … était il en proie à la panique ? Oui. Il avait peur que cette enfant, puisqu’elle était une petite fille, ne finisse disparu comme son fils … son fils qui pouvait être mort à l’heure qu’il est … ou torturé par des tordus dans une maison noire … il ne voulait tout simplement pas laisser son fils … cette enfant, dans le danger, il voulait le protéger … Il n’avait pas pu protéger son fils, il ne laisserait pas le monde s’amputait d’un autre enfant.

Il sentit la main de la femme bien avant de la voir… son attention était directement dirigé vers la veille femme … Puis, il la vit … et tout comme elle… il vit dans son regard quelque chose … d’autres .. quelque chose de similaire …alors il lâcha la branche …et au passage … il lâcha ses nerfs ..

Parce qu’il avait compris son erreur … que l’erreur était écrit sur le visage médusé de la femme qu’il avait failli agresser … Elle n’était pas coupable … lui, l’était … alors il s’accroupi au sol et plonga ses mains dans son visage alors qu’il se mit à pleurer comme jamais il n’avait osé le faire en face d’inconnu .. jamais il ne pleurait devant son fils. Seul le sake et la solitude le faisaient lâcher ainsi prise … et là, il pleurait comme jamais sans pouvoir s’arrêter… Il avait prit sans le vouloir la main de la femme dans la sienne … il ne la tenait pas fermement, elle pouvait partir n’importe quand … mais il priait qu’elle ne le fasse pas …

Le désespoir fracasse les barages et crée des inondations même dans les zones normalement protégés. Les digues, les montagnes rien ne pouvaient stopper le flot du désespoir dans une âme déjà au bord du gouffre. Il souffla des excuses et releva les yeux vers la jeune inconnue.

- Je suis désolé … je … je pensais que … Qu’elle voulait du mal à votre enfant ….

Il ne pouvait plus laisser un enfant souffrir…. Et maintenant, il voulait courir dans l’autre sens, partir se cacher dans un trou de souris d’où il ne ressortirait la tête que quand son fils serait revenu de l’école … d’ailleurs, Shinta passait par là … verrait il son père si pathétique ? Il ne voulait pas y croire, il reposa les yeux sur l’inconnue.

- Je ne voulais pas qu’il arrive de malheur à votre enfant … pas comme …pas comme il a pu arriver malheur au mien.

Parler de Sanada n’était pas chose aisé … mais en cette instant, il avait envie de se flageler … de se faire du mal pour avoir laisser son enfant disparaître… pour l’avoir laisser à un ou une autre … Qu’il ne soit pas là… Qu’il ne puisse pas le prendre dans ses bras et le protéger de tout ce que les autres voudraient de lui.

- Je voulais pas qu’elle disparaisse comme lui….


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________________________________________ Mar 7 Avr 2020 - 10:50










Bad Time
2009 - Parc près de la plage

Sur ses joues, les traces de ses larmes la tirent un peu. L’humidité a déjà séché, balayée par le souffle du vent, pendant sa course. Il ne reste qu’un infime signe de leur passage, une ligne qui glisse de ses yeux à son menton. La peur, la colère, la panique, l’amour d’une mère pour sa fille, toutes ces choses qui ont roulé sur son visage, ramené dans ses yeux le désespoir d’une femme qui a, déjà, trop connu de malheurs, dans sa vie, pour en supporter un de plus. S’il lui vole son bébé, s’il ose le toucher… Liliann explosera, en mille éclats, incapable de survivre à la douleur que ça provoquera, chez elle. Une douleur plus puissante, infiniment plus puissante, que ce qui prend, déjà, possession de son cœur, à l’instant-même où la pensée d’un kidnapping s’impose à son esprit.

Sans peur, comme un roc planté en pleine mer, Lili s’interpose, se plante entre le fautif et sa nourrice, impose au coupable la puissance de son regard, la détermination d’une mère qui ne le laissera pas toucher à son enfant. L’océan peut bien exploser contre sa roche, la brune ne faiblira pas. Il faut des années, à l’eau salée, pour entamer les falaises, ronger leurs flancs et, un jour, les avaler. Il faudra un meurtre, à cet inconnu, pour empêcher la mère de protéger sa fille.

Puis ses yeux noirs rencontrent les siens et Liliann abandonne toute combativité. Elle voit, dans le regard de l’inconnu, ce qu’elle a toujours vu dans le sien, autrefois, quand elle se tenait devant le miroir de sa chambre, à essayer de dissimuler, de la meilleure manière qui soit, les marques bleues sur sa peau sombre. Cet abandon qui n’attend qu’une main pour se tendre, attraper les restes d’une âme détruite et essayer, patiemment, de recoller tous les morceaux, les uns aux autres. Une chose que personne n’a pris le temps de faire pour elle. Lili est reconstruite de travers.

Alors, la brune tend la main, vers le bâton. Il peut bien lui briser les doigts, elle n’en a rien à faire. Elle veut tendre cette main vers lui, lui montrer qu’elle est là, qu’elle sait ce qui l’habite, qu’il ne doit pas s’en faire. Elle aimerait insuffler un nouveau souffle dans son corps en apnée, bloqué sur un traumatisme passé. Mais que peut-elle faire ? Liliann n’est pas sûre d’y arriver. Ce qui ne l’empêchera pas d’essayer. Si la brune a, depuis longtemps, abandonné l’idée de se rattraper, de trouver les erreurs, dans sa vie, pour les réparer, les trous, dans son âme, pour les combler, elle sait que pour un autre, elle creusera jusqu’à y arriver. Elle a, toujours, fait plus de cas des autres que d’elle-même et ça n’a jamais changé.

L’homme se calme d’un coup, à l’instant-même où ses yeux se perdent dans les siens. Lili sait ce qu’il y voit. Elle n’a pas besoin de poser la question pour connaître la réponse. Aussi sûrement que deux menteurs se reconnaissent au premier coup d’œil, le désespoir a une couleur similaire, dans le regard de désespérés. Il a dû voir, dans ses iris sombres, la même peine que la sienne. Comme elle l’a fait, en s’interposant.

Le voir s’accroupir, au sol, après avoir lâché son bâton, provoque, en elle, une étrange douleur qui lui impose de prendre une grande inspiration. Elle se sent comme arrachée d’un mauvais songe et expire cette expérience. D’un geste, elle indique à sa nourrice de s’écarter un peu, mais de rester près de sa fille, le temps que Liliann s’occupe de cet inconnu. Le kidnappeur ne s’est pas emparé de Béryl, mais de la main de la jeune mère qui ne fait pas mine de se séparer de ces doigts qu’elle ne connaît pas. Au contraire, la brune resserre sa prise sur ceux de l’homme. Une douce pression pour lui indiquer qu’elle est là, qu’elle comprend, qu’elle ne lui en veut pas.

Alors qu’il relève les yeux vers elle, Lili s’accroupit à son tour. Elle sort, de son sac, un mouchoir en tissu. Sur ses lèvres traîne un sourire triste, mais reconnaissant. De la reconnaissance, oui. Pour un homme qui a su se jeter sur le danger pour protéger sa fille d’un destin terrible. Comment pourrait-elle lui en vouloir ? Liliann, elle-même, aurait été capable de la même chose. Même si elle ne sait pas se battre et ne serait, sans le moindre doute, qu’un petit caillou inoffensif sur le chemin du mal.

« Je sais, souffle-t-elle, en essuyant les joues de l’homme désespéré. »

Sa main s’arrête, en plein mouvement, alors que les mots de l’inconnu la transpercent de toutes parts. Liliann a du mal à reprendre son souffle, après cette révélation. Elle se fait violence pour ne pas imaginer, pour ne pas penser à la possibilité que son enfant lui soit enlevé. La mère relève les yeux sur la poussette, une affreuse douleur au fond du cœur, mais sa nourrice veille au grain. Comme un garde attentif, en haut de sa tour de guet, les mains serrées sur son arme. Serrées sur le bord de la poussette, en vérité. Alors Lili souffle un peu et revient à l’homme qui ne veut et ne peut, sans le moindre doute, plus s’arrêter de pleurer.

« Vous êtes admirable. Je ne vous remercierai jamais assez pour avoir essayé de protéger ma fille. Vraiment. Alors ne vous excusez plus. (Elle tire, à peine, sur la main de l’homme qu’elle tient toujours dans la sienne.) Venez, relevez-vous. Allons nous asseoir ailleurs, que je vous présente celle que vous vouliez sauver. »

Liliann sourit doucement, d’un sourire sincère, de ce sourire que la naissance de sa fille a amené sur ses lèvres et qui, avant, n’existait plus. Il lui reste, certes, une pointe de tristesse, marqué par une vie que personne ne veut avoir vécue, mais il est heureux, apaisé par l’amour de la mère pour la chair de sa chair.

De ses longs doigts de pianiste, Lili pointe un banc, à quelques mètres, à peine, de leur position. Elle se lève en premier, sans le lâcher. Son contact a beau être délicat, dans la main de l’homme, la brune se tient prête à résister, s’il a besoin de s’appuyer sur elle pour se relever.

« Je suis Liliann. Voici Béryl, ma fille, et sa nourrice. »

Elle ne lui pose pas de questions, pour lui laisser le temps de se remettre de ses émotions en suivant, au besoin, la voix douce de Liliann.

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________________________________________ Jeu 21 Mai 2020 - 22:54

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2009 – Dans un parc près de la plage

Hiko ne sentait plus rien. Comme si on avait sorti son âme de son corps pour qu’il puisse observer les choses d’un autre angle… L’angle ne lui plaisait pas … comme un suicidé en bas de l’immeuble duquel il vient de se jeter … Ce n’était pourtant pas très compliqué … Il faudrait qu’il essaie d’avoir un regard plus large … plus total. S’il avait eu l’idée de le faire avant … alors peut être n’aurait il pas aggresser la nourrice avec tant de violence … peut être … Mais il n’avait vu que l’enfant, et cela avait été la seule chose importante sur le moment.

Au sol … hiko avait l’impression de perdre son souffle … de ne plus pouvoir respirer, et qu’il allait mourir de ce manque d’air dans ses poumons … mais non… il avait déjà perdu un fils, il ne pouvait pas perdre l’autre… il ne pouvait pas se laisser mourir alors qu’un enfant l’attends à la maison. Quelque chose criait dans sa tête que son fils n’était pas le seul attendre patiemment à la maison. Yahiko, l’enfant des rues, devait y être aussi … Alors il ne pouvait se laisser mourir en cette instant … il ne pouvait tout simplement pas …

Les larmes coulèrent et il ne pouvait se stopper. La digue avait craqué, elle avait exploser sous le poids de son imagination. Son fils était peut être réellement mort depuis le temps. Il fallait faire son deuil, c’est ce qu’on lui disait tout le temps .. Mais il ne le pouvait pas … il ne pouvait pas faire son deuil tant qu’il n’aura pas tenu dans ses bras le corps sans vie de son enfant. Alors il pleure et il s’en veut … de tout ce qui avait pu se passer, ou pourrait se passer, dans tous les mondes parallèles.

- Je … je …

Il ne pouvait pas parler … la femme lui faisait l’effet d’un ange dans ce monde de merde … et il ne pouvait qu’apprécier la compension qu’elle lui accordait alors. Il se relevait, pour elle en cet instant, en sachant déjà qu’il devrait le faire pour son fils aussi … Il se releva alors en le faisant de tout ce qui lui rester encore dans son esprit.

- Je suis … Hi… Hiko.


Au moins son nom avait eu le mérite d’être court … Il aurait pu lui donner son véritable nom de famille avant tous les souvenirs, mais ne le fit pas. Trop occupé à tenir ses larmes éloignaient de ses yeux …. Ses yeux étaient toujours miroitant …

- Je pensais vraiment bien faire…

Et il le penserait toujours …. Il avait mit sa vie dans l’apprentissage des techniques de l’Hiten Mitsurugi à l’époque de son conte pour la protection des autres et l’aide … et aujourd’hui, il ne pouvait que continuer dans cette voie, sans même le savoir à ce moment là … et supplier … supplier qu’on lui rende son fils…



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Bad Time
2009 - Parc près de la plage

Liliann sent la douleur de l’inconnu, sa tristesse, comme si elles étaient les siennes. Elle se souvient d’avoir pleuré comme lui, avoir craqué sans plus pouvoir se retenir, incapable d’en supporter davantage. Ce n’était pas si lointain, en vérité. La digue avait sauté le jour où Béryl s’était trouvée une place naturellement, au creux de son bras, alors que Lili était vidée de son énergie, épuisée par le travail que cela demandait de donner la vie. Tout son corps s’était, alors, vidé de son eau salée, déversant sur ses joues un flot incontrôlable de larmes, sous les regards interloqués des infirmiers et de son mari. Personne n’avait compris. Sauf Lili.

Ce qu’elle sait, aussi, c’est le bien que lâcher ces vannes lui avait fait, au final. Comme un poids en moins sur son dos, une charge qui s’échappe des épaules, détend les muscles, les tendons, l’esprit. Cet inconnu a, sans le moindre doute, besoin de ça, lui aussi. Besoin de pleurer tout ce qu’il n’a, peut-être, pas pris le temps de pleurer jusqu’ici. Pour paraître fort, n’inquiéter personne. Face à Liliann, il peut se laisser aller, pleurer autant qu’il le veut. Ils ont, au fond du regard, le même genre de peine, la même douleur qui les broie, les malaxe, les réduit en bouillie, petit à petit. Comme une pomme de terre que l’on écrase, encore et encore, pour en faire un purée sans plus le moindre grumeau. À cette époque, Lili a encore quelques bulles, quelques battements dans le silence morbide de sa vie, mais bientôt, elle ne sera plus qu’une flaque qui s’évapore peu à peu et que plus rien, au monde, ne peut remuer.

À la vue des larmes sur les joues de l’inconnu qui ne cessent de couler, malgré toutes celles que la brune a réussi à essuyer, elle se sent coupable d’être debout, de le forcer à se relever d’une pression subtile, sur la main de l’asiatique. Elle sait, néanmoins, qu’il s’agit de la meilleure chose à faire, qu’il sera plus à l’aise sur un banc et, qu’ainsi, ils ne gêneront plus le passage des promeneurs, dans le parc, autour d’eux. Elle veut qu’il s’écarte du chemin, qu’il prenne une pause dans sa vie douloureuse pour souffler un peu, se libérer de tout ce qui s’appuie sur son cœur. Ça ne ramènera pas son fils, mais elle veut croire que ça lui fera du bien, que ça l’aidera à avancer.

Alors qu’il bégaie, Liliann se pare d’un petit sourire, pour lui indiquer que ce n’est pas grave, qu’il peut prendre son temps. Elle a, depuis longtemps, abandonné son rendez-vous de la journée. Elle préfère, désormais, s’occuper de ce drôle d’homme qui a, sans la moindre hésitation, bravé le danger pour sauver une fille inconnue. Il aurait tout aussi bien pu ne rien faire, ne rien dire, se contenter de regarder ou de suivre le méfait, de loin, dans l’espoir de tomber sur la cachette des ravisseurs. Il ne l’a pas fait. Il a préféré éviter le moindre mal à son enfant et Lili lui en est reconnaissante. Alors, s’il a besoin de temps pour parler, ce n’est pas elle que ça dérangera.

L’homme se relève et arrive, enfin, à se présenter. Lili trouve ça joli, comme prénom, mais se contente d’un petit « Enchantée, Hiko », sans le lâcher. Elle a comme l’impression qu’il pourrait retomber, aussitôt que ses doigts auraient quitté les siens. Alors elle s’accroche, doucement, sans s’inquiéter de l’allure que ça pourrait leur donner. Liliann n’a pas ce genre de pensées pour le père éploré. Elle n’a, de toute évidence, jamais eu la moindre pensée adultère de toute sa vie de femme mariée.

« Venez, souffle-t-elle, tout bas, pour ne pas le brusquer. »

Liliann échange un regard avec sa nourrice qui fait pivoter la poussette pour les suivre, alors que la brune tire un peu le bras de Hiko pour l’amener sur le banc, à proximité. Arrivée devant, après quelques pas au rythme de l’homme, elle le lâche enfin pour se tourner vers sa fille et échanger quelques mots avec sa nourrice. La femme accepte le deal, comprend les motivations de la mère et décide de faire ce qu’elle lui demande. Elles se saluent d’une accolade amicale et la nourrice s’en va, congédiée pour la journée.

Enfin seuls, la mère revient s’asseoir sur le banc et tire la poussette à ses côtés, à portée de main. Elle berce la douce enfant qui a, enfin, ouvert ses yeux sombres, mais ne fait pas un bruit, le regard fixé sur les branches de l’arbre, au-dessus d’eux. Liliann sourit un peu, attendrie par le visage paisible de sa fille et se retourne vers Hiko. Elle ne l’a pas oublié. Elle ne l’oubliera jamais, en vérité. Tout comme elle n’oublie jamais rien, dans sa vie.

« Vous avez bien fait, assure-t-elle, de sa voix douce. Elle ne vous en veut pas, elle comprend. Ma nourrice est, même, très impressionnée par ce que vous avez fait. Je vous en remercie, vraiment. »

Liliann se lève à moitié de son banc pour plonger les mains dans la poussette et s’emparer de sa fille. La petite chose a l’air si fragile, entre ses bras, que la mère a parfois peur de lui faire du mal. Mais Béryl trouve, toujours, naturellement sa place, contre elle. Cette fois ne fait pas exception et Lili voit son joyau briller, entre ses doigts. La plus belle chose qui lui soit arrivée, sans le moindre doute. La plus belle chose qu’elle ait jamais faite, aussi. Avec l’aide de son mari, évidemment.

« Il vaut mieux prévenir que guérir, vous savez. Je n’ose imaginer ce qu’il se serait passé, si vous n’étiez pas intervenu, dans le doute. Et je suis certaine qu’elle vous en est, aussi, reconnaissante. À sa manière, disons. »

La petite fille sourit et remue les joues. Quelques bulles éclatent sur ses lèvres et elle tend la main pour toucher le menton de sa mère. Béryl est un trésor que Liliann a du mal à partager. Même la savoir entre les mains de son père ne la rassure pas tout à fait. Elle prend soin d’elle comme de la prunelle de ses yeux. Voire même plus encore que la prunelle de ses yeux. La mère pourrait perdre la vue qu’elle n’en aurait rien à faire, alors que perdre sa fille… ou laisser le moindre mal la toucher… elle ne veut même pas l’imaginer. Pourtant, à côté d’un homme qu’elle ne connaît pas, Liliann se sent sereine. Elle se dit qu’il ne peut pas y avoir de mal dans un père capable de se jeter face au danger pour sauver une enfant qu’il n’a jamais vue. Alors, elle se tourne un peu vers lui, un sourire aux lèvres.

« Voulez-vous la porter ? »

Une proposition qui lui fait, quand même, un tout petit peu mal au cœur, mais Lili n’a qu’à se replonger dans les yeux de Hiko pour comprendre qu’elle a raison, qu’elle peut lui faire confiance. Ils sont semblables, elle et lui, et elle sait qu’une douleur comme la sienne ne peut pas lui permettre de faire du mal à sa fille. De toute façon, il est évident qu’elle ne le laissera même pas tenter de s’en prendre à elle.

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