« Pour réaliser une chose extraordinaire, commencez par la rêver.
Ensuite, réveillez-vous calmement et allez jusqu'au bout de votre rêve
sans jamais vous laisser décourager. » (Walt Disney)

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Jessie James



« Si t'es un boulet,
tape dans tes gants ! »


Jessie James


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________________________________________ Mer 17 Mar 2021 - 12:47


Rencontre au bout
de l'allée des embrumes...
La jeune femme, debout dans le cercle s’était mise à sangloter depuis maintenant plusieurs minutes. Pudiquement, Jessie avait gardé les yeux rivés sur le plancher au sol, se mordant nerveusement l’intérieur de la joue tout en tentant de s’arracher les petites peaux autour des doigts. Le malheur des gens la rendait mal à l’aise. Elle avait envie d’agir, de les consoler, sans pour autant savoir comment s’y prendre. De plus, elle savait qu’elle serait tôt ou tard forcée de faire de même et l’idée même de parler d’Andy et de pleurer devant tout le monde lui semblait absolument insurmontable. La voie douce de Patrick, le guide du groupe de soutien, avait fini par s’élever :

— Merci pour ce beau partage Milla. La douleur n’est jamais simple, mais savoir l’accepter, c’est aussi avancer. C’est sur ses paroles que cette journée se termine.

— Merci Milla.

Tout le monde l’avait marmonné en cœur, comme il était de règle de le faire à chaque fois que quelqu’un se livrait et pendant que la jeune femme retournait jusqu’à sa chaise, tout le monde avait applaudit pour clôturer la séance, se féliciter d’avoir fait un pas en avant. Jessie n’était pas certaine qu’elle faisait véritablement un pas en avant. Elle n’avait jamais été confronté à un deuil. C’était comme un abandon, mais en plus définitif. En plus irrémédiable. Et avec beaucoup plus de culpabilité concernant la mort d’Andy. La cowgirl n’était plus un jouet, elle avait désormais des problèmes d’adules. Et depuis peu, elle avait compris qu’elle devait se faire aider, comme une adulte, pour résoudre ce qui la rongeait de l’intérieur. Elle avait opté pour le groupe de soutien, bien plus proche de son caractère que le fait d’aller voir un psychiatre. Elle en face d’un inconnu dans un grand bureau, ça l’angoissait presque autant que de finir de nouveau dans une boîte. Non. Elle était bien mieux là, entouré de nouvelles personnes, des gens qu’elle commençait à apprécier et avec qui elle partageait un point commun fort. Une sorte de nouvelle famille. Tout en soupirant face à l’épreuve qu’elle venait de vivre, elle s’était levée, avait rangé sa chaise avec les autres à l’autre bout de la salle avant de sortir dans le grand couloir où l’attendait le traditionnel “goûter”.

En arrivant dans le hall, la rouquine croisa plusieurs personnes, des gens de son groupe mais aussi des personnes d’autres groupes qui venaient aussi soigner leur cœur blessé par une maladie ou encore une addiction. Les groupes qui venaient de finir croisaient ceux qui allaient commencer et parmi eux, l’épaisse chevelure brune d’une jeune fille attira le regard de la policière. Elle semblait s’être approchée du café, sceptique et Jessie l’avait rejoint à grandes enjambées, persuadée de la personne qu’elle avait devant elle... Miss “parle à ma pirogue”.

— J’espère que t’as l’estomac solide, je me demande toujours si c’est du café ou du détergent.

Avec un sourire amusé, elle avait tenté de détendre l’atmosphère, observant la jeune femme avec sympathie. Se rendant compte qu’elle avait toujours son super badge “Je m’appelle Jessie”, elle le retira de sa poitrine avant de reposer son attention sur la jeune femme. Elle se souvenait parfaitement d’elle. Un soir, elle l’avait arrêté dans un état proche du lamentable, complétement droguée, sur son vélo. Parce que c’était une infraction et pour le propre bien de la brune, elle l’avait embarqué et l’avait mise en cellule de dégrisement pour le reste de la nuit. En ressortant, Jessie avait fait la morale à “Vaiana de Motunui” puisque c’était ainsi qu’elle s’appelait, lui tendant un prospectus du groupe de soutien et un autre d’un centre de détoxication pour l’aider à sortir de sa dépendance. Mais la brune n’avait pas vraiment semblé emballée, se contentant de récupérer le document de mauvaise grâce. Elle était presque sûre de l’avoir entendu marmonner un “parle à ma pirogue” en ressortant du poste de police et ainsi elle était devenue aux yeux de la policière “Miss parle à ma pirogue”. Bien qu’elle eût eu envie de l’aider, la rouquine avait dû se rendre à l’évidence : Vaiana n’était tout simplement pas prête à être aidée. Mais Jessie n’abandonnait jamais. Et elle trouvait toujours un moyen. Et ce moyen... c’était celui-ci. Observant son téléphone, elle constata qu’elle n’avait pas de message en attente et que l’heure n’était pas trop tardive. En sommes, elle était prête pour une autre séance de soutien, même si pour celle-ci, elle n’avait pas vraiment besoin d’aide.

— Evite aussi les viennoiseries. T’es dans un groupe du soir, c’est pas juste mais du coup vous avez que les trucs tout secs que personne n’a voulu mais que tout le monde a touché quinze fois...

Elle lui lança un clin d’œil avant de détourner la tête en direction d’une des portes qui annonçait avec un panneau devant elle “soutien toxicomanie”. Si le “goûter” n’avait pas encore fait fuir les moins enthousiaste, la pancarte allait sûrement les achever. Voyant le regard de la brune, elle lui précisa :

— Tu vas pas te dégonfler hein ? Je te laisserai pas faire de toute façon, moi aussi j’assite à cette réunion et je préfère avoir une copine avec moi, c’est plus rassurant, tu ne trouves pas ?

Ne lui laissant pas le temps de se débiner, elle avait pris son bras dans le sien pour l’attirer en direction du “guide”. Après lui avoir lancé un “bonjour” joyeux, elle était allée s’assoir avec Vaiana tout en leur ayant pris à chacune un badge et un feutre. Elle tandis le sien à la jeune fille avant d’écrire de nouveau “Jessie” sur son badge et le coller avec force sur sa poitrine, le sourire satisfait aux lèvres. Après quelques minutes d’attentes, John, qui semblait être revenu des drogues depuis un certain temps tout en gardant des stigmates physiques de ce moment avait lancé la séance, précisant qu’il y avait désormais des nouveaux dans le groupe. Comme pour son groupe à elle, ils avaient dû se lever, chacun leur tour pour donner leur nom et on les avait applaudis. Le tour de Vaiana arriva et après cela, le “guide”, tourna un regard interrogateur vers la rouquine qu’elle dissipa d’un geste de la main :

— Je sais, vous avez pas mon nom sur votre liste, je suis juste là en observatrice, j’ai jamais touché à la drogue.

Elle lui lança un sourire franc et bien qu’interloqué, l’homme ne chercha pas à en savoir plus, commençant ses explications sur les “parrains”. Un “parrain” ou une “marraine” était quelqu’un qui avait réussi à sortir de la drogue depuis un certain temps et qui se devait d’aider les nouveaux sur le chemin difficile de l’abstinence. Il précisa que chacun devait en avoir un car le parrain était le seul rempart avant le nouveau shoot et les yeux de la policière s’illuminèrent soudain. C’était ça. C’était exactement ça. Elle allait devenir la “Marraine” de Vaiana. Même si elle n’avait jamais touché à ce genre de substance, elle était persuadée d’avoir assez d’énergie et de force pour l’aider sur le bon chemin. Elle n’abandonnerait pas. Elle trouverait un chemin. Lorsqu’il parla de la jeune femme, la poupée de chiffon leva la main à la vitesse d’un boulet de canon :

— Moi ! Moi je veux être la marraine de Vaiana de Motunui. Je sais, j’ai jamais vécu ça. Mais je suis motivée...

Un peu gêné, l’homme observa alors la brune :

— Pour que le duo Marraine/Filleule fonctionne, ils faut que les deux personnes soit d’accord... vous aurez par la suite une session à deux pour faire connaissance et voir comment vous voulez travailler... mais il faut déjà que tu sois sûre de vouloir travailler avec Jessie, Vaiana.

La cowgirl tourna la tête vers elle, avec un sourire encourageant, les yeux brillants de détermination. Avec un air de défi dans la voie, elle lui précisa :

— Allez, laisse-toi tenter Miss Pirogue... mais je vais t’en faire baver parce que j’abandonne jamais.

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________________________________________ Mar 23 Mar 2021 - 15:27


Have I the courage to change?
You're not alone, I promise
Standing together we can do anything
▼۞▼

J’avais l’impression de flotter dans mon océan de douleurs. Elles me tenaient chaud, un peu comme de vieux doudous dont on ne veut pas se séparer. Les jours avaient passé, ma volonté avait vacillé plusieurs fois mais je n’avais pas flanché. J’avais été très surprise de découvrir que ma ténacité venait à bout de mes plus noirs désirs. Je savais que le sevrage serait difficile. Bien souvent, je manquais de prendre une trop forte dose d’héroïne. La tentation, terrible tentation de sniffer un peu plus, juste un tout petit peu. A chaque fois que j’étais sur le point de craquer, je pensais à Temanu. Fier, droit et sage, j’avais l’impression qu’il m’observait du haut du ciel et que de temps à autre, il planait au-dessus de ma tête pour m’entourer de sa présence bienveillante. Peu à peu, grâce à lui, je diminuais les doses et réduisais la prise d’opiacés. Désormais, je prenais “juste” de l’héroïne et de temps en temps, un comprimé d’ecsta’.

Curieusement, c’était se rendre aux réunions des toxicos anonymes qui me semblait le plus difficile. Dans ces moments-là, je devais être honnête avec moi-même. C’était comme se regarder dans un miroir qui reflétait l’âme et non le corps. Etre mise à nue devant d’autres personnes. Des inconnus, des gens similaires, qui dérivaient de la même façon, entre crack et ecstasy. J’avais repoussé ce moment à de nombreuses reprises, mais je devais me rendre à l’évidence : je ne pouvais réussir seule. J’avais besoin d’aide. Et je préférais aller la chercher auprès d’inconnus plutôt qu’avec mes proches. J’avais bien trop honte... Je ne souhaitais pas leur montrer l’épave que j’étais devenue.

Des cernes jusqu’au menton, le teint anormalement pâle pour la carnation de ma peau, les veines saillantes à mes tempes et sur mes mains, des tremblements dans mon corps de temps à autre, des insomnies de plus en plus nombreuses... Sans parler des douleurs diffuses dans ma chair, sans interruption. Je dérivais dans un océan de souffrance perpétuelle. Je me sentais anxieuse, à fleur de peau. Constamment.

Non, le plus dur, c’était de ne plus exploser. C’était ce que je redoutais le plus. Les drogues me permettaient d’endormir mon pouvoir. Je craignais ce qui se passerait si par malheur il s’activerait de nouveau... Pour l’instant, il ne s’était pas manifesté. Peut-être que le fait de rencontrer Manu m’avait permis de mieux me maîtriser ? De faire la paix avec cette part de moi-même ?

J’en étais là de mes réflexions tandis que j’errais dans le hall, attendant le début de la réunion. Je n’osais croiser le regard des autres toxicos. Comment entamer la conversation ? “Salut, moi c’est Vaiana. Héroïne et ecsta. Et toi, c’est quoi ?” Minable entrée en matière. Je préférais garder le silence. Je louchai sur un panier empli de pains au chocolat. Mon estomac se noua. Je n’avais rien mangé depuis vingt-quatre heures et pourtant, même si j’avais faim, les nausées me dissuadèrent de toucher à quoi que ce soit.

Une voix familière me fit tourner la tête. J’ouvris des yeux ronds en direction de la rouquine qui s’empressa d’ôter le badge portant son nom. Jessie. Le lire me le remémora. J’oubliais beaucoup de trucs, ces derniers temps. La voir me renvoya plusieurs mois en arrière, quand cette flic m’avait placée en cellule de dégrisement car elle m’avait trouvée complètement déglinguée... Elle m’avait offert son aide que j’avais décliné en bloc. Bizarrement, la revoir provoqua un frisson le long de mon échine. La part la moins censée de moi, celle qui flippait pour tout et rien depuis le début du sevrage, redouta que Jessie vienne me passer les menottes. Je tentai de me ressaisir.

Calme-toi. Tu n’as rien fait de mal. T’as l’air mal en point mais tu es dans un endroit où c’est fait pour.

Je ne fus pas spécialement rassurée pour autant. C’était plus fort que moi : les flics étaient associés à la tôle et à tout ce qu’il fallait éviter.

— Tu vas pas te dégonfler hein ? Je te laisserai pas faire de toute façon, moi aussi j’assite à cette réunion et je préfère avoir une copine avec moi, c’est plus rassurant, tu ne trouves pas ?

Il ne manquait plus que ça. Avait-elle lu dans mes pensées ? L’idée de fuir m’avait effleurée l’esprit, évidemment. Cependant, j’avais réussi à passer outre ma lâcheté. Il était temps de me prendre en mains. Je n’avais pas fait tous ces efforts en vain. Temanu passa en coup de vent dans la pièce, chassant mes douleurs de ses ailes puissantes, pendant un court instant.

J’observai Jessie, sceptique. Pourquoi assistait-elle à cette réunion ? Avait-elle des penchants sur la bibine ou une toute autre forme d’addiction ? Elle semblait plutôt réglo, pourtant. Le parfait cliché de la policière sans défaut. Malgré tout, elle portait un badge, tout comme moi, et en la détaillant davantage, je remarquai que sous ses airs débonnaires, elle abritait un profond chagrin. Je le lisais au fond de ses yeux encore un peu humides.

— On n’est pas copines...
marmonnai-je, sur la défensive.

Je n’étais pas fan de ces gens qui se prétendent les meilleurs amis du monde en se connaissant à peine. Les relations bâties sur le vent, très peu pour moi. En fait, je préférais me lier au moins de monde possible afin de ne pas souffrir. Au final, j’étais très seule et... pas du tout heureuse. La crainte de m’ouvrir aux autres surpassait tout le reste. Une vague d’angoisse me submergea intérieurement et je réprimai un haut-le-cœur. Dans le même laps de temps, Jessie m’attrapa par le bras pour m’emmener en direction de la salle de réunion. Je me laissai faire, ayant l’impression que mon corps avait la consistance du chiffon. La bonne humeur feinte de la policière me donnait mal au crâne. J’aurais aimé lui faire comprendre que je ne souhaitais pas de visage connu pour ma première séance, mais elle s’était déjà assise. Impossible de la déloger.

Je pris place sur une chaise et grimaçai, les douleurs diffuses étant revenues. Aucune position ne me convenait. Mes os me faisaient mal. Je m’assis donc au bord du siège, les bras serrés autour de moi, le dos courbé en avant. Dans un état second, j’entendis Jessie préciser qu’elle n’avait jamais touché à la drogue. Une sainte, en plus. Ou une menteuse. Je misais davantage sur la première hypothèse.

Puis, sans prévenir, elle annonça qu’elle souhaitait être ma marraine. Je plaçai la tête dans ma main, après avoir chassé mes cheveux de devant mes yeux, pour lui lancer un regard ahuri. J’avais l’impression qu’elle allait à cent à l’heure pendant que je restais sur le quai.

— Pour que le duo Marraine/Filleule fonctionne, ils faut que les deux personnes soit d’accord... vous aurez par la suite une session à deux pour faire connaissance et voir comment vous voulez travailler... mais il faut déjà que tu sois sûre de vouloir travailler avec Jessie, Vaiana.

— Ca fait beaucoup en seulement une minute, déclarai-je d’un ton pâteux.

Jessie appuya sa candidature en me donnant un surnom et précisant qu’elle allait m’en faire baver. Tout pour donner envie. Tout en me frottant la tempe, je tournai la tête vers le chef de réunion :

— On pourrait commencer par le truc classique du “Bonjour, je m’appelle Vaiana...” ?

— Bonjour, Vaiana, ânonnèrent les autres participants.

Je déglutis. Ça faisait carrément froid dans le dos. Etais-je entrée dans une secte sans le savoir ? Leur avait-on lavé le cerveau ?

— Tout compte fait, j’ai changé d’avis
, annonçai-je en me levant d’un bond.

Le sol se gondola sous mes pieds. Je chancelai mais restai bien droite, prête à m’en aller. Le chef se leva à son tour, me regardant d’un œil soucieux.

— Vraiment ? Ici, on ne force personne, Vaiana. Tu es libre de partir si tu le souhaites.

Je sentais peser le “mais...” dans ses paroles. Mais si tu restes, on peut t’aider. Mais si tu restes, tout ira mieux pour toi. Des foutaises. Ils étaient flippants à me fixer tous comme si j’étais un poussin égaré.

— Je pense que vous pouvez rien pour moi, lançai-je avec raison. Je suis une bombe à retardement. C’est pour ça que j’ai pris des opiacés, au début. C’est le seul truc qui m’empêche de tout péter. Ça anesthésie mes pouvoirs. Personne d’autre n’a ce problème. Personne.

Ça n’était pas condescendant de parler de cette manière. J’énonçais seulement une vérité. Je n’étais pas comme ces toxicos qui se foutaient volontairement en l’air pour quelques minutes d’euphorie. Si j’avais sauté le pas, c’était pour protéger les autres. Pour faire taire l’instinct destructeur qui vivait en moi.

Le chef de réunion m’observa sans mot dire, avec sollicitude. Mes nausées redoublèrent. Enfin, il déclara :

—Tu as dit “au début”. Pourquoi en as-tu pris, ensuite ?

Il était con. Je ne voyais pas d’autre explication. Pour ne pas risquer la vie des gens, peut-être ? Pour garder le contrôle sur mon pouvoir ? Je ne me donnai pas la peine de répondre.

— Faites gaffe à votre cerveau
, prévins-je les autres rassemblés en cercle autour de lui.

S’ils avaient encore une once de bon sens, qu’ils s’en servent pour quitter cet endroit au plus vite. Ils se lancèrent un regard indécis tandis que je claquai la porte de la salle de réunion. Il me fallait de l'air, et vite !

J’avançai d’un pas chancelant, dépassant rapidement le buffet du hall qui me soulevait le cœur, pour pousser la double porte et me retrouver au-dehors. J’inspirai profondément, courbée en deux, avant de déglutir. Le fait de sortir n’enlevait pas mon impression d’étouffer. Quelque chose était toxique dans ce périmètre. J’entendis des pas dans mon dos et me retournai.

— Je sais pas ce que tu t’imagines, mais je suis pas un poussin perdu que tu vas pouvoir cajoler ! Lançai-je à Jessie. Je suis pas un espèce de jouet que tu peux réparer. En fait... je sais pas pourquoi tu me colles comme ça ! Pourquoi tu me lâches pas ?

Je la dévisageai, sur la défensive.

— C’est quoi ton problème ? T’as perdu qui pour te comporter comme ça ?

Les mots m’avaient échappé. Je ne voulais pas les formuler ainsi. Trop tard. C’était fait. A présent, il allait falloir encaisser des deux côtés.


CODAGE PAR AMATIS


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________________________________________ Lun 5 Avr 2021 - 20:42


Rencontre au bout
de l'allée des embrumes...
— On n’est pas copines...

La brune avait l’air plus que sur la défensive et Jessie n’avait rien fait d’autre que d’hocher la tête d’un air entendu. D'accord. Elles étaient pas copines. Non pas qu’elle y tenait franchement de prime abord, elle ne la connaissait pas après tout. C'était plus une façon de parler, lui donner l’impression qu’elle avait une alliée. Mais bon. Elles étaient pas copines. Tout en tournant la tête en direction du groupe, la policière s’était demandé si Vaiana était du genre à tourner le dos à tout le monde constamment, à repousser les autres malgré elle. C’était peut-être ce qui l’avait poussé à finir seule... et quand on était seul, on faisait des bêtises. Tout le monde avait besoin d’aide au moins une fois dans sa vie et vu l’état dans laquelle était la brune, elle aurait dû avoir de l’aide il y avait bien longtemps. Mais qu’elle ne le veuille ou pas, elle avait une rouquine dans sa vie maintenant et Jessie n’était, cette fois, pas prête de la lâcher. Si la première fois elle était en service et avait dû la laisser tarnquille, ce n’était absolument plus le cas à présent et elle ne comptait pas la laisser filer.

Il ne fallait pas être un grand devin pour se rendre compte de l’évidence : elle avait peur. Elle avait tellement peur de tout qu’elle ne s’autorisait plus rien à vivre. Peur du regard des autres, peur de ne pas y arriver. C’était peut-être pour ça que Jessie s’était portée volontaire immédiatement. Parce qu’elle, la peur, ça ne lui faisait pas peur. Mais elle s’était aussi rendu compte grâce au discours de Miss Pirogue qu’elle avait aussi peur de ce qu’elle était. Avoir peur de soi-même, c’était comme avoir peur de la mort. On finissait par avoir peur de la vie et au lieu de la vivre, on restait comme une vache, derrière sa clôture à mâchonner et à regarder sa vie passer. Elle devait à peine avoir la vingtaine. Elle n’avait pas le droit de déclarer forfait maintenant. Elle avait commencé à prendre des drogues par peur, elle n’avait trouvé personne sur cette Terre qui partageait son problème et de ce fait, elle était partie du principe que personne pouvait la comprendre. C’était sans doute vrai... A bien y réfléchir, Jessie ne comprenait absolument pas ce que pouvait représenter son pouvoir. Pour elle, la magie, tous ces trucs, très peu pour elle. La seule qu’elle connaissait véritablement, c’était celle des jouets et de l’amour des enfants... pour le reste, elle devrait repasser. Mais elle était persuadée que ce n’était pas parce qu’elle ne connaissait pas le pouvoir de Vaiana qu’elle ne pouvait pas l’écouter et l’aider. Après tout, qu’avaient fait de plus ses opiacés pour elle, d’abord, hein ? Et eux non plus n’avait pas son pouvoir à ce qu’elle savait !

Elle avait pourtant trouvé la question du mentor cohérente, bien qu’un peut tirer par les cheveux. Bien sûr qu’en prenant le truc de façon terre à terre, on avait juste envie de lui répondre “euuh la dépendance, ça te dit un truc, mon gars ?” mais sa question allait bien plus loin que ça parce que malgré elle, la phrase de Vaiana l’amenait plus loin. Pourtant, la demoiselle avait refusé d’aller plus loin, comme si tout était au-dessus de ses forces. Sidérée, la cowgirl l’avait vu partir en refermant la porte derrière et elle s’était levée d’un bond pour lui courir après. Abasourdi, le “Guide” l’avait observé à son tour d’un air à la fois surpris et quelque peu déçu mais Jessie s’était tournée vers lui en arrachant le badge de sa poitrine pour lui coller dans la main avant de la lui tapoter :

— Hé ho, on me fait pas cette tête hein ? On se rappelle qu’à la base moi je venais juste était et que j’avais jamais touché à ça ? Moi je venais juste pour l’aider elle donc si elle part... je pars ! En tout cas, bonne continuation à tous et j’espère que vous vous en sortirez.

Elle avait jeté un regard circulaire à l’assistance avec un sourire d’encouragement avant de se précipiter à son tour vers la sortie. De loin, elle pouvait voir la silhouette titubante de la jeune fille se presser vers les lourdes portes battantes qu’elle ouvrit à grand fracas, comme si elle cherchait désespérément de l’air. Jessie accéléra l’allure jusqu’à la retrouver l’extérieur :

— Miss Pirogue, attends !

Elle avait tendu une main vers son dos mais Vaiana avait fait volte-face brusquement, la décourageant dans son geste. Ses mots avaient été d’une violence inouïe. Ils avaient arrêté la jeune femme sur le choc, mais ce n’était pas pour autant que la cowgirl s’était départie de son air décidé. Laissant quelques secondes, juste le temps à la pression de redescendre pour éviter d’exploser à son tour, elle s’était contentée de demander calmement mais de façon tout aussi abrupte.

— ça marche à chaque fois ton petit numéro ou il est encore en rodage ? Cet espèce de truc là où en gros tu te donnes un peu de courage et puis tu flippes tellement que tu fuis à toute jambes et tu deviens agressive avec la première personne qui te tends la main histoire d’être bien sûre de rester seule, dans tes problèmes avec ta drogue ?

Tout en parlant, elle avait fait des ronds avec son index pour lui signifiait le cercle vicieux dans lequel elle s’enfermait. Voyant le regard qu’elle lui lança, elle haussa les épaules pour poursuivre :

— Tu l’as dit. On est pas copine. Je suis pas là pour te faire plaisir. Je suis là pour t’aider. Que tu le veuille ou non. Parce qu’au fond, tu le veux miss Pirogue. Mais tu sais juste pas comment faire pour demander, encore moins pour accepter et surtout pour pas faire sauter l’aide que t’as, pas vrai ?

Elle avait soupiré et avant que la jeune fille puisse reprendre avec la même agressivité, elle lui proposa sur le ton du pacte :

— Si tu veux pas que je te juge, tu me juge pas, compris ?

Elle avait fait un pas vers elle, puis un second avec une certaine hésitation, à la manière des cowgirls qui tentaient d’approcher les chevaux sauvages. Tout en douceur. Un pas après l’autre. Mais elle n’avait aucune intention de la dresser, juste de l’apprivoiser, pour son propre bien. D’un geste sec et sans la toucher, elle lui avait arraché le scotch qui lui servait de badge avant de le rouler en boule et de lui montrer :

— Bon, c’était pas la meilleure des solutions, ça me va. Mais on va trouver la tienne. Ensemble, ok ? Précisément parce qu’on est pas copines. T’as pas besoin d’une copine, les copines ça fait peur parce que ça t’aime et ça tente de te donner des conseils plus que tenter de te comprendre. Si tu cherches de l’aide auprès d’une copine, t’aura aussi toujours peur de lui faire du mal. Alors accepte-moi. On est pas copines, je te remets à ta place quand tu vas trop loin et si tu m’explose, ben c’est pas une grande perte pour toi, ok ?

Elle lui avait fait un petit sourire en coin avant de préciser :

— Humour trop noir pour toi ?

Elle avait sorti les clés de son pick-up de sa poche avant de préciser :

— Pour ta gouverne, ça se cajole pas un poussin. Et si je devais cajoler un poussin, j’en prendrai un moins agressif que toi, parce que tu serais déjà morte en fait. Les agressifs sont rejetés par le reste de la famille. Je le sais, j’ai bossé dans plusieurs fermes. Et moi je te colle, parce que contrairement à un poussin, tu mérites pas de te mettre à l’écart de tout. T’es toute pâle... Milkshake frites au bord de l’eau, ça te tente ? Tu peux prendre autre chose si tu veux, c’est juste que moi j’aime ça. Et si t’es sage, que ça t’intéresse et que tu reposes la question plus gentiment, je te dirai qui j’ai perdu... comme ça t’aura pas l’impression d’être le seul sujet d’étude... deal ?

Pour toute proposition de son pacte, elle avait levé les clés de voiture à hauteur des yeux de la jeune femme. Jessie avait un faible sourire sur les lèvres mais surtout le regard déterminé. Elle ne la lâcherait pas. Parce que ce qu’elle avait fait, pour le peu qu’elle en avait fait dans cette séance de discussion, c’était un appel à l’aide, un aveu de plus savoir comment faire. Elle ne pourrait pas s’en sortir toute seule, elle aurait besoin de l’amour de ses amis, de sa famille si elle en avait encore et elle avait besoin de quelqu’un qui lui secoue les plumes, comme le pauvre petit poussin qu’elle ne voulait pourtant pas être.

C’était étrange de jouer pleinement ce rôle. C’était Woody qui s’occupait des jouets perdus normalement, ou des nouveaux jouets. Elle, elle était plutôt là pour le comité d’accueil, pour les rires, la fête et les câlins. Pourtant, il était clair en cet instant que Vaiana était son tout premier jouet perdu. Mais contrairement à un jouet, elle n’avait pas encore de fonction définie. Il fallait qu’elle se trouve et elle trouverait alors sa place dans ce grand coffre à jouets qu’était la vie.

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٩(͡๏̯͡๏)۶ Cadavres : 2709

✓ Disponibilité : Présent chef *-*

You can count on me, like one two three... ★ Miss Pirogue _


Actuellement dans : « Parfois au réveil,j'ai les oreilles dures. »


________________________________________ Mar 13 Avr 2021 - 15:13


Have I the courage to change?
You're not alone, I promise
Standing together we can do anything
▼۞▼

Pourquoi me racontait-elle cette histoire atroce sur les poussins agressifs rejetés par leur famille ? Ça me faisait beaucoup plus mal que ça n’aurait dû. C’était sûrement le manque qui décuplait toutes mes sensations. J’avais un creux terrible à l’estomac, des nausées, la tête lourde et bourdonnante. Tout ce que Jessie disait n’était pas faux, mais je n’avais pas envie de l’admettre. J’avais surtout retenu sa proposition de manger quelque chose. Peut-être que ça allait m’aider à aller mieux ?

Une fois qu’elle eut fini de parler, je la fixai d’un œil flou à travers quelques mèches folles.

— T’as l’air réglo, dis-je au bout de quelques secondes de silence. Mais je ferai rien sans la présence d’un chicken burger frites avec un milkshake noix de coco.

Mon regard se transforma en une expression de défi, tandis que ma tête dodelinait légèrement. En gros, j’approuvai son deal. Partager nos malheurs autour d’un repas bien gras, c’était quelque chose qui me parlait.



Trente minutes plus tard, au bord de l’eau...

Je venais de vomir tout ce que j’avais ingurgité. Je me sentais si mal que je n’avais même pas réussi à m’éloigner de Jessie. Au bout de deux mètres, j'étais tombée à genoux et j’avais rendu tripes et boyaux dans le sable.

— Désolée pour cette galette... marmonnai-je à la jeune femme, avant de me recroqueviller sur le sol.

Les crampes d’estomac étaient violentes. Les nausées me prenaient toujours, accentuées par les effluves de nourriture posées un peu plus loin. Je lançai un regard attristé à mon chicken burger à peine entamé.

— Si jamais ça t’a... pas coupé l’appétit, tu peux finir ma bouffe.

Je voulais me montrer sympa, bien que la douleur me fît presque halluciner. Je voyais double. Jessie avait amené sa sœur jumelle. Le bruit du ressac, qui me berçait d’ordinaire, agressait mes oreilles. Je fermai les paupières en grimaçant, remuant mollement dans le sable.

— Ca va passer... C’est pas la... première fois que ça arrive, articulai-je difficilement.

Il n’y avait rien à faire. Seulement attendre que la “crise” s’arrête. C’était le premier jour où j’avais tout stoppé. Pas de morphine, plus d’ecsta’ depuis la semaine dernière et rien pour compenser. Mon corps était en vrac. Il se rebellait. Il réapprenait à vivre sans opiacé. J’étais consciente de la difficulté. C’est souvent pour cette raison que les junkies ne se sèvrent pas, même s’ils en ont parfois envie. Il faut énormément de volonté pour supporter cette souffrance dévorante. Notre organisme se révolte, il reprend ses droits sur la Nature mais ne nous appartient plus. C’est comme le remettre à des forces supérieures. Au final, on n’obtient que de la douleur. Et quand tout est terminé, on se réveille vide.

Plus ça passait, et plus je réalisais l’ampleur de la tâche. Soulever une montagne fait beaucoup moins peur. Je savais ce qui allait suivre, cela avait déjà commencé : j’aurais envie de prendre une dose de n’importe quoi. Juste pour apaiser le mal. Avoir l’impression de retrouver le contrôle. Je n’étais pas désespérée au point d’implorer Jessie. Pour l’instant, je conservais suffisamment de self-control pour ne pas réclamer une dose quelconque. De toute manière, je me doutais qu’elle n’en ferait rien.

— Pas besoin d’aller à l’hôpital, précisai-je d’une voix faible. Vais juste... me reposer. On peut parler, si tu veux. Ça m’empêchera de tomber dans les vapes.

Je marquai une pause puis ajoutai, avec un rictus en coin :

— Je déconne. Flippe pas.

N’empêche, j’avais bien fait de quitter la réunion. Si je m’étais écroulée au beau milieu de tous ces gens, ils auraient appelé les pompiers et je me serais retrouvée entre quatre murs, dans une chambre anonyme, avec sans doute un suivi psychiatrique à la clé. J’étais bien mieux au bord de l’eau, la joue dans le sable, avec le vent qui jouait dans mes cheveux et le bruit des vagues.

— C’est raccord pour une épave de finir sur une plage.

J’esquissai un pâle sourire ironique. Bizarrement, n’être plus qu’un amas de douleurs me rendait particulièrement loquace. Parler me permettait de ne pas me focaliser sur mes articulations rigides et atténuait les nausées.

— Il t’est arrivé quoi ?

Mes doigts s’enfoncèrent dans le sable. Je cherchais à me raccorder à la Nature, dans l’espoir d’atténuer ma souffrance. Le vent s’insinuait à travers mes vêtements, me faisant frissonner.

— C’est pas un concours. T’es pas obligée de raconter. Mais le truc cool pour toi, c’est que si tu le dis maintenant, il y a une chance sur deux que j’oublie. Donc si jamais tu viens à regretter d’en avoir parlé, ça sera pas grave.

Je lui adressai le regard le plus encourageant que j’étais capable d’esquisser à un moment pareil.

— Mange des frites. T’as l’air pâlichonne...

C’était la noix de coco qui se moquait du cocotier. Un peu d’humour ne pouvait pas empirer les choses, après tout !


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Dream VS Reality. I want my life to matter. I am afraid I have no purpose here. I am afraid to let you see the real me. Rain it falls. Pouring on me.

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