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 The Nightmare after Christmas ※ ALEXIS

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ϟ Desmond Blake ϟ



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Desmond Blake

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The Nightmare after Christmas ※ ALEXIS _



________________________________________ Dim 12 Déc 2021 - 20:22

Maman Alexis, raconte-moi une histoire. The Nightmare after Christmas ※ ALEXIS 2727069659 Le 15 décembre 2021.

Noël. Cette fête insipide donnait envie à Desmond d’égorger chaque lutin qui croisait sa route. Les cantiques, les chorales, les chansons, tout l’incitait au meurtre. Sans doute que la débauche de bons sentiments et d’espoir mettaient ses nerfs à rude épreuve. A de nombreuses reprises, il avait passé cette période loin des pays célébrant cette fête païenne. L’année précédente, il avait accepté l’invitation de son Maître et l’avait regretté ensuite, puisque la larve avait été adoptée alors que lui avait reçu deux places pour un match de base-ball. Cette année, il avait décidé de faire acte de présence à la fête des Bowman, sans plus. Il n’accordait plus aucune importance à ce que son Maître pouvait faire – ou du moins, il tentait de s’en détacher. En résultait une douleur incessante qui n’était nullement agréable, contrairement à d’autres. L’injustice lui brûlait les entrailles aussi sûrement qu'un tisonnier chauffé à blanc.

Afin de se changer les idées (ou plutôt de les noircir), il se promenait sur le marché de Noël. L'ambiance estivale le crispait davantage. Ses yeux frénétiques et globuleux cherchaient une cible à abattre. Il était prêt à passer outre l'interdiction d'Hadès de tuer un habitant de Storybrooke. Il lui fallait du sang sur les mains, et vite. Il savait qu'il ne se sentirait apaisé qu'après avoir ouvert un mortel de haut en bas et l'avoir dépouillé de sa peau comme un lapin.

Soudain, une jeune femme blonde attira son attention. Elle était habillée bien trop court pour la saison et agitait les cheveux sans cesse, le signal ultime d'une ravissante idiote. Comme elle s'éloignait en riant au téléphone, il accéléra l'allure afin de la rattraper. L'aborder serait chose aisée. Séduire quelqu'un était d'une facilité déconcertante pour lui. Il suffit de dire ce que l'autre veut entendre, même si c'est faux. Charmer est une arme redoutable.

Cependant, à l'instant où il allait poser la main sur l'épaule de la fille, son oreille fut attirée vers la droite. Le marché de Noël était un endroit bruyant, rien n'aurait donc dû le détourner de son objectif, et pourtant, son attention fut brusquement accaparée par le stand de lecture situé entre plusieurs chalets. Il s'agissait d'un endroit abrité, cosy et confortable, duquel émanait la chaleur d'un brasero. A une extrémité, plusieurs livres étaient exposés comme dans une librairie. Une jeune femme brune assise face à une douzaine d'enfants lisait un conte de Noël. Desmond la reconnut avant même de la voir : son odeur unique, intrigante et indéfinissable, parvint à ses narines de la plus exquise des manières : Alexis Child.

— Au milieu des rafales, par ce froid glacial, une
pauvre petite fille marchait dans la rue : elle
n'avait rien sur la tête, elle était pieds nus.


Assis sur des bancs recouverts de coussins et de couvertures moelleuses, la marmaille écoutait le récit, hypnotisée. Il faut dire qu'Alexis n'avait pas son pareil pour raconter et faire vivre une histoire. Son intonation était envoûtante. A demi sur le qui-vive, Desmond approcha à pas de loup. Pourquoi avait-il envie d'écouter ? C'était puéril. Il détestait les contes de Noël, tout comme il exécrait tout ce que représentait cette fête. Malgré tout, il pénétra dans le stand abrité et finit par s'asseoir en tailleur parmi les enfants, tout en écoutant le récit avec de grands yeux attentifs.

— Dans son vieux tablier, elle portait des allumettes :
elle en tenait à la main un paquet. Mais, ce
jour, la veille du nouvel an, tout le monde
était affairé ; par cet affreux temps, personne
ne s'arrêtait pour considérer l'air suppliant de
la petite qui faisait pitié.


Saisi par l'émotion, Desmond déglutit. Autour de lui, les enfants retenaient leur souffle. Tous sentaient que l'histoire avait une dimension tragique ; tous aspiraient à voir la petite fille s'en sortir. Le chien des Enfers et les bambins partageaient le même regard plein d'espoir, rivé sur Alexis.

Au fil du conte, il se laissa dériver. Ce fut la première fois que l'Âme prit l'avantage sur le Monstre sans que ce dernier s'en aperçoive. Bien que cela fût impossible, le Monstre donnait l'impression de s'être endormi. Il laissait toute la place à l'Âme qui pleura à chaudes larmes à la fin de La Petite Fille aux Allumettes, si bien qu'un garçonnet lui tendit un mouchoir en papier.

Ce conte de Noël eut un impact conséquent sur Desmond. Les jours suivants, à l'heure exacte où il avait entendu l'histoire la première fois, il changea de personnalité. La gentillesse le saisissait instantanément à dix sept heures dix sept très précises. Peu importe ce qu'il faisait, il changeait à ce moment-là. La transformation durait plus ou moins longtemps. L'Âme avait tenté de maintenir son emprise en regardant des dessins animés, mais la seule chose efficace était d'écouter La Petite Fille aux Allumettes. Pourquoi cette histoire en particulier ? Le mystère restait entier. Quoi qu'il en soit, chaque jour pendant plus d'une semaine, il se rendit sur le marché de Noël afin de réclamer ce conte à Alexis. Il avait bon espoir qu'à force de l'entendre, il réussirait à l'apprendre par cœur et se le répéter comme un mantra afin d'empêcher le Monstre de revenir.

Hélas, quelque chose brisa le rituel. Cela se produisit le 25 décembre, le jour de Noël. Lorsqu'il arriva sur le marché de Noël, il découvrit les chalets fermés, le lieu désert. Désœuvré, il tourna en rond. Il ne comprenait pas.

Pas de panique. Il y a toujours une solution.

Il se téléporta près d'Alexis et lui réclama une histoire de toute urgence. Elle lui répondit qu'elle n'était pas disponible. Fort heureusement, Desmond était trop foncièrement gentil (à ce moment-là) pour faire une scène. Elle lui promit un conte le 26 décembre. Il se focalisa sur cette promesse et laissa le Monstre le submerger. Cependant, le lendemain, à 17H17, l'Âme refit surface avec exubérance et se téléporta directement dans le salon de la jeune femme.


26 décembre, 17h40

— Où étais-tu ? Je t'attends depuis longtemps.

Trente minutes peuvent paraître interminables quand on attend qu'une promesse soit honorée. A l'instant où Alexis ouvrit la porte de chez elle, Desmond dressa l'oreille et se retint d'aller lui faire la fête. Ses doigts tapotèrent ses cuisses et ses pieds le sol. Lorsqu'elle entra dans le salon, il se leva d'un bond du canapé et lui reprocha son retard, l'air boudeur et les bras croisés. Mais sa mauvaise humeur fut de courte durée car il se précipita vers elle pour la serrer contre lui.

— Je suis tellement heureux de te voir !

Il piqua un baiser sur sa joue et baissa les yeux sur bébé Isaac qui gazouillait dans son cosy.

— Coucou Isaac !

Il agita la main dans la direction du bébé puis lui fit des grimaces afin de l'amuser. Au bout d'une minute, il se redressa et plaça les mains dans son dos, tout en observant Alexis avec un sourire adorable.

— Tu me racontes mon histoire ?

Il s'était retenu de poser la question immédiatement, mais on percevait la tension passionnée dans sa voix. Il ne vivait que pour ça, en cet instant.

— Au fait, elle est trop mignonne, ta licorne. Elle m'a tenu compagnie quand je suis arrivé.

Il sourit de plus belle à cette pensée, avant de chercher la créature du regard.

— Elle a dû s'en aller, ajouta-t-il en haussant les épaules. Bon, alors mon histoire ?

Il alla s'asseoir en tailleur près du cosy d'Isaac, les mains jointes sur ses pieds, ses grands yeux globuleux et émerveillés braqués sur Alexis.
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***

Bonus : pour les curieux qui veulent lire le conte d'Andersen en entier, c'est par ici

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Edition Octobre-Novembre 2020

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________________________________________ Lun 10 Jan 2022 - 23:30




Mère Castor elle va te mettre un coup dans la tronche...


— Où étais-tu ? Je t'attends depuis longtemps.

Encore sur mon nuage du week-end que je venais de passer, j’avais manqué de lâcher le cosy d’Isaac que je tenais à deux mains, les bras chargés de mon sac à main, celui de voyage et celui du petit. Sa voix avait retenti avait avec une telle force dans mon esprit que j’avais loupé la crise cardiaque de peu. Me bloquant mécaniquement sur une position de défense, je l’avais dévisagé avec un air énervé avant de reprendre le cosy correctement dans mes bras et de le déposer sur le canapé pour plus de sûreté.

— Comment t’es...

Entré ? Après tout ce temps, toute cette vie à Storybrooke, je me posais ENCORE la question ? Quand ils n’étaient pas divins comme lui, capable de se téléporter n’importe où, ils crochetaient les serrures à merveille, comme Erwin, alors POURQUOI diable je m’étonnais encore de voir des gens chez moi et je perdais mon temps à fermer à clé ? J’aurai mieux fait de laisser grand ouvert avec une pancarte “servez-vous !” plantée dans le jardin. Devant son air interrogateur, j’avais précisé :

— Laisse tomber !

Et c’est qu’il avait le culot de me toiser en boudant en plus, les bras croisés cet enfoiré ! Je soupirai de colère mais n’eut pas vraiment le temps de le réprimander que déjà il me sautait dessus, câlin à l’appui. Je m’étais rigidifié instantanément sous l’action, ne sachant pas comment réagir, au point que mon cerveau avait complétement bugée. Son petit baiser sur la joue n’avait absolument rien arrangé et bien que je pouvais percevoir toute l’innocence de son étreinte et de son baiser, plus proche d’un bisou d’enfant que d’une embrassade suave, je ne pouvais pas m’empêcher de me méfier. Il était bizarre. Bon pas que ce soit une grande nouveauté dans la vie de Desmond Blake mais il était encore plus bizarre que d’habitude. Là où je l’avais connu plusieurs fois mesquin, sournois, sombre et carrément flippant, il arborait maintenant une joie de vivre, une innocence pleine d’Espoir et une sensibilité qui me désarçonnait encore plus. J'avais presque l’impression d’être dans un film d’horreur où la poupée mignonne assassinait tout le monde. S’il avait toujours eu le profil du psychopathe à mes yeux, il était désormais, depuis une dizaine de jour une tout autre personne. Ça cachait forcément un truc. Il essayait de m’amadouer ou je sais pas quoi pour faire... je sais pas quoi. Ok j’étais pas très avancée dans mon enquête mais y’avait eu les fêtes entre temps, OK ?

Et parlons-en des fêtes ! Après le déboulement de Meredith en plein repas du midi chez Regina, c’était Desmond qui était apparu à côté de moi dans la salle de bain en fin de journée du 25 décembre. J'avais tout fait pour étouffer mon cri et éviter d’alerter Erwin avait de lui demander de dégager sur le champ parce que ce n’était pas le moment. Pour le faire partir, j’aurai été prête à tout promettre, y compris de lui lire son histoire le lendemain, en ce 26 décembre. Je n’aurai pourtant pas cru qu’il aurait pris cette promesse pour argent comptant et qu’il y tenait à ce point mais il semblait bien que si. Comment aurais-je pu en douter en même temps ? Depuis le 15 décembre, toutes les fins d’après-midi, inlassablement, il était venu se poser sagement sur l’un des coussins de l’auditoire du chalet pour entendre son conte : La petite Fille aux Allumettes. J’avais été surprise de le voir aussi happé par l’histoire mais je ne pouvais que comprendre...



25 ans plus tôt...

— Au lit petite fille !

— On peut li’e une histioi’e ?

— Oui, mon ange, choisi le livre que tu veux.

La petite fille que j’étais s’était alors empressée d’aller récupérer dans sa petite bibliothèque colorée un livre de conte bien trop gros et lourd pour mes petits bras. Maman m’avait alors aidé à le porter et après que je me sois allongée dans mon lit et qu’elle eût rabattu la couverture sur moi, elle m’avait tendu le livre que j’avais posé consciencieusement sur mes genoux pour tourner les pages à demain en faisant attention, parce que les pages, ça coupe. Je m’étais arrêté sur une grande image que je connaissais plus que bien, parce que je demandais la même histoire inlassablement. J’avais pointé mon petit index impérieux sur l’image :

— Ca !

— La petite fille aux Allumettes ?! ENCORE ?! Mais tu la connais par cœur, Enora ! Tu n’en veux pas une autre ?

— Non, ça !

Maman m’avait dévisagé un instant avec une moue peu convaincue avant de soupirer et de commencer sa lecture, capitulant. Je n’aurai pas su dire pourquoi cette histoire me plaisait autant, si ma volonté que l’amour soit plus fort que la mort m’empêchait de voir la tristesse du moment, si l’Espoir et l’Imagination qu’elle mettait dans chacune de ses allumettes me ravissait plus que la dureté de sa vie de pauvre petite fille battue... Les enfants avaient souvent des lubies sans qu’on ne sache les expliquer et clairement, ce conte avait rapidement fait partie des miennes, avant de faire partie de celles de Desmond...


Aujourd’hui...

J’avais grimacé en voyant Desmond s’approcher de mon fils mais il semblait bien plus enjoué à le voir que le jour de sa naissance. De son côté, Isaac, imperturbable l’avait observé de ses billes d’un vert étrange qui chaque jour quittait un peu plus le bleu pour tirer vers l’or des yeux d’Erwin. La bouche en “or”, il gigota à sa vue silencieusement en l’observant avant d’émettre quelques petits bruits de bouche.

— Ah... merci, elle s’appelle Pétunia. Je suis contente qu’elle te plaise...

Et que vous ne vous soyez pas entre-dévorer aussi... depuis qu’elle l’avait vue à la maternité, elle avait semblé troublée. Elle avait longuement oscillé entre l’idée de le mordre et de lui faire un câlin et je devais bien avouer que je ne l’avais jamais vu avec un tel pet au casque. Généralement, soit elle aimait, soit elle détestait mais c’était au moins clair, net et précis. Le fait qu’on ne sache pas où elle était m’inquiétait un peu mais si Desmond avait été aussi collant avec moi qu’il l’avait été avec elle, il y avait de fortes chances qu’elle était suffisamment soulée pour aller se planquer dans un coin et de n’en sortir que lorsqu’il serait parti.

— Bon, alors mon histoire ?

— Euh oui... ton histoire... deux secondes, faut que j’aille chercher le livre.

J'avais passé une mèche de mes cheveux derrière mon oreille d’un air gêné, ne sachant si je devais le laisser seul avec Isaac ou non. Prenant la décision de le faire, j’avais amorcé un pas vers l’arche qui menait à la sortie du salon quand je me stoppais net.

— Tu sais que tôt ou tard les histoires vont s’arrêter ? Je ne les laissais qu’à Noël... je ne les lirai pas tout le temps. Mais je veux te donner un livre si tu veux et tu le liras toi ?

Voyant le regard qu’il me lançait, digne de si je lui avais avouer qu’il était en phase terminale, je me ravisais rapidement :

— Euh... l’histoire d’abord, on voit ça après, ok ?

J’étais alors ressorti par l’arche qui menait à l’entrée, passant tout droit pour aller récupérer dans la salle de lecture un des livres posés sur les bibliothèques qui s’étalaient sur tous les murs derrière la cheminée. Revenant sur mes pas, c’est à cet instant que je l’avais entendu. Ce grognement, ce bruit étrange de mulet plaintif. Tournant la tête à l’opposé de la porte d’entrée, vers la cuisine, j’avais froncé les sourcils. J’étais sûre que le bruit venait de là. Craignant le pire, je m’étais approchée vivement de la cuisine pour observer le désastre. Sur le plan de travail, il y avait une petite assiette avec des miettes et un couteau gluant. Au sol, allongée sur le dos, son ventre bedonnant bien arrondi vers le ciel, la langue pendante d’un coin de sa gueule, Pétunia gisait au sol, apparemment en pleine indigestion. A côté d’elle, mon pot de miel était posé, ouvert. Je devinais alors ce qui s’était passé, en m’attendant, Cerbère avait trouvé le miel et avait décidé de s’en faire quelques tartines. Voyant Pétunia à ses côtés, il avait sans aucun doute voulu partager son butin avec elle, ne reprenant pas le pot, l’obligeant malgré lui à le terminer d’une traite, tant sa gourmandise était légendaire.

— PUTAIN !!!!

Paniquée, j’avais hurlé, lâchant le livre qui s’était écrasé au sol dans un bruit sourd, tandis que je m’agrippais les cheveux à pleines mains, observant le sol d’un air terrifié. Dans la pièce d’à côté, Isaac s’était mis à pleurer, alarmé par mon cri. Le cœur battant, j’avais à peine entendu Desmond arriver à côté de moi et sans l’observer, dans un cri plaintif, je précisais :

— T’AS BUTE MA LICORNE !!

Et j’étais censée faire quoi maintenant ? Appeler Elliot ? L’emmener au véto ? La faire vomir ? Jamais jusqu’à présent elle n’avait mangé autant de miel...


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Merry Christmas to Everyone

Just hear those sleigh bells jingle-ing
Ring ting tingle-ing too
Come on, it's lovely weather
For a sleigh ride together with you


ANAPHORE
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________________________________________ Jeu 20 Jan 2022 - 17:59

Des heures sombres nous attendent... Alerté par le juron sonore d'Alexis, Desmond se téléporta directement près d'elle. Le cri de la jeune femme fit paniquer Isaac qui commença à pleurer. Desmond dansa d'un pied sur l'autre, partagé entre l'envie d'aller réconforter le bébé et celle de calmer la mère qui avait placé ses mains autour de sa tête dans une attitude épouvantée.

— T'AS BUTE MA LICORNE !!

De plus en plus indécis, il suivit le regard de la jeune femme et ouvrit des yeux ronds comme des billes en découvrant Pétunia, les quatre fers en l'air, la langue collée contre le carrelage. Le pot de miel vide gisait à côté d'elle. L'arme du crime. L'arme du... crime ? La lèvre inférieure de Desmond commença à trembler. Les pleurs d'Isaac ne faisaient que renforcer le chagrin qu'il éprouvait.

— Non... non, non...

D'une voix suppliante, il s'agenouilla près de Pétunia. Elle n'allait pas mourir. Ce n'était pas possible. Jamais il n'aurait voulu une telle chose ! Etait-il aussi mauvais que le Monstre ? Est-ce que le Mal faisait partie de lui ? Ne pouvait-il y échapper ? Pourtant, il avait tout fait pour être une bonne personne. A chaque fois qu'il prenait la lumière, il faisait tout pour se montrer altruiste, bon et généreux. Malgré tout, était-ce une preuve d'égocentrisme ? N'avait-il pas agi pour les autres mais pour lui-même ? En mangeant le miel d'Alexis, en le partageant avec la licorne, il avait cru bien faire. Il avait pensé contenter l'étrange créature. Alors qu'il l'avait faite probablement courir à sa perte.

De grosses larmes roulèrent sur ses joues et les sanglots agitèrent son corps. Comment réparer le mal causé ? Comment faire ? Il interrogea Alexis du regard, avant de disparaître. Les pleurs d'Isaac lui devenaient insupportables. Il ne pouvait entendre bien longtemps la détresse d'un enfant. Il reparut moins de cinq secondes plus tard avec le bébé dans les bras, pleurant autant que lui. Le visage ravagé par le chagrin, il confia Isaac à Alexis avec douceur et délicatesse. Il ne pensait même plus au livre de contes qui gisait sur le sol, ouvert tel un oiseau mort aux ailes déployées.

— Je... je suis... tellement... désolé... murmura-t-il entre deux sanglots. Je... je vais tout faire pour la sauver.

Il retourna aussitôt auprès de Pétunia dont le souffle sifflant évoquait un sifflet défectueux coincé dans la gorge d'un goret. O_o Penché au-dessus d'elle, il renifla et posa solennellement la main sur son abdomen gonflé. Après une hésitation, il appuya. Un filet de liquide clair, moitié bile, moitié miel, jaillit hors de la gueule de la licorne, éclaboussant au passage les chaussures cirées de Desmond. A la fois fasciné et intrigué, il appuya plusieurs fois. La même chose se produisit.

— Je... je pense que je peux lui faire un lavage d'estomac en appuyant suffisamment vite !

Inspiré par sa propre initiative, il en oublia de pleurer. Sa volonté de sauver la licorne surpassait tout le reste. Il jeta un regard interrogateur à Alexis mais sans attendre d'approbation de sa part, appuya de plus en plus vite sur le ventre de Pétunia. Elle cracha l'équivalent d'un litre de liquide - le sol en était inondé - avant d'émettre un gargouillis qui avoisinait le râle d'agonie.

Subitement sceptique, Desmond éloigna sa main de l'abdomen de la créature.

— Elle a l'air d'avoir un peu... maigri, non ?

Il déglutit, observant la licorne qui avait dégonflé d'un seul coup, comme si le fait qu'il ait appuyé dessus l'avait vidée de toute consistance. Il interrogea Alexis du regard.

— A moins qu'elle était déjà comme ça ?

Il haussa les épaules. Il ne se rappelait pas de son apparence avant qu'il ne lui confie le pot de miel. En tous cas, Pétunia respirait désormais par saccades, allongée sur le flanc, sa peau flasque s'étalant sur le sol, au milieu du miel liquide, comme un jouet de plage dégonflé.

— Elle a la peau qui flotte, remarqua-t-il en penchant la tête. Ce n'est pas une critique !

Il préférait préciser afin de ne pas provoquer l'éventuelle colère d'Alexis.

— Elle est toujours aussi jolie, assura-t-il tout en caressant la licorne flétrie.

Le pire, c'est qu'il était sincère. A travers ses yeux, tout était plus beau, plus coloré (même s'il ne voyait aucune couleur hormis le rouge), plus lumineux. Il était incapable de se montrer négatif. Il remua les muscles de son visage car les larmes, en séchant, provoquaient une rigidité désagréable. Sous ses caresses, la licorne s'apaisait peu à peu et reprenait une respiration normale. Rassuré, il esquissa un sourire réjoui.

Pétunia remua légèrement une patte avant, puis sortit sa langue rose. Elle commença à laper le liquide clair qui formait une mare autour d'elle. Desmond sursauta et s'empressa de la prendre dans ses bras. Il se releva, la plaçant loin de la tentation.

— Je sais à quel point il est difficile de résister au miel, mais c'est pour ton bien
, dit-il à la licorne d'un ton navré.

Pétunia remua un peu dans ses bras, mais trop faible pour se débattre tout à fait, elle resta affalée, presque inerte, lapant désespérément les quelques taches de miel sur la chemise de Desmond. Ce dernier pivota vers Alexis. Chacun d'eux avait un "bébé" dans les bras. Il adressa à la jeune femme un regard attendri, presque ému.

— On se ressemble, je trouve, lui confia-t-il d'une voix humide.

La licorne était à peine visible dans ses bras tant elle avait dégonflé, mais il la tenait avec une infinie douceur. Il espérait avoir réussi à la sauver, et le souffle léger de la créature le rassurait à chaque seconde.
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