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Ensuite, réveillez-vous calmement et allez jusqu'au bout de votre rêve
sans jamais vous laisser décourager. » (Walt Disney)

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 "I put a spell on you" - Alexis & Erwin

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Erwin Dorian
« If the crown should fit, then how can I refuse? »

Erwin Dorian

| Avatar : Rufus Sewell

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- Pour ma victoire? C'est adorable, trésor... Même si en toute modestie, je dois admettre, qu'au-delà de cela, je suis un prestigieux modèle pour mes concitoyens"
(Alexis pense-t-elle qu'il est parti trop loin? Sûrement! On approuve)

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| Conte : Coeur de Princesse/Le Prince et le Pauvre
| Dans le monde des contes, je suis : : Preminger

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| Cadavres : 1319



"I put a spell on you" - Alexis & Erwin - Page 2 _



________________________________________ 2023-11-26, 23:02 « If the crown should fit, then how can I refuse? »

I put a spell on you
“Le jour de la fête des morts donne à chacun le sens de la vie.”


L’endormissement d’Isaac, Alexis l’avait pris moyennement bien. Pouvait-on s’en offusquer ? Cela pouvait signifier si l’on désirait être positif, qu’en partie, elle l’avait bien pris. Et puis, elle l’avait accepté. Ce qui témoignait que malgré ses appréhensions et ses réserves bien normales au regard de la situation, elle l’admettait nécessaire. Isaac endormi, la procédure se lancerait plus fluidement.
Une fois n’était pas coutume, la dernière pensée d’Erwin, avant que la machine ne se mette en route, avait été pour son fils. Il fallait qu’il se réveille. Enora ne se pardonnerait jamais qu’il ne se réveilla pas… De même, aussi cela surprenant que cela puisse paraître, l’idée lui semblait particulièrement désagréable. Même s’il avait eu tôt fait d’approuver l’idée d’un endormissement plus profond d’Isaac. Pour son propre confort, oui. Les expériences menées avaient été des désastres douloureux. Chaque image vécue l’avait été presque à son encontre et les souvenirs visionnés n’avaient eu de cesse que d’être particulièrement éprouvants, comme si l’être dont il retraçait les souvenirs n’avait eu de cesse que de le combattre. Pour la réussite de la mission, il convenait aussi de l’endormir davantage. Le coma provoqué avait cet effet rassurant d’une efficacité redoutable. Mais… si jamais Isaac venait à ne pas se réveiller… Alexis s’en trouverait anéantie… Et il se priverait à l’Avenir d’un allié plus intéressant qu’il n’aurait pu le supposer.
Non. Il reviendrait… Et plus vite, ils auraient tôt fait de réussir et plus vite l’enfant sourirait à nouveau.

Une lumière aveuglante pénétra dans ses iris, d’une violence si puissante que l’ancien ministre craignit qu’elle ne l’en brûla. Pour autant, il ne fit rien… Déjà l’éclair s’estompait, pour laisser place à un vide lumineux où lui seul se trouvait. A bien des égards, il songea à ses traversés du miroir, sur Olympe… Cet objet mystérieux possédait cette presque semblable mise en situation… Un coup d’œil à ses bras lui permis de jauger que la manœuvre cependant prenait son effet. Oui… Et cette fois, il ne s’agissait pas de mains potelées et raccourcis qu’il contemplait, ni un biberon ou même le visage doux et gracieux d’Enora, mais des mains d’honnête travailleur, gonflés par le labeur, alors que du lieu, les contours se définissaient à son rythme..
« Cela semblait concluant… Oui. Concluant ».
La lumière céda progressivement place à une obscurité humide, où les lueurs ne demeurèrent fixés que par les torches du mur. Au moins, cet endroit paraissait davantage proche de la geôle occupée un temps sanglant par Crafty. Et à en juger les corps qui se dressèrent par l’effet de l’expérience, bientôt devant lui, un individu aurait pu s’interroger sur les occupations curieuses auxquelles son pendant antique pouvait bien s’adonner… Trois hommes attendaient sur des bancs, cagoulés et vêtus d’une chemise blanche longue, sur laquelle pour chacune une croix rouge se trouvait brodée au niveau de la poitrine… Un coup d’oeil à ses propres habits l’averti de la similitude de son propre accoutrement… Tout comme le tissu souple et solide dérangea subitement son nez. Fort bien… Voilà ce qu’étaient les réunions de cet ordre, autrefois… soupçonna l’ancien ministre. Il stoppa son réflexe mécanique et malencontreux d’ôter tout masque. Ces hommes n’étaient pas prisonniers. Ils attendaient son discours… Et les masques protégeaient leur anonymat du risque d’intrusion. Celles-ci étaient-elles nombreuses ? Il ne pouvait le deviner pour le moment, mais pour l’époque, les risques existaient.
En attendant, le silence s’attardait. Ils l’attendaient encore…
Et quand bien même, Preminger possédait un sang-froid et une habilitée imparable en matière de situation saugrenue, sans évoquer même son aisance orale naturelle… il fut reconnaissant aux coup subitement frappés au dessus de sa tête de le sauver de ce mauvais pas. Quelque soit la cause de cette distraction, elle lui faisait gagner de précieuses minutes de réflexion… Il était une chose de comprendre qu’il était visiblement appelé à agir dans l’ordre comme Connor…
Une autre chose que de devoir le remplacer au pied levé dans une époque mystérieuse pour évoquer un sujet dont il ne comprenait goutte, encore…
Les coups raisonnaient toujours au dessus de lui et semblaient avoir été formulés à même la plaque de bois qui permettait l’accès à cette cave. Alors que tous levaient la tête, la trappe s’ouvrit révélant une femme brune, fondue dans l’obscurité. Il ne la connaissait pas, mais quelque chose en lui s’agita de familiarité. La femme de Connor, devina-t-il.
Laquelle s’écartait déjà, permettant à un homme de passer devant elle, alors que sa voix précisait.

« Ton frère... »

Albert Evans… Alexis. Et pourtant, rien ne semblait à présent plus improbable. Alexis dans la peau d’un homme. Mais son cerveau intact et vif le regardait comme il la regardait, à présent. Sa présence en lui semblait indétectable et il se demanda si elle ressentait cette même impression de dissociation. A moins que cela soit moins perturbant pour elle… Et puis, la cagoule sur la tête d’Albert n’aidait en rien. Il ne croisa pas son regard, ne surprit pas un seul de ses gestes. Non pas qu’il en attendait, il demeurait suffisamment professionnel pour ne pas risquer de se voir découvert, mais… une seule brève faille aurait suffi à la rassurer sur la consistance de ce qu’ils vivaient. Mais il était passé, pour venir spontanément s’asseoir aux côtés des autres….Alors qu’il le dépassait, Preminger nota qu’il était plus petit que lui, plus chétif aussi.

—« Merci de te joindre à nous, mon frère » avait-il au contraire ponctué d’un propos chaleureux, découvrant par la même occasion sa voix, davantage plus rocailleuse et posée que celle à laquelle il avait l’habitude.

Ses bras étaient plus lourds, sa musculature aussi, plus imposante mais vigoureuse.
Il n’y avait eu aucune réaction dans l’auditoire. Voilà qui était curieux. Preminger n’était pas habitué au silence… Pourquoi ? Presque simultanément à ses interrogations, la voix d’Ashwini avait retenti dans le lieu aussi sonore et claire que dans un haut-parleur pourtant inexistant.

— « On assiste ici à une réunion de l'Ordre en 1691. Ils sont peu, c'est normal, rare sont ceux déjà installés. Si je ne me trompe pas, outre Albert, le frère de Connor, l'assemblée se compose de Jacques Denvert, un français qui a sans aucun doute été l'un de ceux ayant importé l'Ordre d'abord au Royaume-Uni puis aux Etats-Unis. Il y a aussi un irlandais Sean Byrne et un anglais immigré comme les Evans, William Alexander. La tradition veut que celui qui reçoit prononce le discours d'ouverture. Laissez-vous aller, Connor sait ce qu'il a dire, il vous guidera »

Preminger aurait pu opiner mais cela n’aurait donné qu’une image curieuse aux yeux de ses interlocuteurs. Il se demanda comment Ashwini voyait en revanche la scène, l’effet des machines le lui reverbait-il ?
Dans tous les cas, il aurait été fort bien en peine d’identifier qui que ce soit. Mais pour Connor, ils cachaient des individus bien connus. Et en lui, en Connor se trouvaient aussi les paroles qu’il devait prononcer. Il était censé, juste le laisser parler prendre la place en lui. Les mots qu’il devait trouver n’étaient pas siens. L’exercice qu’on attendait de lui était de ceux qu’on attendait des acteurs, un total oubli d’eux-même et une écoute quasi intime du personnage qu’ils étaient censés incarner...mais ici aucun script n’était disponible. Et la situation était réelle, une erreur et tout serait voué à recommencer perpétuellement jusqu’à réussite. Preminger avait l’habitude de jouer des rôles. Alors pourquoi ce dernier devrait-il en soit lui coûter plus de difficultés ? Ashwini ne l’avait-elle pas dit ? Il convenait de se laisser porter… si le ministre ne faisait guère confiance à autrui dans leur capacité à mieux exécuter les tâches que lui, la situation présente avait déjà eu lieu.
Inspirant, il fit le vide. Il n’était pas évident pour Erwin de laisser un autre que lui prendre le dessus, mais il se devait de le faire, sinon rien n’interviendrait.

— « Mes Frères. Nous voici d’ores à présent au complet ! J’ai le grand plaisir de vus accueillir chez moi ce jour et j’espère que ma cave vous paraitra hospitalière car même si elle ne vaudra jamais le bar de notre ville, quelques bons crus s’y trouvent...une fois la réunion terminée » Il eut quelques rires légers, discrets. Connor poursuivit « Mes frères saluons l’arrivée d’un nouveau frère dans notre petite communauté ! Puisses-tu, mon frère t’acclimater et trouver ici une famille où celle que tu possèdes déjà s’accroitra encore, telle une récolte florissante.
Les jours de Salem sont beaux mais c’est de son futur dont il nous faut nous entretenir aujourd’hui. Notre communauté est belle mais restreinte, et si nos coeurs se félicitent d’une nouvelle venue pour grossir nos rangs, ils se serrent du départ de l’un de nos frères.
 » Preminger s’était senti pivoter vers l’un des membres qu’il devina être Sean et inclina la tête « Aussi nous tâcherons de suivre notre but et l’un de tes vœux les plus chers : accroitre notre communauté pour le bien de notre ville et de nos frères et soeurs habitants entre ses murs. Je sais que tu œuvres en ce sens avant de devoir prendre la route. As-tu repéré des âmes capables d’embrasser notre cause ? Y-a-t-il dans nos politiciens quelqu’un susceptible de nous rejoindre pour la bonne prospérité et le développement de Salem ? Car nous devons le reconnaître, mes frères, notre influence est, actuellement à sa limite… Si nous voulons porter, nous le savons, nous devons croître pour permettre le développement de notre population. Et le développement ne peut se faire sans prendre la compréhension de ce qui fait la force de Salem. Vous n’êtes pas sans ignorer qu’aux alentours, les villes font la chasse aux indigènes. Ils se voient chassés quand ils ne sont pas frappés ou même tués… Notre population doit rester ouverte ou tolérante ou ce sera notre mort… Nous devons veiller à ce que l’extension ne se fasse pas à leurs dépends, mais à leur profit également ».

Preminger devait le reconnaître… le discours se défendait. Rempli de bienséance et de bons sentiments, mais le reste demeurait assuré, carré et structuré. Oui.. Il approuvait assez cette manière d’aborder l’ensemble.
Un individu se leva soudain, pour s’approcher de lui, posant sa main sur son épaule amicalement, en attendant qu’il aille s’asseoir. Preminger avait suivi le mouvement, en attendant que l’individu en question, Jacques, prenne la parole. Oh, cette fois, cette identification n’avait pas été due à Connor mais bien à l’accent français perceptible dans sa prononciation lorsque ce dernier se lança dans son discours.

— « Merci pour tes paroles éclairées. Comme vous le savez, je partirai demain à l’aube pour de nouvelles contrées. Nombreuses sont les colonies ici bas qui ont encore besoin de notre aide et comme vous le savez, les français sont très mal vu par chez nous, je ferais donc mieux de ne pas m’attarder.

Avec le contexte politique de l’époque, Preminger ne pouvait pas lui donner tort. Cependant, il s’étonna de la promptitude du départ… Etaient-ils tous itinérants ? Ou cela collait-il davantage à la peau de Jacques de par son origine ? D’une certaine manière, hormis William qui venait d’arriver, les autres semblaient vivre à Salem depuis de nombreuses années, pour s’être constitué un commerce et embrasser des métiers à responsabilité… Jacques poursuivait en parallèlement

— « Vous savez comment nous contacter si nécessaire. En attendant, vous serez livrés à vous-même. Restez soudés entre vous et cultivez la lumière. N’oubliez pas que c’est au détour d’une Ombre que se trouve le Mal. »

Preminger avait souri sous le masque. Cette fameuse phrase, déjà...

– «  J’ajouterai une chose aux paroles de notre hôte, les indigènes sont également esclavagés. Le nombre de fers apposé augmentent e jours en jours et il me semble que certaines maisons cultivent déjà cette infamie. Nous avons échoué en Europe a faire entendre raison à nos dirigeants, nous avons donc une nouvelle chance ici… dans le Nouveau Monde. Ne la gâchons pas. Un peuple d’humains qui rend esclaves ses semblables est un peuple perdu. Vous nêtes pas non plus sans savoir que des tensions toujours plus grandes montent entre Sallem Village et Salem Town. J’entends de plus en plus de nos concitoyens jalouser les richesses et les réussites dont Town se targue. Votre rôle sera également d’apaiser les tensions.
Comme l’a précisé votre hôte, il conviendra à chacun d’entre vous de tenter d’approcher avec lenteur et douceur quelqu’un de la caste dirigeante. Ne lui parlez cependant pas de nous sans notre autorisation. Une fois le candidat adéquat trouvé, contactez-nous et nous nous chargerons de la suite. Je reviendrais vous voir d’ici un an, en attendant, prenez vos marques, gardez vos postes et protégez la justice et la liberté
.
 »

Le dialogue avait néanmoins laissé Preminger perplexe. Dans les mots, les phrases, Jacques était leur leader. Et eux ne semblaient être que les brebis… Des brebis fondatrices, certes, mais des brebis tout de même. Les expériences menées dans le Nouveau Monde, la graine implantée à Salem de leur ordre. Leur devise était restée inchangée depuis des siècles à en juger par cela…. Et leur vision du Monde semblait inchangée aussi. Et ils cherchaient à s'étendre...
La main de Connor s’était plantée sur sa poitrine, avec même que Preminger ne puisse l’en empêcher, en symétrie avec ses compagnons et tous avaient déclamés :

— « Car c’est au détour d’une Ombre que s’immisce le Mal ».


Le décor s’était soudainement brouillé… La lumière blanche l’avait à nouveau ébloui jusqu’à lui vriller la rétine, avant qu’elle ne se dissipe une nouvelle fois au profit d’une obscurité franche. Lorsqu’il avait tourné la tête, Preminger nota qu’il se trouvait maintenant allongé et accompagné. La femme qui dormait paisiblement à ses côtés devait être la femme de Connor. Bien qu’il n’ait pas eu le temps de discerner son visage, ses cheveux bruns rappelaient ceux de celle qu’il avait entraperçue dans la trappe de « sa » maison.
Connor ne semblait pas s’être éveillé naturellement, son corps s’agitait un peu, nerveux, presque couvert de sueur, comme tiré de son sommeil. C’était le vent, devina Erwin soudainement saisi. Il tonnait avec une puissance croissante. Et soudainement, des certitudes étaient subitement venues assaillir Preminger avec une nouveauté dérangeante : elles n’étaient pas siennes. Il ne pouvait le savoir, quand bien même se trouvait-il perspicace. Elles étaient l’œuvre de Connor. Il vivait ses émotions, ses certitudes, ses interrogations. C’était l’hiver. Cette certitude l’avait assailli sans qu’il n’ait eu matière à le savoir. C’était l’hiver, un Temps de la sorte n’avait rien de curieux. Et pourtant… Pourtant quelque chose clochait. Et cela ne résultait que de l’intime conviction de Connor qu’Erwin sentait raisonner en « Lui ». Un pressentiment. Il s’était redressé un peu, écoutant le vent souffler… Lui semblant que le phénomène s’accentuait de minutes en minutes, comme si…la tempête se trouvait aspirée par ou vers un endroit. C’était…. Étrange. « Une Tornade ? » Songea Preminger soudainement, avant d’être subitement déconcentré par un jet de lumière qui le poussa à clore ses yeux. Une lumière, verte et aveuglante s’était engouffrée dans la pièce. Mécaniquement, spontanément, Connor avait tourné la tête vers sa femme, mais la poitrine de cette dernière se soulevait tranquillement, paisible… Cela n’avait duré qu’une fraction de seconde visiblement insuffisante pour la réveiller, malgré l’intensité de la lueur et la curiosité du phénomène...
Mais Connor lui… Connor lui, s’était mis debout, vaillamment, malgré l’incertitude du sommeil qui tiraillait ses muscles. Dormait-il ? Rêvait-il ? C’était sûrement ce qui l’avait poussé à se lever pour se tenir auprès de la fenêtre, cherchant aux alentours une trace de cette lueur. Mais quelque chose avait bien eu lieu… Une fumée verdâtre et sombre s’élevait de la forêt à un lieu bien déterminé… N’en déplaise à ses allures de feu de camp, les volutes qui s’en élevaient possédaient des éclats de lumière brillante dedans qui allaient et venaient… Ce n’était pas normal. Preminger sentit son coeur secoué d’un éclat au coeur…et pressa sa main contre sa poitrine. Une inquiétude qu’il ressentait mais ne partageait pas. Connor avait peur et fixait désormais la fenêtre, apeuré, subitement… Albert… Le feu démarrait non loin de sa maison… Se pouvait-il ? Un danger pouvait-il survenir ?
En l’espace d’un instant, déjà Connor se pressait, enfilant un manteau solide et chaud, non sans jeter un coup d’oeil à son épouse endormie. Preminger devinait ses pensées. Fallait-il la réveiller ? Il n’en n’avait pas le Temps…
Déjà, Connor pivotait des talons, s’empressant de ramasser son arme, se saisissant déjà d’une lanterne encore vive à l’entrée de la maison.
Déjà les pieds de Preminger semblaient filer dans la nuit, remontaient les ruelles, le coeur battant d’une inquiétude qui n’était pas sienne, sentant filer en lui les peurs et les interrogations de Connor. Avait-on attaqué son frère ? L’explosition avait-elle pu mettre le feu à son domicile ? Cela ne ressemblait à rien de semblable.. Ce n’était pas possible, songeait Erwin. Albert ne pouvait être en danger. Sinon… Enora… Non.
Si son hôte n’avait pas pris la peine d’enfiler mieux que les sabots de bois trouvés à la hâte près de l’âtre, son arme pesait dans la poche droite de son pantalon. On ne savait jamais… Il dépassa la maison, prenant la direction du bois qui s’ouvrait à l’arrière de celle-ci. Il n’avait pas vérifié la porte de la maison d’Albert, mais avait l’intime conviction qu’il ne se trouvait pas sous les couvertures, mais dans le bois. Les buissons l’égratignaient alors qu’il poursuivait sa course, indifférent. Et au fur et à mesure qu’il s’enfonçait dans les fourrés, il avait entendu le timbre d’Albert le héler à travers les branches et s’y hâtait, avec fureur et amour.
Alors que Connor s’y fiait, Preminger songea subitement qu’une telle curieuse lumière aurait pu tout à fait être l’oeuvre d’une personne malveillante et magique à en juger parce qu’il avait vu dans sa vie...non de personnage de contes, mais d’habitant de Storybrooke. Qui pouvait assurer, finalement qu’Albert était bel et bien dans les bois ? Et comment pouvait-il deviner que son frère y serait aussi ? Pouvait-il distinguer tout simplement sa lampe ?
Comme pour lui donner tort, le policier atteignit la silhouette le hélant : son frère Albert – et Enora- était accroupi au sol, son pyjama témoignant du sommeil auquel il avait été arraché.
Mais il n’était pas seul.
Erwin avait senti le regard perplexe du frère de Connor croiser ses yeux, et ceux d’Alexis au-delà de ces derniers, avant que ceux-ci ne se posent sur la jeune femme qui se trouvait aussi là. Entièrement nue, elle tremblait de froid, tête baissée. Que diantre faisait cette femme dans les bois ? Preminger ressentait l’incompréhension totale de son hôte, ses scénarios imprécis qui se galvaudaient dans son esprit.
Notant cependant son arrivée, elle avait relevé la tête vers lui, dans sa direction, alors qu’Albert précisait déjà

— « Ne t’en fais pas, c’est mon frère, on va t’aider. »

Connor avait opiné, les rejoignant au pas de course, alors que le menton de la jeune femme se levait encore. Davantage, même, pour mieux le dévisager avec curiosité. Il avait fait de même, notant sa jeune vingtaine, ses cheveux d’un roux éclatant et ses yeux aussi verts et vifs qu’une émeraude polie. Des tâches de rousseur parsemaient sa peau pâle et blême de froid… A la contempler ainsi, Erwin eut l’impression de la connaître… Ou alors, peut-être était-ce Connor qui la connaissait… Mais il ne parvenait pas à savoir qui ni d’où…

– « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » interrogea-t-il à l’adresse de son frère, avant d’enlever prestement son manteau pour le passer sur les épaules de la jeune femme
« Mettez cela, Mademoiselle, vous allez attraper froid ! Quelqu'un vous a-t-il fait du mal ? »

L’ancien ministre devait des mots assénés à la jeune femme par le policier que ce dernier était déjà à l’affut d’une explication. Il cherchait ce qui s’était-il passé. Connor n’avait jamais vu la jeune femme ou tout du moins, même s’il avait l’impression de la connaître, il pouvait affirmer qu’il ne l’avait jamais vue à Salem… Etait-elle une marchande ambulante ayant fait les frais de quelques bandes d’odieux voyous ? Il n’avait vu aucun stigmate sur sa peau mais certaines déchirures étaient plus intimes… Même si..le visage de la jeune femme paraissait davantage inquiet qu’horrifié. Preminger doutait de ses analyses mais ne pouvait pas nier qu’elles suivaient un schéma logique, compte-tenu de l’époque.
La mystérieuse jeune femme avait fini par secouer la tête de gauche à droite, de façon saccadée, d’abord lentement puis rapidement.
Ce fut Albert qui pris alors le relais :

Comment vous appelez-vous ? D’où venez-vous ? » se tournant à son frère, il avait précisé « Il y avait un sacré boucan dans la forêt. Je n’arrivais plus à dormir, je sentait qu’il y avait des bruits étranges qui n’annonçaient rien de bon. Puis j’ai vu un éclat de lumière verte et… je l’ai trouvé à l’endroit où des vapeurs étranges s’échappaient… je ne sais même pas si elle parle. Il faut la mettre à l’abri… »

Connor hocha la tête en direction de son frère.

– « Oui, j’ai vu aussi ces lueurs dans la forêt… » approuva-t-il en fronçant les sourcils, revisionnant ce qu’il avait aperçu ''Je ne sais pas si d’autres personnes ont pu l’apercevoir… nous le saurons assez tôt » S’approchant encore de la pauvre fille, tout en veillant à garder une distance raisonnable, il lui avait tendu la main avec douceur, en s’accroupissant délicatement«  Nous ne voulons aucun mal… voulez vous venir avec nous ? » Doucement, son doigt avait fait la navette, d’elle vers Albert, puis lui, jusqu’à la maison au-delà de la forêt.

Le ton était emprunté. Prudent. Preminger sentait que Connor s’adressait à elle, d’un ton presque doux et patient que l’on usait auprès d’enfants ou de victimes. Et il devait le reconnaître, son hôte savait ce qu’il faisait. N’était-il pas chargé de la sécurité de la ville ? Il devait être habitué à user de cette patience aimable…
Après un regard long à sa main, la jeune rousse avait finalement accepté de la prendre, regardant autour d’elle en resserrant son manteau. « Peut-être que s’ils se pressaient un peu » songeait sûrement Connor, elle pourrait bénéficier de vêtements chauds par la femme d’Albert, à en juger par le coup d’oeil qu’il donnait vers la demeure, et le piétinement léger sur les feuillages. Il faisait froid, après tout. Ne se trouvaient-ils pas au coeur de l’hiver ?

— « Où sommes-nous ».

Elle parlait donc. Et n’était pas d’ici. Preminger songea à la lueur… Une magicienne ou l’usage de la magie l’avait sûrement ramenée ici. Mais nous étions dans le Monde humaine. Sur la planète Terre, cela était-il seulement possible ? Pourtant les lueurs ? Et cette poussière verte brillante ? Comment l’expliquer ?

– « A Salem. » répliqua Albert d’un ton bienveillant. S’il fut surpris d’entendre le son de sa voix, il n’en laissa rien paraître « Levez-vous, je vais vous ramener chez moi, vous serez au chaud au moins ».

La jeune femme s’était levée lentement, doucement. Peut-être prenait-elle Temps de vérifier que sa force ne flancherait pas…
Et avec des gestes tout aussi lents, elle enleva le manteau pour le rendre à Connor. Déjà Preminger sentait les yeux de son hôte se fermer, par pudeur. Mais ils restèrent ouverts, témoins de son ahurissement. Car là où aurait du se trouver peau et nudité, se trouvait à présent une robe étrange… Presque indécente à sa propre façon. Rien que sa présence l’était ! Mais tout de même ! Le tissu était long et moulait le corps de la jeune femme bien davantage qu’aucune étoffe ne le permettait. Le tissu semblait se mouvoir, prenant tour à tour des reflets brillants rouge, verts, jaunes et bleus selon la manière dont la jeune femme se mouvait… Elle possédait là une robe qui bien que semblant faite d’un tissu non répertorié comme riche ou coûteux, semblait valoir une fortune. Et bien plus que cela… Elle n’avait pu le dissimuler. Elle l’avait fait apparaître… C’était une sorcière. Preminger en était déjà persuadé. La lumière verte et son apparition subite ressemblait à une téléportation… Mais il ne pouvait en vouloir aux frères Evans de ne pas avoir fait de lien, après tout, ils n’avaient jamais eu aucun lien avec la magie.
Maintenant quant à savoir ce qu’elle voulait… Et qui elle se trouvait être...hormis une source de problème indésirable, que les frères n’étaient pas conscients d’avoir déclenché. Dans une société pareille, une telle présence susciterait à n’en pas douter, au minimum la curiosité.
Albert la considéra avec de jeter un coup d’oeil vers son frère. Sûrement pour vérifier qu’il ne rêvait pas..

— « Pandora… C’est mon nom. »

Preminger avait senti la stupeur de Connor dans l’intégralité de son corps, et les mouvements de tête que ses yeux faisaient de son manteau à nouveau dans les mains puis sur la robe de la jeune femme en témoignait. Soudainement inquiet de pouvoir se montrer intrusif et gênant, le regard de Connor leva les yeux vers elle, presque contrit. Pourtant, la voix qui s’éleva bientôt était dénuée de peur, mais assurée… Ce que Preminger ne pouvait que souligner. Peu étaient les individus avec un tel sang-froid…

— « Bonjour Pandora! Je m’appelle Connor et voici mon frère Albert… » il les avait désigné l’un après l’autre, inspirant une gorgée d’air avant d’ajouter « cela vous paraîtra peut-être indiscret mais d’où venez-vous ? »

Pour cela Connor plaisait à Erwin. Il semblait rempli de bonnes valeurs et de bonté dégoulinante, mais il était assez lucide et pragmatique dans sa manière d’envisager les choses. Et ses questions témoignaient d’une volonté d’analyser méthodiquement la situation.
Pour toute réponse, la dénommée Pandora avait offert à Connor un regard plein de tristesse. C'est n’était pourtant pas lui qui la rendait triste, mais la situation. Il avait décelé une tristesse teintée de pessimisme. Un sentiment irrémédiable flottait.

— " Je viens d'un monde... très lointain du vôtre... Il se prénomme Oz et... j'en ai été bannie. ».

Bannie. Une sorcière. Preminger connaissait les contes et légendes d’Oz. Peu de personnes avaient pu s’y trouver bannies. Les méchantes sorcières de l’Est et de l’Ouest en l’occurrence, quand bien même celle-ci paraissait inoffensive. L’apparence mentait, il pouvait en témoigner. Après tout, ils étaient à Salem… Et visiblement, les procès avaient finalement débutés sur un fond de vérité. Plus de vérité qu’il n’aurait jamais pu le deviner… Et sa venue correspondait aux dates. Jusqu’à quel fond était-elle liée aux événements qui s’étaient déroulés dans cette ville ?
Pourquoi n’avait-elle plus droit de cité à Oz ? Qu’avait-elle fait ? A l’inverse des frères ne connaissant pas le conte qui avait vu Dorothy Gales emportée par une tornade jusqu’à la cité aux pavés d’or, lui connaissait et sa méfiance ne s’en retrouvait qu’accrue.

— « Oh et bien…. J’en suis désolé. Peut-être que Salem pourra être un endroit accueillant pour vous jusqu’à ce que les choses s’arrangent à…OZ? »

Connor avait pris le parti de l’amabilité, souriant à la jeune inconnue, il lui avait souri davantage mais avait cherché le regard de son frère. « Il n’est pas aussi serein qu’il tente de le faire croire ». outre son intention, Preminger le ressentait dans l’entièreté de son corps. Il avançait en terrain inconnu, choqué d’une manifestation magique sous son nez. L’ordre n’était peut-être pas habitué encore, à cette époque. Et, bien qu’il se focalisait à garder une politesse agréable, il restait néanmoins sur ses gardes. La magie n’avait jamais eu bonne presse, encore moins à cet époque. Qu’il puisse être rempli de bonnes valeurs, n’empêchait pas la méfiance et Connor en était, visiblement, rempli. Tout comme d’une franchise sévère, en témoigna la déclaration qu’il fit à la jeune sorcière :

— « Je vais devoir en savoir plus sur vous Pandora mais rien ne presse, cela peut attendre demain que vous trouviez du repos… »

Rempli de compréhension mais sans endormir pleinement les soupçons et les interrogations qu’une telle manifestation pouvait provoquer. Il pensait au bien-être de tous, il pensait à la sécurité. A la biais, Preminger vit Albert hocher la tête, approuvant les propos de son frère avant d’expliquer :

— « Connor est en quelque sorte un… gardien de notre lieu. Poser des questions nous aidera à mieux vous connaître et aussi mieux vous aider. En attendant, je vais vous loger chez nous, vous devez être épuisée... Vous... vous dormez n'est-ce pas ? »
La question pouvait paraître bête. Elle ne l’était pas. Et Pandora loin de s’en offusquer hocha a la tête.
Il n’y avait visiblement plus rien à ajouter et une sorcière à mettre au chaud… Les trois personnes s’étaient levées, et avaient repris le chemin inverse sans le moindre mot. Chacun devait soupeser les événements et les conséquences de ce qui venaient de se passer. Connor ne semblait pas être en paix. Il ne le formula pas, mais Preminger sentait comme une résistance parcourir son corps au fur et à mesure qu’ils avançaient vers la maison d’Albert… Comme s’il n’avait pas envie d’aller vers là. Craignait-il d’amener chez son frère une menace potentielle ou du moins le symbole d’un danger vers l’équilibre de la ville ? Songeait-il qu’il aurait mieux valu que Pandora se trouva à son propre domicile ? Ou ailleurs encore ? Ou un simple et mauvais pressentiment passait-il seulement ?
La voix d’Ashwini retentit à ce moment précis dans son esprit :
– « C’est sans doute le soir où tout à commencé. Le procès et le reste... Connor a sans aucun doute voulu vérifier si son frère et lui avaient été à l'abri des regards. »
Effectivement, comme conduit par la voix d’Ashwini, Preminger s’était laissé allé et Connor avait pris la parole
— « Rentre avec cette jeune femme et attends-moi. Je préfère faire le tour des environs. Vérifier… »

Il n’avait pas fini sa phrase mais cette dernière parlait en soit d’elle-même. Et il l’avait fait, avait arpenté les lieux à la recherche d’un rôdeur, d’une émanation magique suspecte également. Avait passé devant des lieux clos, où les rideaux ne semblaient pas avoir agité. Ce ne fut qu’en passant devant la très plaisante maison des Parris, qu’il eut le sentiment d’être observé… Le révérend très pieux n’était pourtant pas homme à épier ses semblables… Non… Un sourire amusé était né sur ses lèvres lorsqu’il avait localisé son impression. Tapies dans la pénombres mais néanmoins révélées par la lumière nocturnes et le jeu de leur lampe à huile, trois petites filles le fixaient de la fenêtre. Depuis quand étaient-elles éveillées ? Avaient-elle été témoins de quoique ce soit ? Tranquillement, Connor avait levé la main, les saluant gaiement. A la vue de ce signe, elles avaient disparu derrière le rideau de leur maison et la faible lueur probablement réalisée par une lampe à huile s’éteignit brusquement. Frayeur d’enfants… Néanmoins, parfois les coeurs les plus influençables n’étaient pas à négliger. S’il en croyait sa mémoire, Preminger se souvenait que ces fillettes avaient joué un rôle dans les procès de Salem. Il espéra Connor assez malin pour s’en préoccuper ne serait-ce qu’un peu… Mais après tout… Ce qui devait arriver, était déjà survenu.
Connor avait repris sa ronde et n’avait rien repéré d’autre. Il avait regagné le domicile de son frère et lorsqu’il était arrivé, le feu était allumé dans la cheminée. Pandora y était assise à proximité, une couverture sur les épaules, et l’épouse d’Albert levée préparait du thé pour leur invitée. Ils tournèrent tous la tête, lorsqu’il entra dans la pièce, sauf Pandora.
Pourtant, Preminger le sentit, Connor cette fois, voulait des réponses. Il avait saisi une chaise non loin de l’âtre pour mieux la positionner en face de la jeune femme. Si elle ne daignait pas le regarder, ils parleraient tout de même, pour le bien de Salem.

— « Bonsoir Pandora. »

Il était peut-être idiot de la saluer à nouveau, mais Preminger savait pourquoi il le faisait : il souhaitait marquer le moment, le solenniser afin que le sérieux de leur discussion soit acté.

— « Je suis désolé mais je vais avoir besoin de réponse... Vous avez mentionné que vous veniez d'Oz... et je n'ai pas besoin d'emprunter une carte des environs à quiconque pour affirmer que cet endroit n'est pas géographiquement connu des environs... Où cela se trouve-t-il exactement, par rapport à ici.."

Il la fixait sérieusement, sans la moindre méchanceté, la mâchoire contractée. Il voulait des réponses, Preminger le ressentait dans son corps. Pour lui, mais aussi pour la ville.
Pandora n’avait pas relevé la tête vers lui, elle avait fixé la table d’appoint devant laquelle elle était assise, et qui les séparait puis dit d’une voix rauque :

« Très loin… Je vous l’ai dit, je suis bannie… quand on bannie quelqu’un on fait en sorte de choisir un monde différent de sorte à rendre tout retour impossible … » Une amertume légitime passa sur ses lèvres et sa voix, alors qu’elle précisait «  Je ne compte pas vous causer du tort … je veux juste… je ne sais … recommencer une vie, trouver un foyer… je ne rentrerai jamais chez moi »

Il semblait qu’elle réalisait le cadre définitif dans lequel elle se trouvait. Ce qui devait, néanmoins, songea Preminger, rassurant pour les frères : si cette sorcière était venue, elle ne pouvait visiblement pas en ramener d’autres. Mais ne pouvait pas non plus repartir. Elle ne pourrait qu’errer sur Terre. A la recherche d’un endroit où aller. Salem était-il cet endroit ? Pouvait-il l’être ? S’il se fiait à l’Histoire, il ne l’avait pas été, pleinement…
Albert avait tendu un mouchoir à la jeune femme, pudiquement.
Appuyant ses paumes sur ses cuisses, Connor s’était penché en avant :

- "Je compatis... Vraiment.  » avait-il déclaré dignement avant d’ajouter « Salem pourra peut-être vous convenir...Cependant, il faut que vous sachiez que... Hum... Ici... Je sais que vous avez l'air...une sorte de... prédisposition pour certaines choses surnaturelles que...... Nous ne.... pratiquons pas"

Pandora tourna la tête gravement vers lui :

— « A Oz non plus tout le monde ne pratique pas la sorcellerie. C’est un don rare et précieux. Mais je ne la pratique que très peu alors … s’il faut rester simple humaine… »
Il allait le falloir. IMPERATIVEMENT. Albert intervint, un peu d’urgence pointait dans sa voix :
— « Il faut comprendre surtout que la magie est chez nous inexistante… seule la religion voue un culte à une sorte de magie qui n’était autorisé qu’à un seul homme… les… sorcières sont en revanche poursuivies et tuées depuis des siècles… bien que vous semblez être la première réelle que nous croisons… »

Pandora leva la tête, aux abois. Il y avait de quoi…songea Erwin, un monde inconnu et pour le moins hostile à tout ce qu’elle représentait… La perte et le déracinement, cela devait être beaucoup à assimiler.

— « Je ne perçois nulle magie aux alentours… vous avez sans aucun doute raison… »
Un silence s’était créé encore avant qu’elle ne précise « Je ferai attention… »
"Il le faudra réellement. » la tança Connor, en pinçant les lèvres, « Les gens de la ville n'ont jamais vu de sorcière, mais ils y croient. Et l'image qu'ils en ont est remplie de superstitions et de peur." Il s’était penché vers elle, les yeux dans les siens, catégorique « Pandora, votre nature doit restée cachée. Sinon, nous ne pouvons pas répondre des dangers que cela impliquera pour vous... Nous ne savons pas qui a pu être témoin de cette lumière et la manière dont cela pourra être interprété par ces éventuels témoins... Nous trouverons une justification avec mon frère, mais pour endormir tout risque, vous ne devez pas vous trahir…"
Il s’était arrêté. Mais Preminger avait senti en lui, l’envie d’en dire plus. Le risque. Le doute. La même méfiance encore…
— « Je ne vous forcerai pas à indiquer la raison de votre bannissement, cela vous regarde. Même si vous pouviez nous la confier en toute quiétude : je réponds de mon frère comme de mon âme. » sa main s’était posée sur son coeur, puissamment « Salem pourra vous offrir cette nouvelle vie et ce nouveau foyer, que vous recherchez, si tenté que vos intentions soient honorables et honnêtes. Si vous pouvez nous assurer de cela, nous vous aiderons au mieux, Pandora, soyez sans crainte"

A nouveau, elle avait tourné la tête gravement vers lui, ses yeux verts brillants si puissamment sur lui que Connor avait l’impression que son âme était mise à nue… Resta silencieuse un moment puis di :

– « Si les gens de votre monde ont si peur des personnes comme moi… pourquoi n’en avez-vous pas peur ? Pourquoi me recueillir ainsi, être prêts à mentir pour moi? Comment pouvez-vous êtes sûrs que je ne vous mentirai pas à propos des raisons de mon bannissement ? Comment pouvez-vous êtes sûrs que les autres se trompent à mon sujet et que ce que vous faites pour vous de noble n’est pas une erreur ? »

Albert avait voulu aller à sa rescousse. Le côté juriste en lui sûrement, mais Pandora avait levé la main pour l’intimer au silence, sans cesser de regarder Connor dans les yeux. C’était SA réponse qu’elle souhaitait entendre. Puisqu’il lui venait à la fois de lui confirmer que Salem pourrait lui offrir un foyer sans néanmoins lui en cacher les risques, et sans cependant présumer de sa bonté, présuma Preminger.
Même Preminger se trouvait intrigué de ce qu’il dirait alors.. Il avait attendu, laissant Connor hausser les épaules, avant d’ouvrir ses mains, sans cependant quitter la sorcière des yeux :

- « Je n’en sais rien. Voilà la vérité, je ne le sais pas. J’ai simplement foi en l’être humain. Depuis petit, j’ai toujours considéré que les autres étaient plus que ce qu’en font les préjugés, mon frère et moi avons été élevés ainsi. Puisque, je ne connais nulle sorcière, sur quelle base donc me baserai-je pour vous décrier ? Et même s’il m’était permis d’en décrier une, devriez-vous payer le blâme d’une seule ? » Cela ne lui paraissait pas logique ni même juste. Et Preminger le sentait Connor était de ceux tendant à rechercher la justice et l’honnêteté. Même lorsqu’elle pouvait être dure. Ce fut aussi la raison pour laquelle il avoua sans crainte ni regret : « Je ne sais pas qui vous êtes, Pandora. Mais je décide de vous faire confiance. » il avait insisté sur le mot témoignant de sa volonté « Après tout, vous aussi vous êtes fiée à nous sans nous connaître et nous avez accordé votre confiance sans savoir si nous la méritions alors que vous étiez vulnérable.. Quoique vous ayez fait, le chagrin de votre déracinement est légitime. Il n’y a pas moment plus fatidique pour commencer une nouvelle vie, alors pourquoi pas ne pas le faire maintenant à Salem? On vous offre une seconde chance, que vous la méritiez ou non autre fois importe peu: saisissez la. »

Elle avait continué à la regarder avec intensité. Le jaugeait-elle ? Etait-elle reconnaissante ? Preminger soupçonna que cela pu être un peu des deux… Dans tous les cas, elle avait fini par répondre :

- « Dans mon monde, je suis ce qu’on appelle la Sorcière des Vents. Mon rôle était d’être au centre de tout afin de tout maintenir ensemble. Une Rose des vents présente le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest. » Connor avait hoché la tête, montrant qu’il comprenait « Il existe une Sorcière pour chaque point cardinal… j’étais en quelque sorte l’aiguille. Mais les Méchantes sorcières de l’Ouest et du Nord se sont unis et m’ont bannie pour accroître leur pouvoir… j’ai peur qu’Oz ne soit désormais plus qu’un monde en perdition. Et je n’ai aucun moyen de retourner d’où je viens. »

Il n’y en avait pas, songea Preminger. On aurait pu le taxer de défaitisme, mais il connaissait ce qui restait d’Oz aujourd'hui : quatre sorcières et aucunement une Sorcière des Vents. Pandora ne rentrerait pas… Ou alors, elle le ferait et elle prendrait un autre rôle… D’ailleurs, aussi loin qu’il puisse se souvenir, il n’avait pas eu vent que la sorcière du Nord ait été mauvaise… Mais cela pouvait évoquer une autre époque et une autre sorcière. Le passé de ce monde lui était inconnu.

— « Nous allons trouver une solution. » c’était Albert qui venait de parler et Pandora avait tourné lentement la tête vers lui « Mais en attendant il vous faut un toit. Je connais un ami qui s’occupe de l’attribution des terrains. Il y a une maison encore inoccupée un peu plus loin dans le village. Demain nous irons ensemble jusque là bas pour vous enregistrer et vous l’attribuer. Nous vous donnerons une identité. En attendant … »
Il s’était tourné vers son épouse qui revenait vers la table avec un sourire «Nous vous avons préparé un lit… vous pourrez vous reposer ici ce soir si vous le désirez… »




A nouveau, le décor avait changé brusquement… Preminger commençait à s’habituer à ces éclats lumineux dans la rétine… Ou non. De toute manière, il n’avait pas le choix.
La voix d’Ashwini retentit dans son esprit, avec douceur :
— « Bien, le souvenir va vous emmener Enora et vous au lendemain de cette scène. Il est absolument primordial que vous vous détendiez et que vous vous laissiez faire. Le contenu de cette conversation pourrait être important. Nous n'avons qu'un écrit à ce sujet mais rien qui ne relate ce qui s'est dit en cet instant. »

Il opina de la tête. Il ignorait si elle pouvait le percevoir… Se détendre et se laisser faire. Soit. Il devait admettre être particulièrement intrigué par ce qu’il se passait. Voulait savoir.
Un décor commença à apparaître et se préciser devant lui. Albert était assis. Enora. Devant lui, et...sur ce qui ressemblait à une souche d’arbre. D’ailleurs lui aussi. Derrière eux, un feu de camp maîtrisé par des pierres se gonflait sous le vent… Il tourna la tête, admirant la vue… Ce devait être une colline oui, c’était charmant… Dans le contrebas, il pouvait deviner des maisons diverses et charmantes… Un peu plus loin, un amas d’autres maisons se pressaient l’une contre l’autre, en hauteur. Salem Village et Salem Town, devina Preminger… Il se souvenait du discours de Jacques séparant les deux parties de la ville, les mettant en concurrence… Mais l’esprit de Connor achevait de compléter ses impressions, désignant les deux parties de la ville à l’intention de Preminger.
L’air était froid – c’était l’hiver après tout- mais la flambée du feu les rechauffait par salves chaudes et enivrantes. Le regard de Connor s’arrêta sur une petite maison dans la vallée, un peu en retrait de l’artère principale de la ville et non loin de la forêt, dont la cheminée fumait doucement. Elle n’était pas la seule dont la cheminée fonctionnait mais elle demeurait particulièrement pour Connor et Preminger devina pourquoi. C’était la maison que l’on avait attribuée à Pandora.
De nouveau, la voix d’Ashwini s’était répandue dans ses oreilles :

– «  C'est Albert qui a permit à Pandora d'avoir un toit au-dessus de sa tête. Je vous rappelle qu'il est juriste, il a des connaissances dans le milieu et notamment avec le notaire du village. Nous sommes dans une colonie, à cette époque, les difficultés immobilières que nous connaissons aujourd'hui ne sont pas d'actualité. Lorsque les colons décident de s'installent quelque part, ils créent une communauté et décide du notre d'habitation qui sera. Tant que les habitations ne sont pas remplies, tout le monde est bienvenu si tant est qu'ils passent un rapide test de compatibilité. Cela se jouent à peu de choses : Pandora est jeune, c'est une femme et elle est jolie. Elle a sans aucun doute gagné des points comme "femme à mariée féconde", les colonies ont besoin de se peupler. Il y a aussi un test très imposant sur la foi chrétienne qui doit habiter chaque habitant. Salem est une ville extrêmement pieuse. Les deux frères l'ont sans doute aidé avec ce volet. »

La foi n’allait pas être évident. La chrétienté s’inculquait depuis la petite enfance dans l’éducation des enfants. En ignorer tout demeurait très délicat… Se forçant à faire le vide, Preminger s’abandonna à l’impulsion de Connor

– « Alors petit frère, comment s’est passé l’installation ? »

Connor paraissait à Preminger très serein. Une paix totale semblait régner dans son esprit, la certitude d’être en conviction avec ses valeurs. Il s’était sûrement inquiété quant au devenir de Pandora dans la cité mais pour le reste demeurait apaisé du choix de lui faire confiance.
Sans détourner son regard du feu, les mains jointes dans une expression de presque prière, Albert avait marmonné :

— « Tout s’est bien passé, oui. Je me suis arrangé pour que Pandora prenne la maison près de la forêt pour être au plus loin des oreilles indiscrètes. Sarah est en train de lui tricoter des rideaux, pour qu'elle soit plus à l'abri des regards... elle a allumé son feu avec sa magie. »
Il avait marmonné la dernière phrase, marquant par là sa désapprobation. Erwin savait ce que cela signifiait… Il ne détestait pas la jeune femme, ni ce qu’elle était mais ses mots marquaient une remontrance, l’ombre du risque qui pesait au dessus de leur tête, comme un reproche. « On lui a dit d’agir normalement, et elle allume un feu avec la magie » Voilà ce que clamait ses mots et sa mine renfrognée. Il transpirait la peur… Il n’avait pas tort…
Tournant la tête vers Connor, il dit :

— « Connor, je suis inquiet. Cette femme n'est pas comme nous et ce n'est pas une journée dans notre monde qui la rendra "normale" au yeux des autres et plus particulièrement du révérend... imagine qu'elle se fasse prendre ? Comment allons-nous expliquer cela ? Le monde est si effrayé par la nouveauté... si... cruel... »

Preminger ne pouvait pas l’en blâmer. Elle créerait bien le désordre à Salem et bien plus qu’il ne pouvait l’imaginer. Le monde serait cruel et sot, comme il était dans la nature de l’Homme… Et opportuniste sûrement un peu, au regard des tensions que Connor avait pointé du doigt lors de son discours d’introduction. Le brasier qui mettrait le feu aux poudres avait été allumé. Chacun l’ignorait encore seulement.
Connor aussi comprenait son frère, une sorte de compréhension compatissante et tendue serrait le corps d’Erwin. Il priait… Priait pour ne pas mettre son frère en danger. Priait pour avoir pris la bonne décision. Il abaissa le front, avec humilité, lorsqu’il prit la parole à nouveau :

— « Je sais Albert. Mais c’est notre devoir de lui porter assister et l’aider. A s’y faire ici ou ailleurs. » Il avait marqué un silence, frotté ses mains l’une contre l’autre, rocailleuses et fermes, pour se réchauffer contre le froid « Même si je suis d’accord avec toi, elle doit se défaire de ses habitudes magiques… avec autrui tout comme pour elle seule… cela pourrait être néfaste pour beaucoup. Mais nous ne pouvons pas non plus attendre d’elle que ce changement s’effectue en une nuit. Il faut la maintenir à l’écart de la communauté le temps qu’elle se familiarise avec nos mœurs… pour ne prendre aucun risque. Car tu as raison notre monde n’est pas prêt pour une nouveauté de ce type… »

Un presque sourire s’était accroché à ses lèvres, navré pour la jeune femme, navré pour le Monde et son regard dériva pour s’accrocher à nouveau sur la Ville en contrebas, sur une autre maison que Preminger reconnu pour être celle du révérend. Des images de la veille revenaient dans la mémoire de Connor. La lumière. Les trois petites filles. Son salut. Leur bond en arrière.

– « Lors de ma ronde de contrôle hier après les événements, je n’ai croisé personne… hormis trois petites filles à la fenêtre du révérend. Je ne sais pas ce qu’elles ont pu voir, sûrement uniquement les lueurs du brasier vert, ni quel crédit le révérend pourrait accorder à leurs dires, mais je pense qu’il faudra nous assurer que toute rumeur prenne une allure de bonne plaisanterie et ne sois plus qu’un lointain souvenir… »

Une chose qu’Erwin appréciait chez lui : il restait assez lucide et raisonné sur les risques. Il se demanda comment Alexis vivait l’expérience. Si les choix de son hôte étaient en accord avec ses valeurs. Si ses effrois étaient les siens ou si à l’inverse, elle voyait les choses dans une autre perspective… Il aurait voulu lui parler… Peut-être le pourraient-ils ? Mais pas maintenant. Il devait lâcher prise… S’il ne le faisait pas, l’information serait perdue… La conversation était d’importance… Il se musela, se laissant reléguer au fin fond de l’esprit de son hôte, attentif.
Albert avait hoché la tête au début du discours de son frère d’un air entendu, mais avait tourné brusquement la tête vers lui, lorsqu’il avait évoqué les petites filles. Oui. Cela avait de quoi contrarier, bien évidement…

– « Je peux m'en charger... j'irai parler aux filles, elles m'aiment bien... »

Alors que Connor opinait, la voix d'Ashwini devint de nouveau présente :

— « Les frères Evans sont très connu dans le vilalge comme je vous l'ai dit mais pas pour les mêmes raisons. Connor est considéré comme un homme imposant et de pouvoir par son rôle de gardien. Il est aussi moins loquace qu'Albert, plus droit, vous pouvez sans doute même le sentir dans votre interprétation. des écris que nous retrouvons, Albert était considéré en revanche comme le plus doux, le plus amical également. On appelait Connor quand il y avait des problèmes et on riait avec Albert. Il semblerait qu'Albert et Sarah ne sont pas parvenus à avoir d'autres enfants après Abraham. Cela n'a jamais été vraiment prouvé mais dans un monde où la contraception n'existe pas, beaucoup s'interroge sur cette situation de l'enfant unique. Il semblerait que cela ai été un regret dans la vie d'Albert qui s'est donc plus approché des enfants du village, comme un ami adulte, pour combler aussi ce manque. Il est donc le plus à même de parler aux petites, effectivement. »

Pourquoi n’avait-il pas pu avoir d’autres enfants ? Sarah était-elle malade ? Le couple de son frère battait-il de l’aile ? Ce n’était pas l’impression qu’avait pu en avoir Erwin la veille, mais il se basait sur peu de choses… Et peut-être n’était-ce pas important, après tout, un enfant suffisait pour permettre la descendance.. Et puis, au moins, cette sensibilité servirait.
Après un instant de silence supplémentaire, Albert avait repris, de l’angoisse dans la voix :

– « Et si elles nous ont vu avec Pandora ? Et si elle nous dénoncent ? »

Connor secoua la tête, vigoureusement :

- « Je ne pense pas que la fenêtre de leur maison donne suffisamment sur le bois pour qu’elles aient pu être témoins de sa magie dans la forêt, mais elles ont pu l’apercevoir vêtue de ses curieux vêtements ou voir le phénomène vert, cela c’est une chose… » Il se passa un doigt sur les lèvres pensivement, évaluant les risques, avant de reprendre « Il suffit que nous trouvions une histoire possible à leur offrir qui calme leur curiosité et leur langue. Si elles nous dénoncent je pense le révérend suffisamment pondéré pour n’y accorder qu’un très faible crédit…Si Pandora ne commet pas d’impair et n’a pas de difficulté à s’accommoder à cette vie, cela se tassera. Sinon, il faudra prendre des mesures pour lui faire quitter la ville rapidement tout en assurant sa sécurité »

Au moins, était-il suffisamment lucide pour ne pas tenter de l’imposer au risque de menacer pleinement sa famille… Si le risque était trop conséquent, il appuierait un départ, Preminger le sentait. Sans pour autant cesser de protéger Pandora. Il devait se sentir presque responsable de sa sécurité, en tant que responsable de celle de la ville et au regard de ses convictions.
Albert avait approuvé, toujours aussi tendu. Il hésita avant d’ajouter

— "Ne... ne devrions nous pas prévenir Jacques ? L'Ordre œuvre pour que chaque personne, même différente trouve sa place dans notre monde... peut-être que... qu'on pourrait avoir de l'aide ?"

L’idée de voir son frère inquiet entaillait Connor. Il souffrait de ses peurs, tressaillait de ses angoisses. Avec douceur, il avait avancé le bras, le déposant dans une poigne rassurante sur l’une des épaules de son frère.

«  Je suis de ton avis. » Il aurait été stupide de refuser de l’aide et visiblement les frères Evans ne l’étaient pas. « J’y ai pensé cette nuit. Cette situation pourrait être amenée à nous dépasser, je cherche seulement le moyen de le contacter sans tarder… Toute aide qu’il pourra apporter directement ou indirectement sera la bienvenue. »

D’un seul mouvement, Albert mis sa main sur celle de son frère dans un geste attendri, le regardant. Preminger put voir toute la fierté du petit frère envers son grand frère transparaître dans les yeux d’Albert

— “Je pense que je n’arriverai pas à tenir tout ça sans toi Connor… merci d’être là à chaque instant. On va trouver un moyen de le contacter, je vais y réfléchir aussi.

Il lui avait souri tendrement, un sourire qui fait sursauter le coeur de son frère. Pourvu qu’il fasse le bon choix. Pourvu qu’il ne fasse rien qu’il ne puisse regretter. Pourvu qu’Albert soit en sécurité. Les pensées de Connor et son amour familial enveloppèrent Erwin dans une supplique spontanée.

- « D’où est-ce que tu crois que je tire ma force, Brindille ? » avait-il répliqué dans une douceur joviale où transparaissait amour et fierté « Je ne serais pas là sans toi. Tu es plus fort que tu ne le crois, petit frère ! »
Se penchant en avant, il vint alors lui ébouriffer ses cheveux dans un sourire attendri…

Une scène de bonheur...pour combien de malheurs à venir ?

crackle bones
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La famille est un lieu où tout le monde vous aime, peu importe comment vous êtes, ils vous acceptent pour qui vous êtes.

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« Allez dans la Lumière.
C'est au détour d'une Ombre
que nous attends le Mal. »


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Tu es comme tu es... mais malgré les erreurs, tu me rends parfois la vie de maman célibataire plus douce...


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Edition Octobre-Novembre 2020

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________________________________________ 2023-12-24, 14:49 « Allez dans la Lumière. C'est au détour d'une Ombre que nous attends le Mal. »




I put a Spell on you

Cohabiter avec Albert était étrange à bien des égards. Déjà parce que c’était un homme. Ma façon de me mouvoir, de sentir mon corps, était si différente de ce qu’il était en réalité. Il y avait tant de sensations que je ne connaissais pas, que je n’imaginais pas avant de me retrouver dans cette situation. Entendre ma voix également, bien plus grave et masculine qu’elle ne l’était avait le don de me perturber. De moins en moins cependant, à mesure que le temps passait, je m’habituais à cet ensemble hétéroclite que nous formions. Nous avions pourtant des points communs et c’était sans doute ce qui me perturbait le plus. En me laissant aller à sa mémoire, des impressions et des idées me venaient en tête, des émotions me submergeaient, qui auraient pu être les miennes mais qui ne l’étaient pas. A moins que certaines le soit réellement ? Je tentais de faire taire mes questionnements incessants et les remarques qui fusaient dans ma tête, m’efforçant de rester suffisamment souple d’esprit pour me permettre de me laisser aller à voguer dans l’univers d’Albert.

Après la discussion avec Connor, derrière lequel, je l’oubliais parfois, se cachait Erwin, le décor avait changé une nouvelle fois. C’était toujours une sensation que je trouvais désagréable, comme si la réalité se désagrégeait, le monde explosait en mille morceaux, avant de disparaître totalement dans un néant éclatant qui le laissait vide de sens. Puis tout se reformait si vite et si différemment que j’en avais à chaque fois le souffle coupé, l’impression de chanceler. C’était comme assister à la destruction et à la naissance du monde en vitesse accélérée et sans la poésie que cela pouvait inspirer. Une fois de plus, j’avais pris le temps de sentir le sol bien ancré sous mes pieds avant d’observer mes alentours. Il faisait jour, j’étais posée au milieu d’une rue de pierre pavées qui avait l’air d’être l’artère principale du village. Un peu plus loin, une bâtisse se dressait devant moi, proche des autres, en bois, mais grande et idéalement placée, en face de la place.

— Enora, la maison que tu vois là est celle des Lewis. Ils sont une des familles influentes du Village si j’ose dire. Rappelons quand même que Salem Village est drôlement plus pauvre que Salem Town mais y’a quand même quelques familles qui se défendent. Les Lewis en font partie, le père Lewis est à ce moment-là le chef de la brigade policière, on va dire ça comme ça. Petit “fun fact”, les deux villes de Salem sont assez oppressées par les Amérindiens à cette période. C’est notamment pour ça que l’Ordre avait été dépêchés ici, pour garder le calme, tenter d’avoir une cohabitation pacifique parce que les tensions sont à leur paroxysme. Si violentes d’ailleurs que Denvert a dû motiver les troupes, tu l’as vu au début de la simulation. Bref du coup face aux tensions, il est vu comme un sauveur, tu comprends ? Et il fait son job plutôt bien, faut dire. On ne recense pas beaucoup d’agression ou d’attaque autochtone sur la période. C’est le boss de Connor aussi. Et les gamines que tu vois sur le perron en train de jouer, là, c’est Abigail Williams, Ann Putnam, Mercy Lewis, la gamine de Richard Lewis, Betty Parris, la fille du révérend et bien sûr ta nièce, enfin celle d’Albert, Mary Evans. Il faut que t’ailles leur parler, laisse-toi porter, n’oublie pas qu’Albert était très proche des enfants, il avait une bonhommie naturelle, il a dû s’en servir pour gagner leur confiance. Laisse-toi porter.

C’était toujours la même rengaine, me laisser porter. Après une dernière inspiration, je m’étais approchée des petites filles, elles ne devaient pour la plupart ne pas avoir plus de 8 ou 9 ans. A mesure que je les observais, je réalisais que je savais parfaitement qui était qui. Je voyais Abigail Williams jouer à la marelle qu’elles avaient sans doute tracé ensemble, Ann Putnam semblait l'observer avec admiration tandis que Betty Parris, juché sur la première marche du perron, avait posé ses mains sur ses hanches, sévèrement, pour observer les éventuelles triches de sa copine de jeu. Assises un peu plus haut, Mercy Lewis et Mary, qui ressemblait fortement à son père, était assises côte à côte et observait distraitement le jeu en mangeant avec gourmandise une petite brioche que le boulanger leur avait offert à la sortie de l’éducation religieuse, comme presque toujours. Les 3 autres avaient sans doute du déjà finir les leurs.

— Bonjour mesdemoiselles.

— Oncle Bertie !

Lorsque Mary l’avait aperçu, elle s’était levée d’un bond pour se jeter dans les bras de son tonton qu’elle semblait apprécier tout particulièrement, avec sa brioche à moitié mangée. Alexis l’embrassa sur le front en la reposant par terre tandis que toutes les petites paires d’yeux l’observaient. Elles l’avaient tout poliment salué et attendu de savoir pourquoi il était là. Alexis senti qu’il était nécessaire de détendre l’atmosphère à travers les pensées d’Albert :

— Alors, on s’amuse. Qui gagne ?

— Moi, vous voulez essayer monsieur Evans ?

— Oh non, ce n’est plus de mon âge et les jeunes femmes comme vous ont bien plus de grâce que les hommes comme nous.

Elles avaient ri, flattées du compliment, en lissant leur robe, tout particulièrement Abigail, la gagnante du tournoi.

— Mary, ma chérie, ce n’est pas l’heure de rentrer ? Ta maman va s’inquiéter.

— Mais si tu es avec moi, je ne peux pas rester plus longtemps, oncle Bertie ?

— Non Trésor, je ne veux pas de dispute avec tes parents !

— De toute façon, on doit rentrer ensemble, tu te rappelles ? Si tu rentres pas, je rentre toute seule et ma maman et mon papa ils refusent...

Après une dernière hésitation et voyant que son oncle ne changerait pas d’avis, Mary se résigna. Enfournant le dernier bout de sa brioche dans sa bouche, elle donna la main à Ann Putnam et toutes deux disparurent dans le village. Bientôt, la mère Lewis demanda à sa petite de rentrer à son tour et il ne resta plus que Abigail et Betty que je proposais de raccompagner par l’intermédiaire d’Albert. La voix de mon guide se fit entendre une nouvelle fois :

— Abigail et Betty habitent toutes les deux chez le révérend Parris. Les parents de la petite Williams sont morts même si on a très peu d’infos à ce sujet. En tout cas, les Williams et les Parris étaient liés par le sang, les deux gamines étaient cousines, ce qui explique la bonté du révérend. Elles semblent être les deux fortes têtes du groupe, c’est particulier qu’Albert ai choisi de s’attaquer directement à elles plutôt qu’Ann qui est plus craintive... il s’est peut-être fait prendre de cours quand Ann a demandé à être raccompagné par Mary. Quoi qu’il arrive, laisse-toi porter, n’essaye pas d’influer.

J'avais hoché la tête d’un air entendu, même si personne n’était réellement là pour le voir et que le geste devait sembler plutôt bizarre vu de l’extérieur dans la mesure où personne n’avait vraiment parlé. Pendant un instant, nous restâmes tous silencieux tandis que nous avancions mais au bout d’un certain temps, je me sens l’irresistible envie de rompre le silence... ou plutôt Albert le sentit.

— Alors les filles, vous êtes contentes de votre journée ?

— Oui.

— Mmmh...

— Tu as l’air moins enthousiaste Betty...

— Non, je suis juste fatiguée...

— C’est parce que tu ne dors pas la nuit ?

Comme prise sur le fait, la petite s’était stoppée dans son mouvement, levant de grands yeux ronds vers l’adulte qui la tenait par la main. Un sourire en coin se dessina sur les lèvres d’Albert tandis qu’Abigail s’arrêtait à son tour pour observer sa cousine, furieuse de la voir se vendre aussi facilement.

— Ne vous en faîtes pas, je ne dirai rien au Révérend. Mon frère vous a vu lors d’une de ses patrouilles. Qu’est-ce que des jeunes filles aussi distinguées que vous pouvez faire debout à une heure aussi tardive ?

— Il n’y avait pas que nous, Ann était là également.

Décidément, quitte à plonger, Abigail ne résistait pas à l’idée d’entraîner tout le monde dans sa chute. Calmement, Albert hocha la tête d’un air entendu :

— Oui, je sais, Connor vous a vu toutes les trois.

Il avait appuyé son index sur le nez des deux filles en ponctuant sa phrase, un sourire sympathique sur le visage pour dédramatiser le moment. Betty se sentit suffisamment en confiance pour poursuivre :

— Nous faisions une soirée entre demoiselles, Père nous l’avait accordé du moment que Tituba nous garde.

— Et elle ne vous a pas demandé de vous coucher ?

— Si mais nous faisions quelque chose avec elle, nous...

— Nous jouions à la marchande !

C’était un mensonge, à n’en pas douter, je le sentais, Albert le sentait et le comportement des fillettes ne trompait pas. Abigail avait répondu beaucoup trop précipitamment sur les mots de Betty pour que cela soit naturel et cette dernière était restée bouche bée et bloquée, comme si elle ne comprenait pas le sens des paroles de sa cousine. Les fillettes cachaient quelque chose, mais quoi ? Ce n’était pas ce qui intéressait le plus Albert pour le moment, je pouvais le capter, il voulait juste s’assurer que les trois enfants n’avaient rien vu de compromettant, bien qu’il se promît également intérieurement de comprendre la vérité que tout cela cachait.

— Je vois... tant que Tituba vous accompagnait, je suppose que je n’ai rien à y redire. Cependant, Connor m’a précisé que vous étiez en train d’observer la fenêtre, qu’est-ce que vous regardiez toutes les deux ?

Les deux petites filles restèrent silencieuses un moment, s’observant du coin de l’œil mais à force d’insistance, Albert et donc par conséquent, moi aussi, nous avions fini par leur faire cracher le morceau par le biais de celle qui semblait être clairement la cheffe du groupe :

— On a vu une grande lumière verte... mais il ne faut pas le dire.

Avec patience et en tentant de cacher ma surprise, tout comme Albert l’avait fait à son époque, j’avais fini par percer tout le mystère de leurs cachoteries... ou presque. Je ne savais toujours pas pourquoi elles ne voulaient pas parler mais le Templier et moi avions été soulagés de votre que les deux gamines n’avaient pas plus l’intention de parler de cet éclair vert que nous. C’était, en somme, un secret bien gardé, pour des raisons différentes. J’avais tout de même réussi à m’assurer qu’elles n’avaient rien vu d’autre que la lumière, ce qu’elles me confirmaient. Le secret de Pandora et des deux frères était sauf... bien que celui des enfants me perturbât à présent. Je n’avais pourtant pas insisté et après la fin de notre conversation, j’avais sonné à la maison du Révérend où une femme d’origine amérindienne vint nous ouvrir. Russel me précisa qu’il s’agissait de Tituba, la bonne de la famille, esclavagée et chargée de garder les petites. Je la saluais tandis qu’elle baissait les yeux d’un air craintif et le décor changea de nouveau.

La première chose qui me parvint fut le bruit du crépitement de la cheminée. Bientôt, ma maison – ou plutôt celle d’Albert - m’apparut en entier, calme et plongée dans l’obscurité. Il devait être tard, Abraham et Sarah devaient être au lit. Il ne restait que Connor, en face de moi, que le petit frère avait dû inviter pour débriefer. Ce fut Albert qui parla en premier :

— Je pense sincèrement qu’elles ne nous ont pas vues. Ni moi, ni Pandora. Toi, uniquement quand tu les as vu pendant ta ronde.

Les mains croisées sous son menton, “mon frère” m’écoutait attentivement :

— Si tu n’as rien remarqué de différent dans leurs attitudes, alors d’accord… qu’elles m’aient vu n’est pas dangereux. C’est mon travail, après tout, de faire des rondes de nuit.

Il y avait tout de même dans sa voix une demande de confirmation, sans me faire l’affront pour autant de me montrait clairement qu’il pouvait émettre des doutes. Secouant la tête de gauche à droite je précisais :

— Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit qu’elles ne nous ont pas vues Pandora et moi. Je n’ai pas dit que rien n'était différent dans leur attitude, ni même qu’elles n’avaient rien vues... C’est tout le contraire en fait. Elles agissent bizarrement... et elles ont vu l’éclat de lumière.

— Bizarrement ? qu’est-ce que tu entends par là ?

Connor me sondait avec une telle intensité que j’avais presque l’impression qu’il pouvait me voir derrière les traits de son frère. C’était si perturbant que j’en perdis un instant le lien avec Albert avant de me reprendre. L'aîné semblait réfléchir avec intensité.

— Elles ont un secret. Elles n’ont pas voulu me dire quoi mais j’ai senti qu’elles me mentaient. Ann Putnam dormait chez elles, cette nuit-là, c’est elle que tu as vu avec les deux autres. Elles étaient gardées par la bonne, Tituba et lorsque je leur ai demandé ce qu’elles faisaient éveillées aussi tard, elles sont restées très évasive. Betty a regardé Abigail qui a directement prit sa place dans l’interrogatoire, m’affirmant qu’elles jouaient à la marchande. Cela semblait évident qu’elles mentaient mais impossible de savoir la vérité. Elles ont fini par me confirmer qu’elles avaient vu l’éclat de lumière verte mais que je devais garder le secret. La bonne nouvelle, c’est qu’elles ne parleront pas, la mauvaise... c’est que j’ignore pourquoi et en quoi ce peut être lié à la lumière verte.

— Cela pourrait n’être aussi que de simples jeux d’enfants… À cet âge, de nombreuses choses peuvent paraître plus importantes ou mystérieux que cela n’est réellement. Mais c’est curieux qu’elles te demandent de garder la lumière verte secrete…. je pourrais toujours interroger la bonne…

Il se passa la main sur le visage avant de reprendre :

— Si je le fais, il faudra le faire prudemment. Je ne veux pas non plus donner l’alerte… Si j’agis comme si quelque chose de curieux ou de particulier s’était passé cette fameuse nuit, quelqu’un pourrait aussi relier le tout à Pandora…Il faut être prudents. Qu’en penses-tu ?

Albert avait pris un instant pour réfléchir, un temps d’arrêt pendant lequel j’étais restée silencieuse puis soudainement, j’avais senti un besoin de me lever. Je secouais la tête de gauche à droite, démunie face à l’incertitude avant de lui répondre :

— A cet âge bien des choses prennent une importance que les adultes ne voient plus, tu as raison. Mais qu’elles aient raison ou tort, elles se sentent reliées à cette lumière, coupable peut-être même et si c’est le cas, elles peuvent aussi devenir dangereuses si elles cédaient sous la pression ou se mettaient à faire des recherches. J’ai pour le moment l’impression que tout ce qu’elles veulent, c’est enterrer cette histoire, faire comme si de rien ne s’était passé, ce qui nous arrange. Si tu commences à investiguer plus fortement, tu risques de leur faire changer d’avis... Sans compter que Tituba appartient au Révérend, tu ne pourras pas l’interroger sans l’autorisation de son maître et si Parris se met à poser des questions, tu lui diras quoi ? On a plus de chances d’éveiller des soupçons en essayant de les étouffer qu’en ne faisant rien, à mon avis.

Connor fit la moue avant d’ajouter :

— Oui c’est délicat. Je préférerai éviter qu’elles craquent et alertent le père de Betty mais tu as raison, une intervention trop flagrante risquerait de provoquer ce que nous cherchons à éviter…

Il suivait des yeux l’attitude d’Albert se baladant dans la pièce.

— Il faut espérer qu’elles parviennent autant que nous à enterrer l’origine de cette histoire… Et que la vie à Salem continuera son cours comme si rien d’anormal n’avait eu lieu cette nuit-là… Et qui sait, ces fillettes te font confiance, si jamais ce secret les démange peut-être se tourneront elles vers toi pour en parler ?
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Erwin Dorian
« If the crown should fit, then how can I refuse? »

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- Pour ma victoire? C'est adorable, trésor... Même si en toute modestie, je dois admettre, qu'au-delà de cela, je suis un prestigieux modèle pour mes concitoyens"
(Alexis pense-t-elle qu'il est parti trop loin? Sûrement! On approuve)

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________________________________________ 2024-01-18, 12:22 « If the crown should fit, then how can I refuse? »

I put a spell on you
“Le jour de la fête des morts donne à chacun le sens de la vie.”


Rien de cela n’augurait quelque chose de bon. Comment aurait-il pu en être autrement lorsque l’on retrouvait acteur d’évènements tragiques à Salem ? Mais Preminger devait reconnaître qu’il trouvait l’expérience passionnante. C’était comme assister à un reportage historique mêlé à la faculté d’incarner réellement le Passé. Tout était réel. Rien ne se changeait. Et si certaines habitudes avaient été frustrantes à dominer, la curiosité le poussait à présent à se laisser porter. Il voulait comprendre, il voulait savoir. Il se demandait si Alexis ressentait la même euphorie compressée de frustration… Qu’est-ce que cela pouvait bien faire de voir l’histoire du point de vue d’Albert ? Elle avait du assister à l’entretien des petites filles…
Ces petites pestes et leurs secrets ! Que pensaient elles pouvoir cacher qui puissent valoir un quelconque intérêt ? Même si pour le bien de Connor, il pouvait affirmer qu’il était rassurant de savoir qu’elles n’avaient visiblement pas aperçu Pandora…
Mais alors que pouvait donc bien être leur secret ? Peut-être leur domestique avait elle interrogé les esprits, n’y en avait-il pas une qui se trouva être orpheline ? Oui. Possible. Il songea aux épreuves qui les attendraient. Se souvenait que la tragédie avait débuté avec elles. Pour le reste, rien n’était connue et la présence de Pandora était une donnée cachée aux livres d’Histoire, alors…
Comment cette dernière avait elle influencé sur les événements? Il soupçonnait que son rôle avait été déterminant pour l'Ordre et pour les événements. Mais il allait de soit que cette dernière avait peut-être un lien entre le mystère qui entourait la Chose qu'ils recherchaient. Elle l'avait peut-être emportée dans son monde, ou pas. Avec les frères. L'Avenir ou plutôt ici, le Passé, finirait par leur dire...
Il aurait voulu communiquer avec Alexis, pouvoir analyser selon son prisme les événements, ses opinions. Il aurait voulu partager cela et il demeurait un peu frustrant le fait de ne pouvoir communiquer directement avec elle. Il se demandait son opinion sur les faits. Passionnée d'histoires, peut-être connaîssait-elle davantage que lui les éléments de l'époque et puis elle avait cette intelligence sensible, dont Preminger manquait et qu'il ne pouvait que feindre.
Lui en voulait elle pour Isaac? Finalement, ils n'avaient pas eu le temps d'en parler et cette histoire ne manquerait peut-être pas d'éveiller en elle une urgence à le sauver.

…. Mars…. 1692

Erwin s’était éveillé, par l’intermédiaire de Connor, au centre du village. Bien évidement, il y avait vraisemblablement eu un saut dans le temps. Bien qu’il percevait une tension nerveuse dans le corps du jeune et robuste enquêteur, le notaire savait que ce dernier n’était – enfin apparemment pas – propice aux crises de somnambulisme. Ce ne fut que lorsqu’il s’écarta un peu de son guide physique que le maire remarqua que la neige avait déserté le paysage. Néanmoins, le vent qui s’élevait, glacial, rappelait que l’heure du printemps n’était pas encore arrivée.
Alors qu’il contemplait les environs, la voix d’Ashwini résonna une nouvelle fois, comme d’un haut-parleur invisible :
- « J’espère que vous tenez toujours le coup ? Car il nous reste pas mal de pain sur la planche ».
Oh le contraire l’eut étonné. Ils n’avaient rien vu encore de Salem et aussi peu informé qu’il pouvait l’être sur le futur des protagonistes qui les accueillaient au plus intimes d’eux, il ne fallait pas être un génie pour comprendre que les tristement célèbres événements des procès de Salem joueraient sûrement un rôle d’importance dans la vie de ces derniers.
- « Vous êtes désormais en mars 1692.
» Au moins sa théorie sur l’époque de l’année sonnait juste « Je vais vous donner une vision d’ensemble des derniers mois afin que vous puissiez vous repérer et évoluer facilement. L’hiver a été plus que rude pour le village de Salem. Les récolte n’avaient pas été très bonnes, il a fallu vraiment entamer les réserve et le fonds des granges. Cela était autant du à l’hiver qui est arrivé plus vite que prévu, que aux les aborigènes aux alentours des villes et villages comme Salem qui assiègent les colons et détruisent leurs récoltes, leur empêchant de prendre dans la nourriture alentour qu’ils gardent pour eux. La paix et la coopération faussement célébrée par Thanksgiving est déjà un lointain souvenir. Les indiens ont compris que les hommes venus de la mer sont désormais ici pour longtemps et pour y régner. Ils sont tués, esclavagés, et ils essayent de se défendre comme ils peuvent de l’envahisseur.»
La fameuse révolte des colonisés. Vouée à l’échec mais tout de même secouée de quelques soubresauts. A bien des égards, son ancienne carrière d’ambassadeur lui permettait de comprendre davantage les enjeux commerciaux, politiques et de civilisation que l’Amérique d’alors vivait….
— « Toujours est-il qu’une providence divine va les aider, semblerait-il. »
Oh voilà qui était intéressant… Au delà de l’intérêt dissimulé mais existant d’Ashwini pour le dramatique. Si le ton de la jeune femme demeurait professionnel, il devinait malgré toute une certaine curiosité derrière les enjeux. Et après tout, elle s’adressait à un ancien courtisan. Il n’y avait rien d’autres que raffolaient de plus les courtisans que les racontars et palabres. A bien des égards, Preminger semblait deviser la mêlée de haut, mais son esprit et sa malice avaient depuis le presque berceau retenir l’utilisé de prêter oreilles à tout boniment. S’il avait su se répandre, c’est qu’un public l’écoutait et pour un manipulateur, cette sorte d’informations était essentielle.
– « En plus des sièges et des baisses des récoltes, cet hiver est devenu tragique pour d’autres raison. Il faut savoir que les tensions sont plus que palpables dans le village. Beaucoup de tensions avec les indiens où ils risquent une guerre frontale, des tensions avec Salem Town qui a bien mieux mangé et se sont bien mieux chauffés qu’eux pendant cet hiver sans leur apporter une quelconque aide et donc dans le village lui-même...et quand les gens ont faim et froid, ils cherchent un coupable...et s’ils ne peuvent s’attaquer aux vrais coupables, ils les cherchent parmi leurs voisins. »
Oui Ashwini aimait décidément bien le grandiloquent. Et ses propos étaient remplis de vérité… Oui, là résidait l’âme humaine. Lorsque l’on touchait aux denrées les plus essentielles, la justice et de la civilisation avait tôt fait de tourner en véritable pugilat.
— « Connor Evans a donc vu ses heures de gardes être multipliées, il a du faire de nombreux rappels à l’ordre, et sans vouloir vous vexer, ça se voit sur son visage et donc sur le vôtre que tout cela l’a profondément épuisé. Cherchez un miroir si vous voulez, il a les traits tirés et il semble avoir pris quelques années en quelques mois… »
Aurait-il du se sentir profondément inquiet de promener une si triste mine devant la face du monde… Oui…. Probablement, mais ce n’était pas sa beauté qui s’en trouvait altérée, tout juste aurait-il pu se lamenter sur le fait que son hôte ne soit pas soigneux quant à son passage en lui, mais à vrai dire… Il ignorait qu’il se trouvait là… Et Erwin ressentait surtout la fatigue pesante qui s’échappait de la silhouette de Connor… Il avait du effectivement être énormément sollicité et à en croire Ashwini tout cela n’était encore la routine, au regard de la manière dont elle enchaînait :
- « Et pour couronner le tout, la providence dont je vous parlais… Depuis maintenant quelques mois, mi-janvier environ, les gens tombent malades.
Les plus touchés sont les enfants. Ca a commencé par des vomissements, et de la dysenterie, surtout pour les adultes, mais les enfants se sont fortement affaiblis. Ceux qui ne sont pas morts sont atteints d’un mal étrange : ils semblent délirer. Ils bavent beaucoup, leurs yeux roulent dans leurs orbites, ils parlent seuls ou deviennent incompréhensibles. Ils sont incontrôlables également, et beaucoup murmurent que c’est l’œuvre du diable, qu’ils sont possédés.
Connor est là pour calmer le jeu et enquêter… Ce matin-là il a un enfant à visiter et...Abigail Williams a demandé à le voir. Il doit également rendre visite aux Parris. »


L’arrivée de l’affaire à n’en pas douter. Il avait senti l’impulsion des jambes de Connor et avait pris la direction de l’enfant à visiter. Adam. L’image de l’enfant se superposa dans son esprit, comme un souvenir qui n’était pas le sien. De ce qu’il se souvenait de ce dernier, Connor semblait se le remémorer avec mélancolie comme jouant avant les autres, petit, blond, plein de vitalité… S’il s’était trouvé dans son propre corps, Preminger aurait frissonné quand d’autres images s’étaient superposées à ces dernières, remplies de maladie et de délire. Connor semblait...hanté par ces visions. Elles avaient pris un autre corps maintenant que la magie s’était incarnée en la personne de Pandora, elles n’avaient plus l’apparence réconfortante des contes pour enfants ou des avertissements divins mais lointains, elles semblaient peser comme une menace inconnue et intangible. Il avait néanmoins franchi les quelques mètres le séparant de la maison, frappant pour signaler sa présence aux Pumberton.
Il y avait fort à penser que le père ne serait cependant encore rentré de sa journée de travail, Connor ne s’attendait pas à voir le bûcheron l’accueillir mais son épouse Laura qui accueillit bientôt le ministre invisible en lui ouvrant la porte sans mot dire. Ses yeux étaient gonflés et ses joues rougies et asséchées par les larmes. La chaumière était modeste de taille et l’humidité maladive qui régnait dans les lieux sauta vivement au visage de Connor. Son corps se chargea d’un frisson, en dépit de la présence de la cheminée dans la pièce. L’endroit était mal isolé et restreinte. La pauvreté de la famille sautait aux yeux. Une table ornait le centre, un vase s’y trouvait déposé, tentative pitoyable s’égailler l’ensemble de la pièce, qui ne se composait en tout et pour tout que de deux lits. L’un plus grand que l’autre devait être le lit du couple, le second celui du fils, les deux fait que de simple paille. Preminger distingua une forme sur le lit, bien avant les sangles qui l’entouraient. Adam… devina-t-il presque instinctivement. Et sa santé n’était pas réjouissante… A en juger par le soulèvement régulier des couvertures, il semblait dormir… Preminger nota avec dégoût le seau de bois, disposé non loin du lit, sa nature précieuse luttant contre la constitution robuste de Connor. L’air lui semblait subitement pester, quand bien même son hôte ne s’en formalisait pas. Presque eut-il le mouvement de lutter contre son instinct… Le contact de la maladie le terrifiait, le ramenait d’ailleurs trop promptement à des heures plus sombres de sa vie passée..
Mais Laura refermait la porte, la voix tendue par le stress et la douleur :

— « Je te sers une boisson chaude ? Un verre de gin ? Je n'ai pas grand chose d'autre... As-tu des nouvelles pour mon petit ?
Connor avait refusé d’un signe de main poli. Erwin ressentait sa nervosité, une dose de honte presque frustrée coulait dans ses veines… Son devoir le poussait à refuser la gentillesse de Laura. Sa culpabilité face à l’échec, encore plus.
- « Non merci, Laura, ce n’est pas la peine. Je ne suis malheureusement pas porteur d’informations réjouissantes…Pour ainsi dire, l’enquête piétine pour le moment, les pistes ne sont pas concluantes. » Un long soupir avait ponctué sa déclaration, accompagné d’un long regard vers le lit du malade, il y a du malaise dans ce regard. Une sorte de désarroi coupable le parcourait. De l’impuissance, identifia Erwin. « Comment va Adam ? »
A bien des égards, Connor différait des méthodes de l’ancien ministre. Lui n’aurait certainement pas admis son échec. Il aurait trouvé aussi. Et puis, il donnait clairement dans le moins sentimental. Après tout, qu’importait la vie de cet enfant ? Protéger la veuve, l’orphelin, la sorcière et les indiens donnaient forcément source de conflits. A trop tenir des cordes de toutes parts pour tenter de prévenir le Monde du chaos, bien souvent, le Chaos écartelait. Que Connor se méfie donc… Sur bien des plans, la bonté jouait des tours et sur bien des plans, la franchise intègre avait ses défauts… Et Preminger put voir aussi distinctement que Connor – mais avec bien moins d’intérêt- les espoirs s’effondrer des yeux de la mère éplorée, avant que ces derniers ne s’emplissent de nouvelles larmes. Elle finit par hocher la tête d'un air entendu et se détourner pour s'essuyer les mains sur son tablier, essayant pudiquement de s'empêcher de pleurer, de dissimuler son chagrin et Erwin sentait en lui, le malaise de son hôte secouer sa poitrine. Après un instant où elle tâcha maladroitement de se reprendre, Laura se tourna, de nouveau, vers lui en secouant la tête de gauche à droite :
– « De mal en pis... il vomit un peu moins... on pourrait croire que c'est un signe d'amélioration mais c'est surtout qu'il est trop faible pour vomir... Dès que je tente de le nourrir avec une soupe, il perds tout presque instantanément... mais le pire... le pire c'est les hurlements... et quand il s'agite comme un démon... »
Il suffisait de la dévisager pour comprendre à quel point ledit souvenir la tétanisait encore… Une mère ne pouvait qu’être choquée de voir son fils, dans un si effrayant état, songeait Connor… Mais c’était plus qu’un état effrayant. Une peur irrationnelle résonnait dans la ville et les deux esprits qu’habitaient le corps de Connor ne pouvaient s’empêcher de se trouver atteints par cet effroi. La peur du Malin était présente… Même plus que cela d’ailleurs…Même Preminger le sentait. Un frisson d’une époque ancienne le secouait… De son enfance. De sa vie d’antan. Et il ne pouvait que deviner à quel point l’opinion publique devait être terrifiée de sa potentielle intervention dans une si petite ville… Et des dangers que pouvait provoquer la frayeur d’une immiscions des forces obscures dans les ruelles de Salem Village. Les réactions que cela risquait. Dans certaines villages, des personnes suspectées avaient été jetées dans la fosse commune par les certains proches voisins, terrifiés. Une peur si viscérale, justifiée ou non, causée des dégâts. Et Salem était un exemple et il n’allait pas tarder à le découvrir.
Préservé du futur, Connor quant à lui, s’était rué vers Laura, secouant la tête :
— « Laura ! Ne perds pas espoir! Nous allons trouver!! Nous donnerons tout pour comprendre ce qu’il se passe et sauver Adam» Sa main droite avait saisi le bras de la jeune femme d’un geste un peu brusque. Mais aucune violence n’émanait pour autant de lui… Il voulait simplement qu’elle puisse le croire, autant qu’il en était persuadée. Il refusait l’échec, n’avait pas admis son impuissance dans un constat d’impuissance. Connor avait secoué un peu la tête tout en la regardant droit dans les yeux pour la convaincre de sa sincérité « L’enquête n’avance pas. Tu me connais je n’aime pas mentir ou promettre des choses que j’ignore être vraies. Mais je n’ai jamais pensé une seule seconde à me résigner… ni à envisager le pire… à vrai dire, je me dis seulement que nous sommes nécessairement passés à côté d’un détail, ou avons minimisé un indice… C’est pour ça que je suis venu… » Il avait inspiré avant de se lancer « J’ai décidé de reprendre l’enquête depuis le départ, en me focalisant d’abord sur les victimes… Et je vais avoir besoin de toi, Laura… J’ai de nouveau besoin de t’interroger sur ce qui arrive à Adam »
Elle dégluti et hocha la tête, posant sa main sur son épaule un instant. Elle se raccrochait à lui. A l’espoir. A la vie sauve de son fils :
— « Merci Connor, de tout ce que tu fais pour nous. Avec toi dans les parages, je sais que nous pouvons être confiants... et Liam le sait aussi... il ne supporte juste plus de rentrer à la maison... entre les affaires qui ne se font pas et... Adam... »
Lâchant son épaule, elle s’était laissée tomber sur la chaise en bois, à côté de lui. Sa vie devait être douloureuse. Depuis quand Liam ne rentrait-il plus pour échapper à son lourd quotidien… Et depuis quand ces parents à bout de souffle, subissaient le châtiment des hurlements de leur fils ?
Connor avait vu ses hurlements, se superposer à d’autres, d’entre enfants plus chétifs, plus robustes, avec toujours la peur presque égoïste de voir l’un des siens y succomber aussi… Le mal les rongeait. Un mal inconnu. Qu’était ce mal ? Il avait retourné toutes les versions rationnelles possibles. Un choléra ayant dégénéré… La peste. Une maladie inconnue. Les médecins n’y trouvaient rien, les autres se signaient dans la terreur… Le Mal avait-il frappé ?
Elle soupira :
— « Je t'écoute... je ferais tout pour aider mon garçon.
Les interrogations de Connor avaient suivi, spontanées mais préparées.
- « Peux-tu me rappeler les circonstances de la maladie d'Adam? Les premiers signaux alarmants, l'époque... son comportement »
C’étaient de bonnes questions, simples mais efficaces et Preminger se surprit à se pencher aussi, à l’intérieur du policier, avide d’information, alors que la jeune mère prenait un instant de réflexion, afin d’être sûre de ses mots :
— « Adam est rentré un jour de ses jeux avec ses copains, il avait une mauvaise mine. Quand je lui ai demandé ce qu'il avait, il m'a dit qu'il ne se sentait pas bien. Son front était chaud, je me suis dit que le petit était malade et je lui ai proposé de s'allonger pendant que je lui faisais une soupe. Il me disait qu'il n'avait pas faim, qu'il avait des nausées... et il s'est endormi avant même que je lui donne son dîner. Je n'avais pas le coeur a le réveiller et je me suis dit qu'une bonne nuit de sommeil réparait bien des choses. Mais en pleine nuit Adam s'est mis à vomir. Puis il s'est affaibli, est devenu pâle et maigre au fil des jours. Il a commencé à parler tout seul, puis à devenir de plus en plus agressif... jusqu'à être celui qu'il est aujourd'hui »
Les symptômes évoquaient presque un coup de froid. Le reste..un trouble psychique troublant.
–« Te souviens-tu des enfants avec qui il a joué ce jour là ? Et ce qu’il a dit lors de son délire ? »
Connor cherchait à relier les pistes, il cherchait les mots, les messages, la moindre chose. Au delà de ses propres réflexions, Preminger ressentait celle de son hôte, moins sinueuse, moins perçante, mais efficace. Laura haussales épaules impuissantes :
— « Les enfants du village, il devait sans doute il y avait Jack et William dans le lot, ils sont toujours fourrés ensemble... » Elle soupira une nouvelle fois « Je n'arrive jamais vraiment à comprendre, il marmonne... ça n'a aucun sens. Une fois il parlait du lait qui avait une couleur dorée et qui montait en descendant... »
Connor réfléchissait, se demandant si les hallucinations transperçant l’enfant altéraient la couleur du lait qu’elle lui servait… Preminger en revanche songeait au symbolique. Cela lui évoquait l’or bien évidemment. L’or fondu, liquoreux et dangereux… Depuis sa naissance, on qualifiait ses yeux ainsi. Et il n’avait jamais vu cet enfant et n’avait rien à voir avec le lait. En revanche, il y avait un astre qui se reflétait dans l’eau, donnant alors au liquide ses reflets dorés. Mais qu’en déduire ? Les enfants avaient-ils trop traîné près d’un étang ? Ou ces propos étaient-ils seulement la voix du délire ? Connor avait semblé se ranger à cette théorie, commentant d’une voix grave et sévère :
— « William souffre du même mal… Jack, en revanche, se porte pour le moment, très bien, Dieu le préserve… Sais-tu ce qu’ils ont pu faire ce jour là ? Le jeu auquel il aurait pu se livrer ? L’endroit où ils se seraient rendu ? Adam ne t’a rien dit ? Rien qui n’ait piqué sa curiosité ce jour là ou même avant ? »
Il cherchait. Et enfoui au fond de lui, Erwin le décelait, il redoutait aussi un rapport quelconque avec la magie. Mais Laura le regarda, démunie :
— "Non... Vraiment pas, ils ont tout fait comme à l'heure habituelle... Ils sont allés jouer au centre du village, près de l'école puis comme d'habitude Adam devait me prendre du pain. Le boulanger leur a donné de quoi goûter et ils sont venus le prendre à la maison. Après quoi ils sont repartis jouer dans le jardin..."

Ce fut tout ce qu’il put tirer de sa visite auprès des Pumberton.Une circonstance qui, à en écouter l’intime conviction de Connor, ne déviait pas des témoignages jusqu’alors recueillis.
Aussi dubitatif qu’il pouvait être, il frappa néanmoins à la demeure des Parris, espérant qu’il ne sacrifiait pas son agenda pour rien. Que pouvait donc dire Abigail ? Une part de lui n’oubliait pas cette fameuse soirée et la chandelle des trois fillettes reculant pour les ramener à l’obscurité. Le secret tant gardé des trois filles était-il sur le point de se rompre ? Quelles conséquences allait-il emporter ?
Tituba lui avait ouvert la porte et guidé jusqu’à la grande salle où l’attendait déjà le Révérend et Abigail sagement assise. Il les salua poliment, rendant au Révérend son bonjour très amical. Connor ne semblait pas avoir menti, lorsqu’il avait évoqué l’honorabilité qu’il considérait à ce dernier, à son frère Albert, il parut évident à Preminger que les deux hommes se vouaient mutuellement un respect sincère. Alors qu’il s’avançait encore, le révérend Parris prit la parole, indiquant que sa petite Abigail lui avait dit une chose très particulière et qu’il avait trouvé que le mieux était encore de le prévenir, pour qu’elle le lui explique, car, c’était de son humble avis, de première importance….
Connor ouvrait déjà la bouche, alors que Tituba entrait dans la pièce. Déjà, l’esclave avançait sur le pas de la porte du salon, les bras chargés d’un plateau alléchant, embaumant le thé. Ce fut alors que survint l’impensable.
En l’espace de moins d’une seconde, le Révérend s’empara de la porte, la refermant à la volée au nez de la servante, la laissant à l’écart, tous trois de l’autre côté de la porte close.
Connor n’avait pu intervenir, au regard de l’acte vif du vieil homme, mais il n’en contempla pas moins figé, le corps raide et la mâchoire rigide cette porte refermée sur cette pauvre Tituba. Il n’avait pas à discuter la manière dont le Révérend pouvait traiter ses domestiques dans sa propre demeure, d’autant que si son acte avait été prompt et quelque peu impoli, mais il n’en demeurait pas moins...surprenant. Et quelque peu odieux. Une démonstration les plus banales de la manière dont les indigènes se faisaient traiter dans leurs « familles » respectives. Il avait cru que le révérend serait peut-être différent. A bien y réfléchir, son intransigeance ordinaire démentait peut-être cette impression.
Tournant la tête, Connor conserva à l’égard de ses interlocuteurs une allure cordiale et détailla l’attitude de la petite, qui balançait ses jambes calmement avant de demander :
- « Tu as toute mon attention, alors je t’écoute, Abigail. Qu’as-tu trouvé ? »
Elle secoua la tête, vigoureusement, de gauche à droite :
— « Je n’ai rien trouvé...je sais des choses ».
Mais elle n’ajouta rien.
– « Tu peux parler, librement Abigail...De quoi s’agit-il ? »
L’interrogation de Connor fit sourire Erwin, le jeune homme avait beau être vertueux à sa différence, il possédait visiblement le point commun d’une certaine impatience lorsque l’information tardait à se faire obtenir. Visiblement, Connor était effectivement moins patient avec les enfants qu’Albert… Elle haussa les épaules, comme si le sujet évoquait coulait de source :
– « De magie...tous ceux qui tombent malades...les sorcières leur ont jeté un sort ».
Connor avait ouvert de grands yeux surpris. Loin en lui, mais discernable à Erwin, le secret de Pandora résonna en lui. Et une inquiétude augmenta. Pandora. Depuis qu’elle était arrivée, les maladies s’étaient répandues à Salem. Il n’avait jamais cherché à l’accuser, même si ses doutes ne faisaient que l’assaillir, de plus en plus fréquemment. Mais les filles s’étaient trouvées à la fenêtre. Elles avaient un secret. « Qui sait si elles n’avaient pas vu Pandora ! » Cela avait été sa première frayeur et maintenant elle venait de le retrouver. Est-ce que Pandora avait été vue… Et une nouvelle s’ajoutait à cela. Pandora avait elle quelque chose à voir avec ces envoûtements ?
— « Quoi… ? Comment ça des...sorcières ? » il l’avait fixée un instant, figé entre le sourire et l’étonnement « D’où tiens tu cela ? »
Il avait beau être croyant, son éducation avait fait de Connor un individu peu impressionnable en matière de superstitions. Son frère et lui étaient davantage de ceux cherchant à comprendre une énigme avant d’y voir un dessin démoniaque. Il était pragmatique. Mais maintenant… Une vraie sorcière vivait en ville, ce qui l’avait fait revoir sa vision cartésienne des choses. Dieu existait et le Diable aussi, mais la présence de Pandora rendait leur matérialisation permanente dans leur quotidien….possible.
Ses yeux avaient fait la navette d’elle jusqu’à son père d’adoption tâchant de déceler une information sur son expression, la position du Révérend.
Elle avait marmonné un peu plus bas, les yeux baissés
- Il y a des gens qui ne sont pas comme nous...elles savent faire des choses… qu’on ne sait pas faire...j’en ai vu faire...Et après l’avoir vu, les gens ont été visités par les démons »
- « Abigail » Ce n’était toujours que des chemins détournés ; des mots, des informations par bribes, incomplètes. S’accroupissant davantage à sa hauteur, Connor la toisa sévèrement « Qu’as-tu vu exactement ? »
Il DEVAIT savoir. Les yeux de la fillette le tancèrent d’un regard sévère. Elle était visiblement agacée de son attitude, l’interprétant comme un acharnement… Si seulement elle se décida à parler, cela rendrait les choses beaucoup plus aisées… Preminger était de son avis. Et sûrement comprit-elle que divaguer sur des sorcières sans livrer des noms, des choses, des situations ne servirait à rien, puisque sa bouche finit par ânonner :
- « J’ai vu Tituba faire de la magie »
Tituba… Une once de soulagement avait parcouru Connor de la tête aux pieds. Pandora était innoncente, ils n’avaient pas aidé une sorcière et le secret de cette dernière était encore sauf. Pour le moment… La fillette avait surtout évoqué « les » sorcières… Tituba ? Il connaissait la servante indienne depuis ses années au service des Parris et l’assimilait à une présence discrète presque invisible des visiteurs de la maison… Mais elle avait été présente le Fameux Soir. Albert l’avait su. Et cela expliquait aussi la réaction du révérend. Il n’avait pas voulu que la domestique entende l’accusation de taille portée par Abigail. Tituba. Pourquoi elle… ? Et... Pourquoi pas ?
— « Qu’à fait Tituba ? »
Elle l’avait regardé droit dans les yeux un instant, comme si elle réfléchissait, avant d’affirmer :
– « Tituba est une indienne. Elle parle une langue bizarre. Je l’ai entendu chanter en faisant le linge, dans une langue bizarre. Elle regardait les enfants...et depuis, ils sont malades ».
Preminger avait réprimé un gloussement effaré. Les enfants… Comment diantre pouvait-on débiter que la Vérité sortait de leurs bouches ? Quoique celui qui avait inventé cela ne démontrait pas non plus de la supériorité de l’individu adulte…
Mais à sa différence, l’esprit de Connor n’avait pas entièrement rejeté l’hypothèse. Un flot de raisonnement avait parcouru le jeune homme… Pandora et ses pouvoirs… Les enseignements de l’Ordre… la culture indienne, ses croyances et sa pratique de la magie…la confiance du Révérend. Il nageait dans un brouillard, tâchant d’en écarter les vapeurs… Il ne savait que penser. Il n’était pas particulièrement superstitieux, l’Ordre l’avait formé à l’ouverture d’esprit mais il n’en demeurait pas moins pieux et… somme toute, assez susceptible de croire au paranormal. Aucune cause rationnelle n’avait pu mettre de mots sur l’épidémie déchirante qui frappait les gens de Salem, dont les enfants et les crises qui les frappaient étaient particulièrement glaçantes… Il songea au propos de l’Ordre, aux siens appelant à la protection des indigènes… Mais cela ne signifiait pas pour autant que ce peuple était comme eux. La haine des colons étaient vivace dans leur peuple, surtout pour ceux qui subissaient l’oppression. Et Tituba et sa condition pouvait être nourrie par le ressentiment. Ils avaient des pratiques différentes, un sens moral différent aussi.
Et la magie existait. L’Ordre n’y croyait pas. Mais Eux l’avaient vérifié. Et cela était somme toute très différent et remettait des choses différemment en perspective.
— «Je vois... » articula-t-il en fronçant les sourcils « Effectivement, cela pourrait être très significatif… As-tu vu autre chose ? »
— «Elle parle parfois seule, dans sa langue étrange, en regardant les gens. Et elle m’a déjà parlé des esprits, qu’on pouvait communiquer avec eux, qu’il y a les bons et les mauvais… C’est tout ».Lui avait-elle répondu, après un temps de réflexion. En attendant la réponse d’Abigail, il s’était redressé vers le révérend
– « Tout ceci est troublant. » déclara-t-il alors que l’individu opinait en retour « Je vous remercie de l’avoir porté à ma connaissance, mon révérend. Avez-vous aussi été témoin d’agissements curieux de Tituba ? … Dans tous les cas, au regard des circonstances, des mesures risquent de s’imposer, mon révérend. Tituba doit être interrogée. Dois-je l’emmener ou souhaitez vous que ceci soit éclairci en votre domicile ? »
- « Tituba n’a jamais été une des nôtres. Elle vient d’un peuple que Dieu a choisi moins évolué pour être soumis et éduqué… Je l’ai surprise une fois brûler des plantes dans la cuisine. Quand je lui ai demandé ce qu’elle faisait, elle m’a expliqué brûler un ballotin de sauge pour purifier l’air… « Purifier »..c’est le mot qu’elle a employé. Je l’ai sommé tout de suite d’arrêter mais qui sait ce qu’elle a pu faire d’autre. Le Seigneur met une épreuve sur notre chemin, c’est à nous de débusquer le Diable avant que celui-ci ne s’empare de nos esprits. Faites en ce que vous en voulez, Evans, je ne veux plus voir cette diablesse auprès de mes filles. Le poste lui fera le plus grand bien ».
Preminger eut envie de rire. Le Révérend parlait bien, certes, mais il était tout incapable de voir au-delà des apparences, comme beaucoup… Preuve en était, l’individu victime d’une « possession » - bien que technologique- à l’instant était Connor. Et il était incapable de le voir. Et il était amusant d’autant plus que ce soit LUI qui soit amené à le voir… Mais Connor était impressionné. Le révérend possédait une aura, une Autorité et la manière dont il avait balayé Tituba de sa vie, lui évoquait la sentence de Dieu. Les risques étaient grands. Les maux surnaturels. Il ne fallait pas prendre de risque. Le pragmatisme nécessitait parfois une mesure de sûreté.
— « Bien.. Comptez sur moi. Avec la Grâce de Dieu, nous ferons la lumière sur cette situation ».

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« If the crown should fit, then how can I refuse? »

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(Alexis pense-t-elle qu'il est parti trop loin? Sûrement! On approuve)

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________________________________________ 2024-01-18, 12:34 « If the crown should fit, then how can I refuse? »

I put a spell on you
“Le jour de la fête des morts donne à chacun le sens de la vie.”


Un changement de décor s’était opéré brusquement…provoquant chez Preminger un clignement des yeux précipité. Une fois la lumière atténuée et la sensation devenant presque familière, il reconnut les lieux…
Il faisait nuit, et il se trouvait au domicile de Connor, un feu crépitant dans la cheminée. La femme de ce dernier ne semblait déjà plus là, cependant, Albert était attablé, épuisé.
La voix familière d’Ashwini avait retenti à nouveau :
- Nous sommes plusieurs jours après votre dernier souvenir. Environ une semaine,. Les choses ont évoluées et se sont dégradées. Le petit Adam est mort et Abigail et Betty se sont mises à leur tour, à délirer juste après les accusations contre Tituba. Celle-ci a été interrogée et rien de concluant n’a été trouvé d’après les archives. Mais face à la détérioration de l’état des petites, beaucoup dont Connor ont pensé à de possibles représailles. Elle est toujours enfermée et les procès sont en train de se préparer. Albert est sur le front, il est choisi pour être avocat de la défense. Les deux frères semblent s’être retrouvés pour parler de tout cela ».
- « Tout dégénère » soupira Albert « Il faut que l’on prévienne Denvert. Coupable ou non, il semble que Tituba ne sera pas acquittée et la situation avec les indigènes va escalader. »
– « Tu as sûrement raison… A moins qu’il ne faille patienter jusqu’au verdict… Qui sait. J’espère qu’il pourra seulement nous apporter de l’aide, si nous nous décidons à le contacter, la situation actuelle nous dépasse, tous. »
Le regard d’Albert fut sans appel. Il n’y avait pas de doute, pas d’hésitation lorsqu'il éleva la voix.
– « Si on attends le verdict, elle sera condamnée. »
Connor l’avait observé, frappé de son ton. Il ne possédait pas l’aplomb d’un individu certain du déroulé d’une procédure, désabusé d’un procès joué à l’avance, une urgence pondait, aussi, dans sa voix. Soulignant une certitude : l’innocence de Tituba. Cette révélation tordit le ventre de Connor, alors que ce dernier percevait avec intimement à quel point, cette certitude ne parvenait pas à faire corps dans son esprit. Il n’était pas certain de l’innocence de Tituba. Il n’arrivait pas à y croire pleinement. Non sans pour autant l’accuser. Mais le doute restait collé à ses opinions, poisseux. C’était cohérent, impossible à vérifier mais possible à admettre et à croire.
— « Tu es un excellent avocat, Albert. Si elle est condamnée...ce sera, peut-être pour une raison ».
Il l’avait émis du bout des lèvres, presque murmuré, les yeux dans le vide du feu de la cheminée. Presque honteusement. Et pourtant, une fois prononcés, son hésitation lui paraissait faire davantage sens. Il avait senti son frère tourner la tête vers lui, la sidération dans le regard.
— « Tu… Tu penses qu’elle pourrait être coupable.. ?! »
Il avait presque l’impression d’être lui, jugé et pourtant, même s’il ne tournait pas la tête, il savait qu’au-delà de l’incompréhension, le visage d’Albert ne comportait aucun jugement. C’était son frère, il avait toujours pu lui dire. Et pourtant Preminger décelait l’appréhension naissant de sa future réponse.
– « Je n’ai pas dit qu’elle l’était... » Il avait laissé un silence, inspirant, hésita...puis ajouta « Mais rien ne prouve que cela ne puisse pas être possible. Les évènements qui se produisent à Salem Village, n’ont rien de normaux. J’ai beau tourner la chose dans tous les sens, cela me dépasse, je n’y trouve rien de rationnel...alors… »
Albert le regardait encore, il l’analysait sûrement… Que pouvait-il penser ? A quoi point, il déviait des valeurs ? Il finit par dire lentement:
— « C’est une machination contre elle...c’est évident... »
Il en était convaincu… Mais Preminger pouvait le sentir, il ne condamnait pas pour autant son frère, il comprenait… Comprenait le stress, les doutes, les hésitations de Connor :
— « Quand les gens cherchent un coupable, ils cherchent parmi les ennemis...et les indigènes sont nos ennemis aux yeux des gens de cette communauté. Tituba est un dommage collatéral. Ce n’est pas parce que nous n’y trouvons pas de rationalité que le chant doit devenir une arme potentiellement létale. Il y aura une raison à sa culpabilité. Elle n’est coupable que de sa naissance. On doit chercher ailleurs. »
Preminger le sentait, Connor n’était pas en désaccord avec les propos de son frère, au contraire, il les reconnaissait comme vrai. La haine entre indigènes et colons avait particulièrement cru, ces derniers temps. Dans les deux camps, et chacun pensait agir pour la justice du sien. Et les armes qu’ils choisissaient dépendaient de leurs compétences réciproques. Et si l’une avait disposé de la magie et du moyen de faire payer ceux qui maltraitaient ses congénères de la plus terrible des manières ? Après un silence, Connor hocha la tête:
— « Je sais… Je sais tout cela. Je sais que les accusations de Tituba sont essentiellement liées à son sang indien. Aux histoires que l’on raconte sur eux, leur magie, leurs rites. Mais, Albert, si Dieu a pu renaître, si une femme a bien surgi d’un brasier vert… alors le chant pourrait être une arme létale. » Inspira, il avait pris sa tête dans les mains, le doute l’assaillait de toute part. Il secoua la tête de gauche vers la droite. Le doute était légitime. C’étaient ceux qui ne doutaient pas dont il fallait se méfier. Il avait beau se sentir impuissant, il ne voulait pas se résigner et, l’ancien ministre le ressentait, l’enthousiaste de son frère le contaminait à l’espoir «Mais s’il faut chercher ailleurs, vers où faut-il chercher alors ? »
Relevant la tête, contemplant son frère, le regard de Connor bien qu’implorant était mêlé de sévérité. Il avait cherché. N’avait fait même que cela. Cherché dans les maladies, dans les poisons, dans toutes les explications rationnelles. Il avait même cherché au-delà de tous ses préjugés… Pouvait-on lui en vouloir si ses doutes le ramenaient à Tituba ? Des yeux il implorait pourtant Albert. Etait-ce trahir la cause que de la soupçonner ? Etait-ce mal ? Etait-ce rejeter la faute sur l’Etrange, l’Inconnu ? Mais tous les événements nageaient en plein étrange, en plein Inconnu.
Il eut un long silence pendant lequel Albert ne lui répondit pas. Il réfléchissait à sa question, comme à sa propre proposition. Puis, brusquement, il se redressa, soudainement chargé d’une idée ou d’une solution. Il se leva même, s’approchant de Connor, en le pointant du doigt :
- Te souviens-tu de ce que Pandora nous a dit le premier soir ? Elle n’a ressenti aucune magie dans les alentours !! AUCUNE magie, Connor !! Mais oui, c’est ça !! Tituba est innocente ».
C’était vrai. Connor avait relevé la tête, le coeur rempli de doutes. Quelque chose en lui s’était crispé, involontairement Preminger se souvenait de cette conversation…. Et Connor aussi. Elle l’avait glacée d’une manière nouvelle cependant. Si Pandora disait vrai, si aucune magie n’existait dans leur monde, si une magie contaminait les individus…ce ne pouvait être qu’elle. Après tout...aussi aimable s’était-elle présentée, elle avait été bannie. Les mythes des sorcières remontaient à loin. Ils étaient forcément fondés sur des éléments rationnels, à présent que la magie se prouvait existante. Si cela était...pourquoi chaque sorcière avait-elle été systématiquement décrite comme mauvaise ? C’étaient des créatures démoniaques maléfiques. Et Pandora était la seule incarnation vivante d’une sorcière. Oh, elle paraissait douce, affable… Mais elle avait été bannie. Mais elle était sorcière. Mais elle n’avait que très peu agit et avait su, en dépit de sa peur première, très bien s’acclimater à ce monde. Au bien de quels moyens ? De quels sortilèges ? De quels enchantements ? De quels sacrifices…
Les maux de la ville étaient surnaturels. Et Pandora était la seule présence surnaturelle de l’endroit. De plus… Tout avait commencé à son arrivée..
- Oui. Oui, tu as raison. » avait-il articulé très lentement « Elle n’avait pas senti de magie, ici. Nous devrions aller l’interroger. Peut-être qu’elle serait capable de voir si quelque chose a changé depuis...trouver la cause de ce mal. »
L’interroger. Se rassurer aussi. Ou débusquer une faille…. Que cherchait-il réellement ? Connor ne l’admettait pas, mais Preminger pouvait le faire pour lui : il voulait savoir si elle était coupable. Trouver la réponse à ses doutes. En finir avec eux. La débusquer et la chasser au besoin.
Albert ne partageait pas ses inquiétudes, il avait enchaîné avec un enthousiasme naïf :
- « Excellente idée. Allons-y »
– « Je te suis, brindille ! » émit faiblement son frère.
Mais lorsqu’il se leva, sa démarche était assurée, au-delà de son instabilité.

Ils étaient arrivés chez elle, la sorcière, sans crier gare. Elle les avait accueilli tranquillement, leur ouvrant la porte, un air grave sur le visage. Connor devait l’admettre elle possédait cet aspect beau et mystérieux à la fois qui a présent lui glaçait le sang, presque à contrecœur. Ne disait-on pas que le Malin savait prendre les plus beaux atours ? Mais il ne fallait rien laisser paraître… Quand bien même Preminger sentait battre son coeur à une vitesse impressionnante. Et ses impressions tanguer dans les extrêmes.
— « Excusez cette arrivée imprévue, Pandora. J’espère que nous ne vous dérangeons pas. » son ton se trouvait empressé « Nous avons besoin de votre aide.
Reculant au milieu de la pièce principale, elle les avoir observé sans mot dire, puis avait montré la table où deux tasses de thé chaudes fumaient déjà.
– « Je vous attendais ».
Elle leur avait sourit, dans l’attente qui se lance et ce sourire avait glacé le sang de Preminger. Il sentait l’esprit de Connor se tendre. Il n’était pourtant pas effrayant ce sourire, il était aimable, familier, sympathique. Mais Pandora ne leur été pas familière. Ils ne savaient rien d’elle. Ils avaient seulement décidé de leur faire confiance… Ses yeux s’étaient arrêtés sur la tasse de thé fumante. Leurs parfums préférés, il pouvait déjà s’en douter… Elle savait qu’ils viendraient. Pourquoi ?
— « Eh bien ! Votre clairvoyance me dépassera toujours...merci. Faut-il vous préciser le sujet de notre venue ou est-ce inutile ? » il s’était assis, volontairement négligemment, un sourire figé incrusté sur son visage.
Preminger le sentait, il était nerveux, même s’il tentait de s’en détourner. Et qui aurait pu l’en blâmer ? Cette femme… Savait trop de choses. Comment avait-elle pu savoir qu’ils viendraient. Et si elle le savait, alors elle savait le pourquoi. Elle l’avait observé, un instant dans le silence, leurs yeux se toisant, se mesurant sans pour autant se déclarer la guerre.
— « Je suppose que cela est lié aux morts et maladies du village ? »
Connor allait approuver, Preminger le sentait, il ouvrait la bouche, lorsqu’Albert le devança :
— « Une femme du nom de Tituba a été accusée de sorcellerie. Elle va être jugée coupable si nous ne faisons rien mais je suis certain qu’elle est innocente ».
Pandora l’avait observé attentivement, avant d’articuler
— « Si c’est de la sorcellerie qu’elle est accusée, je vous confirme qu’elle est innocente, oui… je n’ai toujours trouvé aucune consœur parmi les vôtres... »
Sa voix était teinte de tristesse. Dans d’autres circonstances Connor eut peut-être ressenti de la peine pour elle. Ou peut-être la ressentit-elle, infime. Jugulée d’autres impressions bien plus néfastes. Elle avait confirmé qu’elle était innocente, non qu’aucune magie n’avait été utilisée. Elle n’avait trouvé aucune consœur … Mais, elle, était là. Et elle avait été bannie. Elle était seule avait-elle dit. Et pourtant, les mots d’Abigail résonnait dans son esprit. Les sorcières étaient là. Elle pouvait mentir, couvrir Tituba. Ou n’être que la seule investigatrice… Les démons étaient des sirènes dans leur genre, il savait très bien avec quelle malice, ils envoutaient les humains….
Ou alors, était-elle honnête, comme l’espérait Albert
– « Serait-il possible que vous puissiez ne pas ressentir toutes les sortes de magie ou uniquement celles approchant de celles que vous maîtrisez ? Après tout, ce monde vous est totalement étranger. »
Il s’était penché en avant de la table avec intérêt. Il guettait ses réactions, et Preminger aussi. La vit réfléchir, ou feindre le faire, avant de secouer la tête de gauche à droite :
- « Je ne sais pas...mon rôle à Oz était de contenir chacun des points cardinaux et de les protéger. La magie qui avait attrait à chacun m’était connue même si je ne les maîtrisais pas toutes. J’aimerai croire que mon pouvoir fonctionne partout à travers le Temps et l’Espace, mais je n’en n’ai pas effectivement la certitude ».
— « Mais on s’en fiche » coupa Albert « Non ? Le but est de pouvoir prouver que Tituba est innocente, et ramener la paix à Salem. E si… Si vous témoigniez à visage découvert. Vous expliqueriez à tout le monde qui vous êtes et ce que vous ressentez. Vous préciserez que vous ne ressentez aucun malin magique en Tituba et nous serons là pour vous appuyer. Tout rentrera dans l’ordre et les gens se méfieront peut-être aussi moins de la sorcellerie »
Si Connor nageait en pleine paranoïa, Albert nageait en plein délire, songea Preminger avec moquerie. Il ne savait quel camp était le plus facile à vivre, mais préférait sûrement le confort d’un individu pragmatique… Enfin...si on exceptait ses superstitions… Mais ceux dopés à trop de foi en lêtre humain…
Pandora avait observé Albert un bref instant avant de se tourner vers Connor pour l’observer. Le jeune homme détestait lorsqu’elle faisait cela, il se sentait...mis à nu, épié jusqu’au plus profond.
— « Je pense que votre frère n’est pas de cet avis ».
Albert tourna la tête vers Connor surpris, mais celui-ci ne s’apitoya pas,. Le plan d’Albert était incensé et ils les meneraient à leurs pertes.
— « Pandora a raison. Cela serait la pire des choses à mon sens. Si Pandora témoigne, elle sera arrêtée et jugée à la place de Tituba, sans aucun moyen de pouvoir prouver qu’elle est innocente. D’autant que...vous venez de le dire, nous ne sommes pas certains que son pouvoir fonctionne ici. Faut-il risquer la vie de Pandora pour une preuve dont nous ne pouvons être sûrs ? » « Il reposa sa tasse de thé, pleine « Personnellement, je trouve ça insensé, oui ».
Connor avait piqué Albert, Erwin pouvait voir avec quelle amertume, ce dernier fixait son frère, en silence. Puis, il rompit le long silence:
— « C’est notre rôle d’éveiller les consciences à l’inconnu et de croire en notre mission ici-bas. Mais si tu penses que c’est trop risqué et que nous n’y arriverons pas, qu’est-ce que tu proposes à la place. »
Connor aussi avait reçu l’uppercut en plein estomac. La critique de son attitude qui se portait en contraste avec la mission qui les animait. Mais, cette fois, Connor n’en n’éprouva qu’une honte limitée. Il ne faisait rien de mal… lui glissait-on à l’oreille, comme s’il pouvait entendre les pensées d’Erwin raisonner dans son esprit. Il était censé. C’était Albert qui ajoutait des postures et des valeurs inatteignables à leur ordre. Son frère n’était pas que bienveillant, il était surtout naïf. Inconscient des dangers de ce monde, peut-être l’avait-il trop protégé. Les hommes se tuaient, se poignardaient. Il vivait sa vie comme une plaidoirie, trop convaincu des bienfaits des autres, trop pur pour voir vivre le Mal.
- « C’est notre rôle de le faire dans les bonnes conditions pour que notre message soit entendu. N’est-ce pas toi qui a mis l’accent sur les dangers que la peur pourrait faire faire aux citoyens ? » il fronçait les sourcils, malgré lui, mais cette fois ce n’était pas dirigé vers Albert « Je ne propose rien encore pour le moment… Pour proposer il faudrait alors comprendre ce qu’il se passe, or je ne comprends rien. Mais, je le dois. C’est mon devoir, des gens meurent et Salem Village compte sur moi. » Son regard était tombé sur sa tasse de thé, fumante devant laquelle il s’était assis. Il en sentait les volutes agréables de la menthe, sa préférée… Même ça, elle l’avait su. Il releva la tête vers elle « Pandora… Comment avez-vous su que nous viendrions ? »
Albert n’avait rien ajouté de plus. Il s’était renfrogné sous l’oeil de Preminger mais ne contesta rien. Peut-être qu’au fond de lui, il l’approuvé, il ‘avait toujours respecté.
Pandora en revanche semblait observer le manège en cours entre les frères. Sans hostilité… Davantage comme des chamailleries d’enfants. Elle haussa les épaules
— « Je vous ai vu arriver » elle avait dit cela comme si cela tombait sous le sens. Mais ce n’était pas le cas. Voyant son regard elle précisa, cependant « Cela fait bien des jours que l’état de santé des villages empire et j’entends bien autour de moi que vous n’avez aucune solution ni aucune raison de la cause. Je me doutais bien que tôt ou tard, je vous reverrai pour parler de ma condition. Et mes pressentiments m’aident dans mon don de clairvoyance. Je vous ai vu arriver... »
-- "Je vois…" Un silence était passé pendant lequel, Connor, l'avait observée du plus froidement et méthodiquement qu'il avait pu tâchant de décortiquer le moindre indice de sa gestuelle. Elle était sereine, presque amusée. Mais l'amusement était-il nécessairement démoniaque? Non. Mais la malice oui. "Vous n'avez jamais proposé d'ailleurs votre aide dans cette affaire… Mais peut-être que vos dons se limitent à la clairvoyance…"
Connor était conscient des risques de marcher sur les plates-bandes d'une sorcière. Si Pandora était coupable, elle disposait sûrement de grands moyens pour le contraindre au silence. Ou de le torturer, aussi prenait-il grand soin de ne pas l'offusquer ni l'accuser directement. Mais la question, elle, demeurait.
Une nouvelle fois, Pandora resta neutre, mais précisa:
- "Vous m'avez demandé de me faire discrète, de ne pas attirer l'attention… Vous proposer mon aide n'aurait pas été des plus discrets, n'est-ce pas?"
Elle n'avait pas tort.. Mais cela l'arrangeait bien. Elle n'avait pas eu l'impression de se soucier de l'épidémie. De s'en inquiéter…
D'ailleurs, elle l'observait encore intensément. Comme si son âme se trouvait nue devant elle. Connor détestait cela, cette impression de transparence innée qu'il pouvait avoir devant ses yeux verts… Mais lui ne devinait rien d'elle. Elle, elle lisait en lui. Et pouvait même l'envouter.
Albert, demeuré silencieux depuis quelques temps, avait pris la parole, mal à l'aise:
- Nous ne vous accusons de rien, Pandora".
Mais elle était restée silencieuse à l'observer. Elle savait. Savait ses doutes, ses soupçons, tout ce qu'il pensait, ressentait, vivait, songeait Connor ainsi qu'Erwin.
Puis, elle ajouta subitement :
-"Mes dons ne se limitent pas à la clairvoyance. Je vous ai déjà dit de quoi il était question. Bien sûr, je connais également le pouvoir des plantes, de la transformation, des enchantements et de l'alchimie sous quelques formes…"
Elle lui sourit une nouvelle fois, puis vint s'asseoir en face de lui, un peu effrontée même. Elle l'attendait. Et Connor frissonna, presque imperceptiblement. Il lui semblait converser avec une démone. Trop maligne. Trop futée. Ou trop sage.
Mais son devoir était de faire la lumière sur ce qu'il se passait. Il devait être fort. Pour tous.
- "Cela dépend de l'aide que vous auriez été en mesure d'apporter." avait-il finalement articuler sans dévier son regard. Si elle le défiait, il ne faiblissait pas. Et il était dans le vrai. Tant de moyens étaient possibles pour aider les enfants, surtout si elle connaissait des remèdes. Peut-être aurait-elle pu apaiser leurs souffrances sous couvert de soupes…. Pourquoi était-elle restée en retrait? "Vous nous avez dit peu de choses sur votre rôle là-bas. Quel était votre rôle oui, pas en quoi il consistait vraiment…" il lui avait sourit en retour, alors qu'elle prenait place en face de lui, tâchant de demeurer impassible "Dans votre magie, sous quelles formes se présentent les enchantements? E en quoi peuvent-ils constituer ? Pour les besoins de l'enquête…"
- Pour les besoins de l'enquête" s'était étranglé Albert
Il ne devait rien comprendre trop serein pour voir le mal que son frère suspectait. Pandora elle le voyait et y répondit, sereinement
- "Oui, votre frère suppose que je puisse être coupable et je ne lui en veux pas, rassurez-vous cher Albert, c'est totalement compréhensible et je n'ai rien à cacher car je n'ai absolument rien fait. Je vous ai dit en quoi mon rôle consistait, Connor. Je vous ai dit que mon rôle était de maintenir l'équilibre entre les sorcières de chaque pôle, de leur donner une direction et un ordre pour éviter que le chaos ne s'abatte sur Oz. Mes enchantements me permettent de faire apparaître des objets, de les transformer, principalement, comme la robe que j'ai créé le premier soir..."
Connor était resté de marbre. Elle jouait l'innocente? Grand bien lui fasse. Elle était innocente? Grand bien leur fasse. Pour l'instant, il n'était sur de rien même si les informations qu'elle communiquait parlait en sa faveur… Elle pouvait mentir. C'était la raison pour laquelle, il l'interrogeait sur Tituba, ne perdant pas son enquête de vue
- « Oui je me rappelle de cette robe… vos enchantements fonctionnent donc uniquement sur les objets ? La magie a l’air diverse…. D’autres formes d’enchantement existaient ils dans votre pays que vous ne maîtrisez pas ? Des formules magiques ? Des chants ? Ou autre ? »
- "Mes enchantements, oui. Mais il existe effectivement diverses formes. A Oz, chaque sorcière à ses spécialités. Certaines sont bonnes, d'autres mauvaises, certaines sont mauvaise mais utilisent leur magie pour faire le bien, certaines sont bonnes mais l'utilisent pour faire le mal. Les sorcières du Sud ont un certain don avec les enchantements du vent par exemple. Elles voyagent à travers des bulles qu'elles créent par enchantement. Les sorcières de l'est ont un don avec les animaux, d'autres savent envoûter, maîtrisent d'autres éléments comme le feu, la terre ou même la foudre... Je n'en ai encore jamais entendu chanter par magie, nous ne sommes pas des sirènes..."
Connor avait réfléchi aussi, tâchant de déceler en elle, au-delà de ses apparences. Qui était-elle ? Faisait elle exprès d’évoquer de bonne sorcière faisant le mal? Était-ce un test, un jeu ? Elle voyait clair dans son jeu et pourtant ne paraissait pas s’en inquiéter. Oh sûrement parce qu’elle le dominait clairement d’un zeste de magie… mais ne tentait pas de se défendre à grands cris. Était-ce là le visage d’un démon cruel ? Ou d’une innocente l’esprit en paix?
Dans tous les cas, ses propos semblaient innocenter Tituba..ou la couvrir.
- « Quelle différence faites-vous entre le bien et le mal si de bonnes sorcières utilisent leurs pouvoirs pour le mal ? Pourquoi sont-elles qualifiées comme telles… et… excusez cette question mais vous…quelle est votre qualification ? »
Si s'il avait haussé les épaules d’un air négligeant, ses yeux étincelaient. Et par delà les siens, celui d'Erwin. Qui soutenait cette démarche. Il cherchait à comprendre, il voulait surtout savoir: qui était Pandora. À quelle créature avait-il à faire ? Et si elle cherchait à le déstabiliser alors il ne s’y laisserait pas fléchir.
Elle était restée très calme et sa voix avait pris un ton un peu plus éducatif :
- « Je n'ai pas d'exemple précis, cela se vit sur le moment... mais ne vous est-il jamais arrivé de faire quelque chose de mal pour le bien ? De mentir à quelqu'un pour préserver son bien-être par exemple ? Ou une chose qui vous semblez bonne et qui est en réalité nocive sur le long terme ? Permettre à son enfant de manger que ce qu'il aime pour lui faire plaisir au détriment potentiellement de son épanouissement physique et de sa santé ? Les sorcières sont pareilles. Nous avons des pouvoirs qui nous permettent d'aider et parfois... nous ne les utilisons pas à bon escient. En revanche, la raison de ses actes, ce qui se trouve dans le coeur de mes consœurs au moment où elles agissent révèlent la pureté de leur âme, leur véritable bonté ou leur méchanceté. "
- « Je vois… je comprends. » Il avait opiné un peu de la tête, qui avait-il de plus à en dire? Les informations s'entendaient et se comprenaient avec une certaine normalité… « Comme tout être humain d’une certaine manière… merci pour vos réponses Pandora »
Elle va hocher la tête d'un air entendu et précisa
- "Nous sommes humaines."

Il eut alors un brusque changement de décor, déstabilisant. La voix d Ashwini devança même la matérialisation du nouveau lieu, annonçant d'un ton formel et solennel :
- "Je vous envoie un mois plus tard. La situation s'est encore dégradé, il y a des morts, les filles continuent de se comporter de plus en plus étrangement et ont fait de nouvelles accusations. Plusieurs enfants sont morts à présent et il n'y a pas qu'eux... Tituba a perdu son procès. Elle a été jugée coupable de sorcellerie et sa sentence a été la mort. Nous observons une scène le soir de la mort de Tituba".
Preminger s’était retrouvé dans une petite pièce inconnue…mais identifiable. Pour une fois, il n’avait pas besoin des souvenirs de Connor pour deviner l’endroit où il se trouvait. Des livres juridiques tapissaient un bureau et une bibliothèque miteuse. C’était l’office d’Albert. Et ce dernier s’y trouvait, profondément agité, touché et surtout furieux.
- « C'est une injustice, Connor, une INJUSTICE ! » finit-il par exploser en levant les bras « Elle était innocente ! Et si elle était innocente alors nous avons commis un meurtre !! »
Erwin le regarda, il sentait Connor attristé mais différent. Son sentiment était néanmoins identifiable par les sentiments qui lui vrillaient l’esprit: il était peiné, mais pas révolté. Et sa principale inquiétude reposait sur l'agitation désespérée de son frère. A l'observer déambuler dans son cabinet, il s'interrogeait sur comment le calmer. Lui, si sensible si attristé… La Défense qu’il avait pourtant livrée avec brio et passion n’avait servi à rien. Tituba était condamnée par avance.
Quelle cause représentait Tituba aux yeux de leurs concitoyens ? Une esclave indigène que chacun considérait comme un objet sans importance. Qu'elle vive ou qu'elle meurt, quelle importance ?
Elle n'avait pas eu droit à un vrai procès et n'avait que servi à faire un exemple. Qu'était Tituba sinon le symbole des représailles aux assauts des indiens? Un rappel de la puissance des colons… Intrinsèquement, ils espéraient que "cela" leur serve de message ou d'avertissement.
Mais, ces vérités, Connor les retenait à grand peine, au bout de ses lèvres, de crainte que son frère n'en soit que plus agressif. Il convenait surtout de le tempérer. La tempête peinait à s'éteindre et la moindre étincelle déclenchait un ouragan… Connor n'avait sûrement pas tort de tenter de tempérer son frère, songea Erwin, en contemplant de par les yeux d'un autre, ce dernier. Il se demandait ce que ressentait Alexis, coincée à l'intérieur. La colère d'Albert l'étouffait-elle presque, de la même manière que les doutes de Connor assaillait son esprit, comme à l'assaut d'un corps étranger?
Il ne pouvait le savoir. Il ne la distinguait pas à travers ce pauvre homme colérique qui arpentait à grands pas le modeste bureau étroit qui lui servait de lieu de travail.
Après un instant d'attente, Connor se mit cependant en mouvement, levant les mains, pour signifier son impuissance. Si son corps s'était, au départ, presque penché en avant, pour initier un mouvement vers son frère, la colère qu'il sentait irradier de ce dernier, le décida à rester immobile:
- "Nous avons fait tout notre possible, Albert… En réalité tout était déjà joué d'avance".
Les derniers mots s'étaient échappés de lui, presque malgré ses volontés.. Il avait tenté de ne pas le dire… Au moins avait-il eu la chance d'arriver à le formuler simplement, sans trop de précisions. De toute manière, et Preminger était d'accord avec son hôte, Albert était sensible mais il n'était pas idiot. Il ne pouvait que partager les conclusions de Connor.. Et sa réaction à ces mots en fut significative:
- "Bien sûr que c'était joué d'avance!" ne s'offusqua-t-il plus davantage "Ces traîtres ne l'ont punie que parce qu'elle est indigène! Etait"
Une immense tristesse gagna ses traits, emplit sa voix… Ce n'était que lorsque l'on le disait que l'on le réalisait vraiment et telle était l'expérience qu'Albert effectuait à présent. Cette réalisation eut au moins le mérite de le clouer sur place, Erwin s'agaçant à devoir le suivre des yeux, jusqu'à le faire choir sur sa chaise, dans un mouvement de dépit
- "Nous n'avons pas trouvé la solution Connor… Mais je te jure qu'elle était innocente…je le sentais, je le savais…"
Au fond de son hôte, Preminger sentait que Connor se trouvait aussi peiné de la mort de Tituba… Mais, force était de constater qu'il ne l'envisageait pas avec autant de force et de passion que son frère, mais davantage comme un grand regret. Connor était et demeurerait pragmatique. Il savait aussi que l'impact personnel de la défaite gangrénait son frère de par l'investissement personnel qu'il avait pu mettre. En tant qu'avocat, il se sentait responsable de sa mort, observait la mort de Tituba avec le poids de la culpabilité que Connor connaissait bien: il le portait depuis le début de l'épidémie. Et cette douleur lui était insupportable… Avançant jusqu'à la chaise de son petit frère, il le regarda de haut, la mine défaite, les cheveux en bataille, sa petite brindille forte et sensible à la fois.
- "Tu n'as pas à t'en vouloir, tu as fait du mieux que tu pouvais. Tu l'as défendue jusqu'au bout. Sa mort aura, au moins été digne, là où ceux qui l'ont condamnée ne le seront jamais" énonça-t-il doucement, sans douter une moindre seconde que ses mots n'auraient qu'un effet léger dans l'immédiat sur la tristesse de son frère. Mais, il l'espérait le Temps finirait par faire son œuvre… Doucement, Connor déposa une min sur l'épaule de son frère "Tu sais…ce ne sera pas facile à entendre mais Tituba était esclave et malheureuse… Aussi tragique que fut sa fin, elle n'en n'est sûrement que plus heureuse. Jamais elle n'aurait connu le bonheur ici…loin des siens, de sa famille, parmi nous… Personne ne la traitait en égale".
C'était là l'intime conviction de Connor, Erwin le percevait très bien et la raison qui le poussait à prendre avec davantage de recul la mort de Tituba. Si la condamnation était une honte, sa mort devait être pour elle une bénédiction. Il n'avait pas vu maints épisodes de sa vie auprès des Parris, mais leur conciliabule avant l'arrestation de Tituba en disait long… Tout comme ce que leur enseignait l'Ordre, tout comme leur enseignait la vie quotidienne à contempler leurs querelles contre les indiens. Sa vie auprès d'eux n'était pas source de joie, c'était un gâchis. Tituba ne vivait pas, elle survivait… Il valait encore mieux mourir que vivre en esclave, surtout pour qui avait, jadis, goûté la liberté.
Albert avait relevé la tête vers lui, lentement:
- "Alors tu penses qu'il vaut mieux mourir en esclave que de vivre en esclave?" demanda-t-il à mi-voix.
- "Je pense qu'il vaut mieux mourir libre que de vivre esclave. Cela ne peut être une vraie vie" énonça Connor après un temps de réflexion "Ils ont peut-être condamnés Tituba, mais cela faisant et sans le vouloir…ils lui ont rendu sa liberté. Elle ne leur appartient plus désormais. Elle n'appartient plus à quiconque.
Les larmes aux yeux, son frère avait fini émettre d'une voix brisée:
- "On aurait du lui redonner différemment".
C'était vrai.

Une énième fois le décor s'estompa à nouveau. Preminger commençait à en avoir une folle habitude, au point qu'il n'en cillait presque plus…
Le fait qu'il se trouva, transporté dans le lit de Connor dans la pénombre aidait peut-être. Visiblement, ce dernier se trouvait réveillé par des bruits sourds qu'il finit par parvenir à identifier: quelqu'un tambourinait à sa porte de toutes ses forces… Ouvrit les yeux. C'était visiblement le matin… A côté de lui, la femme de Connor grogna dans un demi-sommeil. Non sans étirer ses muscles raides, Connor se leva et finit par ouvrir au visiteur inattendu.
C'était Albert, comme il convenait de s'en douter. Il était hors d' haleine et dément. A peine Connor entreouvrit la porte qu'il sentit la poigne de son frère l'attraper par les épaules, pour le repousser à l'intérieur en le suivant, refermant la porte rapidement.
Et sans que son frère n'ait le temps de parler, sans qu'il ne puisse intervenir ou l'interroger, Albert ouvrit la bouche pour déclamer une nouvelle, qui rabattrait les cartes de ce jeu, définitivement:
- "Tituba avait vraiment fait de la sorcellerie. Mais le soir là, le soir où tu as vu les gamines…elles en faisaient avec elle. Les gamines ont fait de la sorcellerie! Ann Putnam vient de me l'avouer!"

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« Allez dans la Lumière.
C'est au détour d'une Ombre
que nous attends le Mal. »


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Tu es comme tu es... mais malgré les erreurs, tu me rends parfois la vie de maman célibataire plus douce...


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________________________________________ 2024-03-24, 20:58 « Allez dans la Lumière. C'est au détour d'une Ombre que nous attends le Mal. »




I put a Spell on you

J’avais les bronches en feu. Je détestais cette sensation et je pense qu’elle était d’autant plus détestable quand on était même pas dans son propre corps. J’avais la désagréable sensation de ne pas la vivre réellement. Mon corps était posé, bien au calme dans une salle, allongé, ventilé, ce n’était pas moi qui souffrais. Mais comme tout le reste de ce qu’on vivait, le souvenir était si vivace, si réel que je partageais pourtant tout avec Albert. Ses poumons étaient pourtant partis en fumée depuis bien des années... mais ils étaient de nouveau en souffrance, à ce moment précis, grâce à l’Animus.

Vivre en Albert devenait de plus en plus épuisant. Je ne savais pas comment Erwin vivait tout ça mais Connor avait l’air plus calme, plus posé, peut-être plus facile à manier aussi. Albert était tout le contraire, il était un peu comme moi, énergique et à fleur de peau. Combattant pour ses idées, décidé à changer le monde et déprimé à l’idée de penser qu’il ne changera peut-être jamais. Je ne savais pas comment les rôles avaient été attribués, si cela avait été du hasard ou une volonté de la part de mes frères et sœurs, plus enclins à connaître le sujet, mais je devais admettre que j’avais reçu le frère qui me ressemblait le plus. Pourtant, si cela aurait logiquement semblé plus facile à gérer, cela m’épuisait au contraire fortement. J'étais une personne sensible, très sensible, aux sons et aux odeurs, à la douleur et à la joie des gens. Ça avait toujours été ainsi. Mais je réalisais que cela était peut-être génétique, mon ancêtre étant doté du même don ou du même fléau. Tout ce que nous vivions je le ressentais en double, au quadruple peut-être pour une personne normale, c’était si dur et ça n’allait qu’en s’empirant. La mort de Tituba, je l’avais ressenti dans la chair d’Albert, sur chaque parcelle et aussi comme le choc profond de la nouvelle que j’avais dû encaisser en me laisser porter par la colère du plus jeune des deux frères. J’avais mal au cœur pour lui en même temps qu’il se sentait trahit par son modèle, son aîné. J’avais ressenti le même dégoût que lui pour la société dans laquelle il évoluait, jusqu’à ce que cela devienne un mélange de nos deux émotions, un poison qui m’en avait presque donné la nausée.

Alors lorsque la simulation nous avait fait voir un nouveau décor, j’avais peiné pendant quelques secondes à m’habituer à cette course effrénée, à cette douleur pulmonaire et à ce coeur battant, jusqu’à arriver devant la porte de “notre” “frère” que nous avions pris soin d’enfoncer petit à petit jusqu’à ce que Connor vienne nous offrir. Le flot de ses pensées étaient si rapide que j’avais presque lâcher prise, espérant secrètement que je comprendrais bien mieux lorsqu’il tâcherait d’être explicite auprès de son frère, non sans le bousculer à l’intérieur même de sa propre maison :

— Tituba avait vraiment fait de la sorcellerie. Mais le soir-là, le soir où tu as vu les gamines…elles en faisaient avec elle. Les gamines ont fait de la sorcellerie ! Ann Putnam vient de me l'avouer !

— Quoi ?! Tu veux dire que…. C’était cela leur..fameux secret ?!

Les yeux de Connor étaient si écarquillés qu’ils semblaient lui sortir de la tête. De son côté, hors d’haleine, Albert hochait frénétiquement la tête. Nous prîmes un instant pour nous remettre de cette course avant de poursuivre :

— J’amenais le petit à l’école et Ann semblait triste, toute seule dans son coin. J’ai laissé Abe rejoindre ses copains et j’ai décidé d’aller lui parler. Ça n’a pas été simple mais elle a fini par cracher le morceau. Si elles n’ont pas parlé, c’est parce qu’elles sont terrorisées. Le soir où elles ont dormi ensemble, elles ont demandé à Tituba de leur raconter des histoires d’indiens. La bonne leur a raconté que dans les croyances de son peuple, les esprits ne partent jamais, ils retournent à la Nature et nous guident. Elles étaient amusées, elles ont demandé à Tituba de leur montrer un esprit. La jeune femme s’est soumise à la demande des enfants et il y a eu ce grand éclair vert... Elles sont persuadées que ce sont elles qui l’ont provoqué. C’est pour cela qu’elles observaient au dehors Connor ! Elles voulaient s’assurer que personne n’avait rien vu, mais quand elles t’ont vu, elles ont eu peur et se sont enfuit. Puis les enfants ont commencé à tomber malades et quelques adultes aussi. Abigail et Betty ont expliqué à Ann que leur père disait que cela devait forcément venir du malin, d’un démon alors elles ont demandé comment les démons pouvaient venir parmi nous. Le révérend leur a expliqué qu’ils venaient quand il y avait une brèche, ils s’invitaient ou ils étaient invités. Et lorsqu’ils étaient invités, cela s’appelait de la sorcellerie. Les petites ont alors compris qu’elles avaient fait aux yeux du Révérend une ENORME bêtise, punissable par la loi. Ann voulait tout avouer pour expier le péché mais Abigail a dit alors avoir une meilleure idée : dénoncer Tituba. En la dénonçant, elles faisaient pénitence et avouer à moitié leur faute et tout rentrerait dans l’ordre... Mais Tituba est morte et rien n’est rentré dans l’ordre... Ann est désespérée, elle commence à déprimer et c’est ainsi qu’elle s’est confiée à moi.

— Tout est une véritable catastrophe… Quelle tragédie…

Connor soupira longuement en secouant la tête.

— Cette affaire va de mal en pis! Les retombées ne font que s’agglutiner sans amener de résultats… Si Ann parle, elle ramènera l’attention vers la lumière verte…et vers Pandora. Et le Révérend n’acceptera jamais que ses filles soient punies... Quant à la maladie… nous ne savons pas si cela est lié à ce sortilège.

J’avais senti une émotion monter brusquement en Albert, avec une certaine violence, me faisant comprendre que le ressentiment qu’il avait envers son frère n’était pas tout à fait terminer. Je pouvais le comprendre, il avait l’impression que Connor arrivait enfin à la conclusion qu’il avait eu bien plus tôt que lui et que c’était désormais trop tard pour l’avoir. Pire ! Il continuait à supposer que Tituba pouvait tout de même être coupable tout en réalisant que finalement les choses n’étaient peut-être pas si simples. Pourtant, rien d’aussi puissant n’était sorti de la bouche du cadet, lorsqu’il précisa :

— Je t’ai un peu devancé là-dessus... je... je suis allé voir les Indiens.

Voyant le regard moitié offusqué, moitié apeuré de son frère, il avait levé les mains dans sa direction pour l’inviter au calme :

— Tout va bien ! Je sais que je n’avais pas le droit et encore moins seul mais je ne voulais pas leur donner l’impression que nous débarquions à 15 pour leur faire la guerre. J’ai défendu l’une des leur dans un procès de mise à mort, je me suis dit que s’il y avait un visage pâle à qui ils accepteraient de parler c’était moi. Et ça a fonctionné ! Ils ne voulaient pas que l’on parle maintenant, craignant sans doute un piège de ma part. Ils m’ont donné rendez-vous ce soir, à la tombée du jour ET ...

Il avait haussé le ton en voyant que son frère souhaitait prendre la parole :

— ... ET j’ai demandé si tu pouvais venir avec moi. Ils ne sont pas enchantés mais ils ont accepté. Connor, si on veut comprendre ce qu’il se passe et écarter définitivement la piste indienne, il faut qu’on voie ce qu’il s’y passe. Pandora dit qu’il n’y a pas de magie là-bas, Tituba a certes fait un rite avec les filles mais l’arrivée de Pandora n’est pas liée à elles toutes, ce n’était qu’un concours de circonstance ! Il est possible, FORT possible que la maladie qui nous ronge également, mais si tu ne veux pas croire Pandora sur parole ALORS il faut qu’on aille vérifier à la source.

— Sans besoin d’être 15 nous aurions pu les voir tous les deux.

Il s’était renfrogné et Albert en avait fait de même.

— J’ai voulu aller au plus vite... et j’étais sûre que vu mon statut ça se passerait mieux que si nous étions deux... je ne suis pas fait de sucre, tu sais ?

— Je parle pour ta sécurité brindille, même si tu l’as défendue il aurait suffit qu’un seul considère que tout ce procès n’ait été que joué d’avance avec ta complicité et tu aurais pu y laisser la vie … mais puisque cela est fait… et couronné de succès au moins nous y verrons plus clairs. Espérons le !…

Il faisait brusquement nuit noire. Le chemin était uniquement éclairé par la lampe qu’Albert tenait à la main, la bougie luttant furieusement pour sa vie. C’était étrange, tout était silencieux, parfois quelques brindilles craquaient mais la fin de l’hiver et le printemps naissant laissait largement plus de place à l’humidité qu’à la sécheresse. Je sentais nos chaussures patauger dans la boue, se remplir d’eau de façon très désagréable, sans que cela n’arrête pour autant les deux frères. La tension montait dans le corps du plus petit, mais l’idée d’avoir son aîné qui suivait son sillage le rassurait. Il n’avait pas peur des Indiens, je pouvais le sentir, ils leur faisaient confiance. Il avait largement plus peur de la confrontation qu’ils auraient avec son gendarme de frère.

— Bon, Connor, tu me laisses parler d’accord ? Je te rappelle que de base ils m’ont invité moi, ils ont consenti que tu viennes parce que je leur ai dit que tu étais mon frère et un visage pâle moins buté qu’ils le pensaient malgré ton statut alors on va essayer d’installer un climat paisible, d’accord ?

Il avait chuchoté, poursuivant e chemin mais espérant que les indigènes qui ne devaient pas se trouvaient bien loin ne puissent les entendre. Je pouvais sentir qu’il était gêné. Prendre les décisions et les rennes de leurs aventures, cela n’avait jamais été son rôle. Il n’était pas l’aîné, l’héritier, il était juste le “petit frère”. Pourtant il savait que c’était à lui de mener cette discussion, déjà parce que les autochtones le lui avaient formellement demandé, ensuite parce que son frère pouvait se montrer parfois plus buté et moins diplomates que lui. Ils venaient chercher des réponses... pas trouver la mort. Connor, sans doute un peu vexé, leva les mains en signe de paix :

— Très bien… je me tairais s’il le faut. Même si je te rappelle que les interrogatoires restent mon domaine je te fais confiance !

— Ne t’en fais pas, je sais que tu n’as pas ton pareil pour mener les enquêtes.

Il lui avait souri. Je sentais que c’était sincère, mais il y avait autre chose. Albert semblait considérer que l’idée même que Connor puisse voir cela comme un interrogatoire était mal parti. Pour le cadet, c’était bien plus l’occasion d’approcher une culture inconnue et incomprise, de rassembler les ennemis pour les faire avancer mains dans la main, en ami. Il n’y avait aucune hostilité dans sa démarche, aucune nécessité de mener un interrogatoire : ils n’étaient ni coupables, ni suspects mais il ne pouvait pas diriger la façon de penser son frère... ni même celle des indigènes.

De leur côté non plus, la chaleur n’était pas spécialement au rendez-vous. Après une marche de quelques minutes dans les bois, à presque tâtonner, tournant parfois la tête aux bruits de la forêt environnant, ils étaient arrivés non loin du campement où deux hommes, solidement battis, les toisaient les bras croisés sur leur torse musclé. Leur visage était si fermé que leur mâchoire lui paraissait crisper, mais Albert ne se laissa pas démonter et j’entendis bientôt sa voix s’élever bien malgré moi.

— Bon... Bonsoir, nous venons voir le Grand Chef Metacomet, un rendez-vous nous a été offert à propos de ce qu’il s’est passé dans Salem.

— Euh... Alors, j’ai beau cherché mais le seul Metacomet que je retrouve était le chef des Wampanoag, tribu qui vivait dans le Massachussets. En revanche il est mort en 1676, il serait anachronique de penser que c’est lui que vous allez rencontrer. Sa fin est déplorable, elle a été un véritable massacre, décimant vraisemblablement le reste de sa tribu. Je suppose que la tribu implantée près de Salem est liée à celle des Wampanoag et que le Chef a décidé de lui rendre un hommage, pour rappeler aux visages pâles leurs crimes.

La voix de Russel était tellement apparue sans prévenir dans ma tête que j’en avais sursauté de panique, peu à l’aise face à la situation des deux frères. L’indien m’avait d’ailleurs observé bizarrement mais j’avais tenté de reprendre mon rôle tandis que l’historien finissait de m’expliquer la situation. Sans un mot, l’homme en face de moi fini par me montrer le chemin de son énorme main, m’invitant à poursuivre sans pour autant m’accompagner : ils devaient sans aucun doute penser que certains visages pâles se tenaient prêt à l’attaque dans le but de leur tendre un piège. J’étais d’ailleurs prête à parier que les bois regorgeaient également d’indiens en embuscade prêts à défendre leurs terres au besoin. Nous finîmes par entrer dans le village, protégé dans les murs de rondins de bois. A l’intérieur, tout semblait paisible, la vie, bien différente de celle d’Albert et Connor et encore plus de la mienne, semblait s’écoulait comme si aucun danger ne les menaçait. Des enfants jouaient dans un coin tandis que des femmes et des hommes étaient réunis devant un grand feu et une marmite, finissant le festin qu’ils s’étaient préparé. A notre arrivée, tous levèrent la tête vers nous, nous toisant en silence, avec hostilité. Deux enfants, curieux sans aucun doute, avaient voulu s’élancer vers nous, tout sourire, mais leur mère leur en avait empêché, les forçant à s’asseoir devant elle. Cherchant à ne pas trop croiser leur regard, j’avais pressé le pas, suivant désormais un homme qui nous avait intimé de nous suivre à notre entrée, jusqu’à la tante de leur chef. Il avait fini par tendre le tissu pour nous inviter à entrer sans le faire lui-même et après un dernier regard pour cet être fermé, j’avais inspiré avec force, en même temps qu’Albert tout en me baissant pour entrer. Et si c’était un piège ? Si on attendait juste que je passe la tête pour que celle-ci me soit coupée ? Je réalisais que plus que ma pensée, celle-ci était celle d’Albert qui, bien que croyant dur comme fer à la paix et la cohabitation, ne pouvait pas nier que la situation était si tendue que cela était une possibilité. Mais aucune offense n’était venue nous heurtée, à l’intérieur, une pénombre profonde et une odeur capiteuse m’avaient saisie tandis que je cherchais à m’orientais. Le sol était recouvert de tapis et de coussins, plusieurs hommes étaient présents en arc de cercle et semblaient nous attendre et en son centre... Le chef Macomet. C’était un homme qui ne devait pas avoir plus de 40 ans, il semblait pourtant bien plus vieux que son âge, celui-ci étant d’ailleurs plutôt avancé pour l’époque. Il avait un corps musclé bien que vieillissant mais semblait petit de ce que je pouvais en voir. Ses longs cheveux noirs tombaient en cascade sur sa peau brune et ses prunelles sombres m’observaient avec l’acuité d’un aigle.

— Prenez place.

Il nous montra de la main deux places en face de lui, au sol afin que nous puissions nous asseoir en tailleur, comme le reste des hommes présents. Sans me faire prier, je m’exécutais, suivis de Connor tandis que je le remerciais d’ores et déjà :

— Merci de votre hospitalité, Grand Chef, cette rencontre est précieuse pour nous.

— Pour... “Vous” ? Ou pour toi ? Lui qu'a-t-il pour l’une des nôtres ?

C’était un jeune homme assis à la droite du chef qui avait parlé. Il lui ressemblait drôlement. Peut-être était-il son fils ? Il lançait un regard hargneux, plein de haine, en direction de “mon” “frère”. Tentant de calmer le jeu au plus vite, Albert avait repris précipitamment :

— Pour nous, je peux vous l’assurer. Mon frère Connor est aussi concerné par votre condition que moi. Il a cherché à trouver une solution pour comprendre ce qui se passait réellement et pour sauver Tituba.

— Il n’a visiblement pas cherché assez.

Les rires qui avaient suivis étaient acides. La tension était plus que palpable et je me disais qu’il faisait brusquement chaud dans cette tente.

— Grand Chef, je regrette profondément si mon enquête a enrayé le décès de Tituba… Mais je puis vous assurer que les motivations de mon frère et moi n’ont pour but que de faire la lumière sur ces événements et faire cesser cette tragédie.

— Très bien. Alors que faîtes-vous ici ?

— Comme je vous l’ai expliqué, je pense que votre témoignage pourrait nous êtres très précieux pour comprendre les choses que nous ne comprenons pas encore. Nous souhaitons mieux comprendre votre culture et vos... rites.

— Nos rites ?

— Oui, une des petites filles qui a accusé Tituba nous a avoué avoir fait ce qu’elles appellent de la “sorcellerie” avec elle, un soir. Je ne nie pas que mes congénères peuvent parfois se montrer obtus et considérer tout ce qui leur est étranger comme nocif ou sorcellerie. Nous voudrions savoir en quoi cela consiste... Elles ont parlé de faire brûler du thym....

— Ah je vois. Un rituel de purification. Lorsque nous parlons aux esprits ou que nous les apaisons, nous commençons par purifier l’atmosphère en brûlant des feuilles de thym séchées. La fumée et l’odeur qui se dissipent permettent de faire disparaître les ténèbres et le mal, pour ne garder que les énergies positives, afin de travailler en sérénité sans risque de se faire tromper par le mal.

— Je vois... Cela doit les tenir éloignés, si je comprends bien... Est-ce que malgré tout, la fiabilité de ce rituel éloigne tout risque ? Le mal pourrait-il y résister s'il est fort ?

Il y avait eu un long silence durant lequel le chef avait regardé mon “frère” droit dans les yeux, profondément. Si profondément que j’avais senti à quel point cela avait mis mal à l’aise Albert : Connor avait-il était trop loin ? Pourtant la bouche de Metacomet se fendit d’un sourire amusé et mystérieux, à la limite narquois :

— Les visages pâles ont la fâcheuse tendance à tout vouloir contrôler, même ce qui ne leur appartient pas de contrôler. Le risque est dans la Vie, homme pâle. Vouloir l’éradiquer est pure folie, surtout quand nous ne pouvons pas le toucher.

Comme pour illustrer ses propos, il avait levé la main pour la refermer dans les airs, comme s’il se saisissait de l’invisible. Lentement, il abaissa la main, le sourire toujours présent, le regard nous toisant toujours :

— Le monde des esprits ne nous appartient pas. Nous pouvons purifier par les connaissances de nos chamans mais pas éradiquer. Ce qui vous arrive n’est peut-être pas l’œuvre du Mal... mais celui du bien.

— Des enfants souffrent et meurs...

Albert l’avait précisé précipitamment et un peu durement. Je pouvais ressentir qu’il marquait un désaccord profond avec le chef : il n’y avait rien de bon à voir de enfants mourir mais il y avait plus que ça... il avait senti le corps de Connor se contracter à côté du sien, il avait voulu parler le plus rapidement possible afin que son frère ne le fasse pas. Connor était sans doute le plus perspicace mais Albert était le plus diplomate. L’affront que venait de proférer le Chef ne passerait pas auprès de son aîné, mais il ne devait pas lui permettre de l’exprimer comme il le souhaitait. Des vies étaient en jeu, les leurs dans un premier temps mais tout ce qui composait l’écosystème géopolitique environnant également. Pourtant, Metacomet ne reculait pas, affirmait même sa position, avec la même tranquillité que celle qui l’avait caractérisé jusqu’alors :

— Oui... chez nous aussi les enfants meurent. Pas sous les coups du sort qui vous frappe mais sous les coups des armes de vous autres visages pâles. La Terre sur laquelle vous êtes tente peut-être de vous enseigner quelque chose... nous ne sommes pas les seuls à croire aux forces de la Nature... elle y croit aussi.

J’avais eu un léger mouvement de recul, ma surprise transparaissait. C’était étrange comme sentiment. Il n’avait pas appuyé sur le “elle”, avait parlé simplement, mais à l’instant où le pronom avait été prononcé, j’avais su de qui il parlait, tout comme Albert et sans aucun doute Connor. Abasourdi, je bredouillais :

— Pandora est venue ici ?!

— Votre amie a souhaité s’entretenir avec nous, tout comme vous aujourd’hui, en effet.

— Et... que vous a-t-elle dit ?

— Oh... il est très impoli de demander le motif des conversations des autres, n’est-ce pas le cas dans votre culture ?

— Ahem... si...

Albert était embarrassé.

— Mais disons... que ça pourrait être important.

— Votre conversation aussi semble importante, pourtant nous n’irions pas la dévoiler à autrui s’il venait à s’aventurer jusqu’ici...

— Mais nous n’avons rien à cacher !

— Elle non plus.

Il avait souri, le visage fermé, me prouvant que je n’aurai pas l’occasion d’en savoir plus. Connor sembla s’activer à côté de moi, prêt à en découdre, mais le Chef le prit de vitesse :

— Tallulah, ou Tituba comme vous autres l’avez ignoblement renommée n’a rien fait à ses petites filles ni aux restes de vos enfants et de leurs parents visages pâles. Elle n’a fait que leur transmettre nos rites, en espérant peut-être ouvrir les petites filles à notre culture. Jamais ce rite n’a causé le moindre tort à quiconque, c’est un moment de connexion avec la Nature, avec les Esprits l’ayant déjà rejoint et ceux encore sur cette Terre.

— Si nos rites nous permettaient de faire ce dont vous avez accusé Tallulah, vous seriez déjà tous MORTS.

Le jeune homme à la droite du Chef avait de nouveau parlé et il semblait plus amère que jamais. Le dernier mot était sorti de sa bouche comme un crachat et il avait esquissé un mouvement pour se relever, sans doute venir à notre rencontre. D’un même geste, le Chef et Connor avaient agi. Le Chef, pour retenir le jeune homme de se lever, Connor pour me protéger et se préparer à la bataille. Pendant quelques secondes, tout le monde se toisa dans une ambiance à couper au couteau. Je réalisais seulement lorsque le Chef reprit la parole, faisant redescendre la pression, que j’avais cessé de respirer durant ce moment de tension.

— Pardonnez notre jeunesse... seule la Sagesse sait qu’une main tendue vaut mieux qu’une main fendant l’air... mais pourtant il dit bien vrai. Nombre d’entre nous abhorrent les visages pâles. Si nos rites nous permettaient de telles prouesses, alors il y aurait bien eu d’autres cas. Je vous donne ma parole de Chef que Tallulah n’était pas une sorcière comme vous l’entendez...

— Alors pourquoi les petites filles l’ont-elles accusée ?

Comme surpris de ma candeur, le chef avait eu un regard tendre et un sourire pour moi :

— Ne vous ai-je pas dit que la Jeunesse ne comprend pas encore le pouvoir de la main tendue ? Les petites ont mélangé... peut-être ont-elles étaient aidées ? Après tout, Tallulah n’a-t-elle pas elle-même avoué avant de se rétracter ?

Il y avait eu un silence, je réfléchissais. C’était vrai, Tallulah avait parlé sous la contrainte, peut-être les enfants avaient-elle eu aussi une certaine contrainte ? Je n’avais pas vécu ce moment mais je sentais qu’Albert avait une confirmation plus forte que moi à ce sujet : son frère lui avait raconté de l’entretien qu’il avait eu avec Abigail, la façon dont le Révérend avait suivi l’audition et s’était comporté... il n’était pas à exclure qu’elle ait pu être effectivement intimidée ou influencée dans son choix. Le Chef voyant que je commençais à comprendre, il reprit avec douceur :

— N’a-t-elle d’ailleurs pas accusée elle-même d’autres personnes de sorcellerie ?

C’était vrai... alors qu’elle savait que c’était faux, pour elle, sans doute pour les autres aussi. Pour l’instant, cela avait été un non-lieu, la parole d’une indienne n’ayant que peu de valeur. Mais si cela venait à se reproduire ? Je sentis alors le corps d’Albert se glacer d’effroi à mesure qu’il arrivait à cette conclusion.

— Je pense que vous avez tous les éléments qu’il vous faut, je ne vous retiens pas.

C’était la fin de l’entretien, cela ne faisait aucun doute. Tout le monde autour du Chef s’était levé pour nous inviter à partir, à contre-cœur, nous nous étions donc levés. Albert avait pris le temps de bien mettre les formes dans les remerciements et dans l’énorme potentiel qu’avait eu cette hospitalité, Connor avait lui-même bredouillé un court remerciement et nous nous étions remis en route. Les frères avaient été profondément silencieux sur le retour, Albert parce que je le sentais perdu dans ses pensées, Connor sans doute parce qu’il n’était pas à l’aise. Je le voyais regarder autour de nous avec une certaine discrétion mais l’oreille aux aguets. Il pensait peut-être que les Indiens suivaient notre progression de retour et ne souhaitait rien leur dévoiler de compromettant. Ma théorie se révéla juste lorsque nous arrivâmes aux frontières de notre village. Il s’arrêta brusquement pour ouvrir la bouge, prêt à dire quelque chose mais au même moment nous entendîmes un hurlement qui me déchira l’âme :

— CONNOR !!!!

Melinda apparu dans notre champ de vision : elle se ruait sur nous, courant de manière désorganisé, le visage en proie à la panique, la respiration courte. Elle se jeta dans les bras de son mari et je remarquais alors qu’elle pleurait de manière incontrôlable.

— Il faut que tu viennes, pitié ! C’est... C’est Mary !

Il n’en avait pas fallu plus. Je me doutais que cette annonce n’avait sans doute rien éveillé en Erwin, lui-même peu enclin à se battre pour son fils, comme j’avais pu l’observer avec l’assaillant de notre fils. Mais pour Connor, c’était une tout autre affaire. A peine avait-il entendu le nom de sa fille qu’il avait repoussé sa femme, se mettant à courir comme un dératé en direction de sa maison, Melinda sur les talons. Il me planta là, pantois avant qu’Albert décide que ce soit suffisamment grave pour se mettre à courir à son tour. Arrivé devant la maison, j’ignorais si c’était le plus jeune des deux frères ou la mère que j’étais qui réagit le plus violemment mais ce que j’aperçu me sidéra. Je me senti reculer jusqu’à ce que mon dos heurte un des murs, la main sur la bouche, tandis que Connor se jetait à genoux à côté de sa fille, allongée au sol. La petite convulsait, pâle comme la mort, bavant à gros bouillons, ses frères tentaient de la calmer en la maintenant au sol, chacun par un bras tout en pleurant. Melinda s’effondra à côté du reste de sa famille tandis que Connor tentait de maintenir la tête de sa fille, tout en hurlant son prénom au désespoir, comme si cela pouvait arranger les choses. Il tourna alors un regard féroce vers moi, à la limite de la folie tandis qu’il beuglait :

— FAIS QUELQUE CHOSE !!!! VITE !!!!

Alors sans vraiment savoir ce que j’étais censé faire, je m’élançais dans la nuit dans le village, à la recherche de la Providence.

Changement de décor, initialisation en cours. Même si cela devient habituel et que ça me donne moins la nausée qu’auparavant, en cet instant j’ai envie de jurer. D’hurler. Peut-être même que mon corps à réagit pour moi, de cette frustration que je subis à ne pas voir la suite, à ne pas agir, comme si j’avais pu la sauver, comme si je pouvais changer le passé. Russel avait dû le sentir ou le voir sur ses capteurs, puisqu’il avait décidé de reprendre la parole à cet instant :

— Tu t’en sors bien la miss ! Reste calme, n’oublie pas que le passé est le passé, c’est qu’une simulation, tu peux rien pour eux. Je me suis permis de changer de lieu maintenant parce que je sentais que ton cœur était en train de s’emballer et pour être honnête, on a ce qu’il nous faut de ce côté. Je vais te balancer un peu plus tard. On était en Avril, vous passez en Août. Les procès se sont bien multipliés, comme le craignais Albert. Il continue à défendre toutes ces femmes et s’épuise à la tâche. Nous savons plus ou moins déjà ce qu’il se passe dans cette séquence par les écris que nous avons pu trouver, mais je pense qu’il serait intéressant que tu le vives quand même.

C’était sans aucun doute la chose la plus bizarre que j’avais eu alors à vivre. J'étais seule. Je reconnaissais le lieu, j’étais dans l’office de droit d’Albert. J’avais eu un court instant pour me demander ce qui arrivait à Erwin et Isaac pendant cette séquence. En vivaient-ils une autre ? Attendaient-ils dans le noir et le silence comme s’ils étaient dans un purgatoire ? Voyaient-ils ce que je voyais comme des fantômes ? Avant même que mon cerveau ne finisse de formuler la dernière question un flot de pensées étrangères m’avaient atteinte. Si présentes et si puissantes que je m'y abandonnais tout entière pour éviter de risquer une migraine monstrueuse... ou pire. Albert était en train de relire de ce que j’en voyais différents dossiers des affaires. Je percevais que certaines étaient déjà closes, d’autres encore en cours, certaines de ces femmes étaient déjà mortes, d’autres avaient encore un espoir de voir le jeune Evans les libérer de leur triste sort. Je ressentais toute la pression sur les épaules du cadet mais je sentais aussi sa détermination. Il était certain qu’il y avait une autre explication possible, que si tel n’était pas le cas, alors Pandora aurait pu le sentir ou même les aider. Il n’essayait même plus d’en parler avec son frère. Connor n’était plus lui-même depuis que Mary était tombée malade. Les rares fois où Albert parlait de Pandora, il pouvait voir son aîné s’énerver jusqu’à en devenir violent. Il la portait pour responsable, cette idée s’insinuait dans son esprit comme du poison dans les veines, le juriste pouvait le voir, mais il ne pouvait pas lui en tenir rigueur. Le policier était démuni et malheureux... ces sentiments pouvaient parfois pousser à l’irraisonné.

Alors le cadet se battait seul, il était persuadé que la preuve était juste là, sous ses yeux et qu’à la mesure où il la verrait, alors le monde entier s’en porterait mieux. Il sauverait ces femmes, un antidote serait trouvé pour Mary et tous les autres enfants et parents, Pandora serait innocentée et son frère serait heureux à nouveau, soulagé de tous ses poids. Albert relisait alors les différents témoignages, les dépositions des accusées qui se juraient innocente, celui des petites filles qui étaient à l’origine de tous ces procès. Pourquoi elles plutôt que d’autres ? Nombreux avaient été les enfants qui avaient été touchées, mais seules Abigail, Betty et Ann semblaient détenir tous les secrets. Pour Tituba, même si Albert continuait à la savoir innocente, cela avait eu une certaine logique contre laquelle il ne pouvait revenir : les petites étaient avec elles quand elle avait réalisé son rite. Mais les autres ? Aucune autre femme n’avait pratiqué de rite en présente des petites filles et aucun autre enfant n’avait confirmé leurs dires...

— Parce qu’ils sont incapables de parler !

Une Evidence avec un grand “E” majuscule ne venait pourtant de le frapper qu’à l’instant. Cherchant fébrilement dans ses feuillets, il avait repris les notes du médecin qui avait été chargés d’ausculter les enfants. Tous étaient si malades et si faibles qu’ils se muraient dans le silence. Ceux qui faisait encore porter leur voix avaient des paroles incompréhensibles et bien plus souvent des hurlements terrifiants que tout mot pouvant être utiles aux adultes. Et pourtant, Abigail, Ann et Betty avaient subi le même mal que les autres mais elles en revenaient à chaque fois pour témoigner.

J’avais senti les sourcils d’Albert se froncer tandis qu’il suivait sur sa feuille avec son doigt la description de la mousse qui sortait de la bouche des enfants. Quelque chose de blanc et d’épais, de visqueux, mélangé à une bave épaisse dont quelques petites bulles s’échappaient, là où la bave retrouvée sur les trois fillettes moussait beaucoup, avec beaucoup de bulles, formant un liquide aérien qui ressemblait à...

— ... de la mousse de savon !

C’était écrit là, noir sur blanc, mais tout le monde avaient pris ces mots pour ce qu’ils étaient, comme ils avaient été utilisés : un simple comparatif pour que toute personne qui lirait ses archives puisses s’imaginer la chose. A présent, il semblait bien plus évident que le médecin, sans le savoir, décrivait réellement ce que c’était : des bulles de savon savamment placées aux commissures des lèvres des petites. On pouvait aussi lire que lorsque les enfants se mettaient à baver, ils ne s’arrêtaient plus de le faire jusqu’à leur mort, c’était un stade plutôt avancé de leur mal et je sentis le cœur d’Albert se serrer dans sa poitrine à la lecture de ces mots : Mary bavait à présent depuis plusieurs jours sinon semaines. Pourtant les dénonçeuses bavaient de façon périodique, recouvrant miraculeusement la santé avant de baver à nouveau. Leur poids restait stable également. Et il en venait à présent à toutes ces femmes accusées. C’était tellement plus difficile pour moi à tenir car il ne s’appuyait plus tellement sur des faits papiers mais sur des choses qu’il savait, des connaissances acquises durant ses années de vie dans ce village. Les femmes qui étaient accusées avaient toutes de prêt ou de loin offensé ce qu’on appelait “le clan Parrish” entre citoyen, les Parrish et leurs amis qui avaient le pouvoir de faire la pluie et le beau temps sur le village. Toutes les personnes qui avaient tenté d’assombrir leur moment de pouvoirs étaient tous de près ou de loin relié à au moins une des accusées... Il ne restait qu’une conclusion possible et celle-ci était en train de choquer profondément Albert :

— C’est... un coup monté.

Il en avait la certitude. Le mal des enfants du village était réel tout comme celui des adultes atteints mais les Parrish utilisaient les 3 petites comme instrument de leur machination. Ils se servaient du malheur et de la peur des gens pour faire disparaître tous ceux qui étaient contre eux et asseoir un peu plus leur pouvoir “divin” sur le reste de la population. C’était pour cela que Tituba avait été la première, sans doute pour la punir de ses origines et envoyer un message fort aux indigènes qui avaient renforcé l’état de siège juste avant les premiers actes de sorcellerie. C’était pour cela aussi qu’elle avait fini par accuser d’autres femmes avant qu’elle ne soit définitivement puni : Parrish lui avait rendu visite dans les derniers instants de son procès. Il lui avait sans doute promis que si elle s’avouait coupable et qu’elle désignait d’autres femmes, elle aurait la vie sauve. Mais les hommes de Dieu sont parfois bien moins sains que les paroles qu’ils prêchent et il l’avait laissé à son triste sort. Albert était écœuré, littéralement, je sentais une nausée monter en lui tandis qu’il se reculait dans son fauteuil, impuissant. Même s’il tenait une piste et même s’il parvenait à la démontrer, qui serait là pour l’écouter, plus que le Révérend Parrish ? Il n’était qu’Albert Evans, un petit juriste chétif, homme gentil avec les enfants mais peu virile, incapable d’engrosser une nouvelle fois sa femme. Il les entendait les quolibets, savait qu’il n’était pas populaire, on le prenait pour un inventif, un original et sa côte de popularité n’avait fait que baisser depuis qu’il défendait les sorcières... S’il allait au combat, qu’est-ce qui lui affirmait que la prochaine sorcière qu’il défendrait sur sa liste n’était pas sa propre femme ? Pouvait-il vraiment courir ce risque ? Assurément pas seul. Il fallait quelqu’un d’au moins aussi populaire que Parrish pour rallier des gens à leur cause... et cette personne... il était famille avec elle.

D'un seul geste, Albert s’était redressé sur son siège, comme suspendu au milieu du Temps en même temps qu’il l’était dans sa réflexion. Devait-il vraiment mêler Connor à cela ? Il avait déjà suffisamment de choses terribles à gérer. Pourtant, s’ils parvenaient tous les deux à prouver que tout cela n’était qu’une machination, alors peut-être que les scientifiques de ce monde et les médecins de ce village tenteraient de trouver une solution avec un peu plus de sérieux. Personne ne voulait tenter de trouver un remède à la magie, la médecine n’avait pas ces compétences... mais elle en avait face à une maladie. Ils pourraient sauver tout le monde. Ils pourraient sauver Mary. D’un seul bond, il s’était levé, rassemblant à la va-vite tous les dossiers qu’il avait étalé sur son bureau et il s’était précipité dehors avec ses papiers sous le bras, courant dans la moiteur du soir d’Août en direction de la maison de son frère. Les derniers rayons du soleil étaient encore présent, cela lui permettait de bien voire où il allait...

Et cela lui permit aussi de voir parfaitement le visage de son frère lorsqu’il lui ouvrit la porte. Ses yeux étaient si bouffis qu’ils n’étaient plus que deux fentes, ses larmes se mélangeaient à sa morve dans sa barbe, il ne semblait plus capable de tenir sur ses jambes, peut-être que c’est ce qui le poussa à s’effondrer de tout son poids dans les bras de son frère. Je sentais le corps d’Albert vaciller et lutter pour trouver l’équilibre et la force de les soutenir tous les deux. C’est alors que son regard se dirigea derrière Connor, à l’intérieur de la maison et que je vis l’inévitable. Les deux enfants et la mère autour du petit lit, inconsolable et l’enfant, immobile et pâle comme la mort. Elle semblait si apaisée à présent qu’elle ne convulsait plus. Il n’y avait plus respiration difficile, il n’y avait d’ailleurs plus de respiration du tout. Aussi certainement qu’Albert su en cet instant que rien ne pourrait plus jamais sauver Salem, j’eu ma réponse à une de mes questions qui avait démarré cette séquence : pendant que je trouvais des preuves, Erwin et Isaac pleuraient la mort de Mary.



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« If the crown should fit, then how can I refuse? »

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- Pour ma victoire? C'est adorable, trésor... Même si en toute modestie, je dois admettre, qu'au-delà de cela, je suis un prestigieux modèle pour mes concitoyens"
(Alexis pense-t-elle qu'il est parti trop loin? Sûrement! On approuve)

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________________________________________ 2024-06-02, 21:52 « If the crown should fit, then how can I refuse? »

I put a spell on you
“Le jour de la fête des morts donne à chacun le sens de la vie.”


Si à bien des égards, Preminger s’était senti chanceux et favorisé de se voir investi le corps de Connor, il aurait subitement tout donné plutôt que de poursuivre l’expérience à ses côtés.
Le colon si fort et si rationnel, était subitement tombé dans un désespoir des plus effrayants et tout avait basculé en un clin d’œil. Lorsque d’un cri déchirant, Mélinda avait hélé son époux avant de se jeter dans ses bras. L’effarement, la peur, l’inquiétude, tout ceci l’avait enveloppé avait une vigueur si forte, avant même qu’elle ne prononce le prénom de leur fille que Preminger en était resté saisi. Puis, tout avait changé, à jamais. De la course folle du père, les jambes fortes le portant au-delà de son vacillement intérieur, jusqu’à leur abandon à genoux lorsqu’il avait aperçu cette scène si vive qu’elle donnait à l’inverse l’envie à Preminger de s’enfuir à toutes jambes. Jamais encore, les volontés puissantes des deux ne s’étaient autant dissociées. Mais un hoquet d’horreur avait parcouru le ministre lorsqu’il avait compris qu’il en restait profondément impuissant et prisonnier, quand bien même son esprit tentait de combattre la volonté de Connor. Il n’était pas possible de combattre une telle souffrance. Connor se trouvait désormais, bien trop affecté pour que son esprit ne puisse être submergé par un corps étranger… Et le Maire de Storybrooke se trouva borné, paniqué à observer l’enfant de Connor s’agiter dans une démence folle et sourde sur le sol de son domicile, la bouche baveuse.
Dans sa jeunesse, l’ancien conseiller ne se remémorait que trop bien les maladies les plus impressionnantes auxquelles il avait pu être confronté de près ou de loin. Mais celle qui tordait l’enfant de Connor dans des convulsions sporadiques, la bave aux dents était de loin la plus impressionnante… Si seulement il pouvait détaler ! Ne serait-ce que tourner les talons. Il ne voulait rien d’autre que d’être loin… d’être….
Dans un bruit net, les genoux de Connor avaient heurté le sol avec violence, sans même que son propriétaire ne s’en soucie. L’ancien ministre avait senti son coeur se contracter d’une terreur nouvelle, alors que l’autre s’abaissait jusqu’à sa fille, tentant de maintenir sa tête loin du sol, tendrement…
- « Ne la touche pas, IMBÉCILE ! » avait-il hurlé son hôte. Et il s’était reclus au maximum de son être, terrorisé.
La contamination ne pouvait pas le toucher… Non, elle ne le pouvait. Il n’était que le Passager. Mais un doute absurde lui tordait cependant les boyaux, alors que son esprit lui rappelait à quel point l’enquête tournait court… Les adultes avaient beau être moins touchés, ils pouvaient l’être. Si cette enfant le mordait ou que savait-il… Il détestait la maladie, non la HAÏSSAIT. Depuis sa plus tendre enfance, il n’avait jamais redouté que cela, le terrassement inéluctable de la fièvre ou la désintégration viscérale de sa beauté par la peste… Pourquoi lui imposait-on cela ? Et pourquoi en plus, suffoquait-il d’une douleur nouvelle et pourtant si profonde ? Ses yeux se superposaient à ceux, noyés par les larmes de Connor, mais le coeur qui battait à perdre à haleine n’était pas le sien, quand bien même l’affliction l’aveuglait et il ne parvenait pas à échapper à l’enfant.
Connor avait hurlé. La peur, la terreur même l’oppressait. Mary… Mary. Cela ne pouvait pas être Mary. Non. Pas sa fille, pas sa vie. Pas elle ainsi, à moitié agonisante entre ses bras, la bave dégoulinant sur le menton, ses yeux si beaux et bons tournant sans sens dans ses orbites. Pas Mary non. Pas après tout cela. « Pourquoi mon Dieu, pourquoi ? » Pourquoi devait-il encore payer ? Payer son incompétence. Payer pour les maléfices qui entouraient cette ville.
- FAIS QUELQUE CHOSE !!!! VITE !!!
A cet instant précis, un sentiment qu’Erwin connaissait bien vrilla le cœur des deux hommes. La rage sourde. Comme il en voulait à Albert de rester planter là, sans réaction, alors que sa fille, sa nièce sursautait follement entre ses bras. Comme il en voulait à Albert de savoir tant se battre pour les autres, pour les prostrés, les fous, les coupables… mais de rester toujours les bras ballants ainsi quand il s’agissait de son sang… La vague culpabilité que cela remua en lui, lorsque son frère détala dans l’obscurité lui fut même arrachée. Là, il n’y avait que Mary. Que Mary qui comptait et les pleurs de Melinda sanglotant non loin de lui.
- Courage, Mary… Je te promets... cela va aller »
Il releva vers le plafond son visage baigné de larmes, sentant l’eau dégouliner jusqu’à son cou et jusqu’au visage de sa fille. Implora. Mary ne pouvait pas mourir. Non… Que Dieu lui donne la force de la sauver…

Le décor s’estompa au plus grand plaisir d’Erwin. Rien que cette première séquence avait été des plus éprouvantes pour Preminger, le ministre s’estimant heureux de s’y voir arraché. Mais la scène où il se retrouva ramené n’avait rien à envier à la première. Bien au contraire… La souffrance que Connor ressentait le suffoquait à présent jusqu’à l’étouffement et il se pris à chercher et souhaiter posséder un corps différent pour vérifier si son propre coeur ne risquait pas de rompre avec celui du policier… Le rythme cardiaque de ce dernier se trouvait vraisemblablement beaucoup trop haut et les pulsations lui vrillaient les sens… Et pourtant, Connor semblait être en apnée. Dans une prostration totale et terrible, le visage abaissé sur les lèvres de sa fille. Sa poitrine se secouait de vagues, sa bouche exhalait des mots dont Preminger même ne discernait aucun sens. Il n’y avait rien. Rien d’autre que la terrible Douleur et le vide infini. Preminger n’avait jamais ressenti cela. Pour personne. Et cette expérience l’horrifiait, tout en le chargeant de hauteur et d’incompréhension… Ainsi, c’était cela...aimer et perdre. Il le découvrait en même Temps que Connor l’atrocité de la privation ultime de ceux que l’on chérissait. Mais l’observait de loin avec une stupéfaction muette. Comment diantre pouvait-on se mettre dans un tel état pour une autre personne ? Comment pouvait-on aimer autrui autant que cet amour était prêt à nous disloquer d’un simple battement de coeur ? Connor ne respirait plus, il survivait malgré lui, noyé dans ses larmes, la tête remplie des dernières minutes, atroces et amères, de la vie de sa fille. Il pleurait son rayon de soleil, ses cheveux d’or, sa vivacité. Il pleurait sa bonté, ses rires, sa manière aussi de piquer des colères sourdes parfois. Il sanglotait sa manière de lacer ses bottines, toujours mal, manquant toujours de tomber ensuite. Il regrettait déjà la manière qu’elle avait d’enlacer ses frères ou de poser ses petits doigts frêles et parfois encore coulant de confiture autour de son cou. Mary… Mary ! Comment était-ce seulement possible ? Non. NON ! Elle ne pouvait pas se trouver là, fiancée de la mort, fauchée si jeune, si fraîche encore ! Elle aussi délicate et lumineuse qu’un épi de blé prêt à s’élancer dans la vie. Elle ne pouvait pas leur avoir dit adieu de la plus atroce des manières.. Elle ne pouvait pas avoir renoncé à vivre… Elle allait s’éveiller. Les pleurs qu’il lui versait sur le visage lui permettrait de se remettre. L’eau salé de sa souffrance la ramènerait de la Mort. Mais il n’était pas Dieu et Dieu dans sa miséricorde avait voulu qu’elle ne souffre plus. Dieu avait voulu leur enlever. Pourquoi ? Au Ciel, pourquoi ? Pourquoi était-il frappé de ce châtiment ? Pourquoi le forçait-on à expier de la pire des manières la mort de ces gens, de ces citoyens qui comptaient sur lui. Combien encore allait-il devoir enterrer ? « Peu importait » criait son subconscient, tant qu’on lui rendait sa fille. Tant qu’on épargnait encore sa famille. Mais il regrettait ses paroles, regrettait son égoïsme qui pourtant lui paraissait normal. Il s’en voulait. Se pris la tête dans ses mains, voulant hurler à la mort. Ne sortit de ses lèvres qu’un gémissement sourd et inarticulé. Pourquoi ? Mary pourquoi ? Pourquoi ne pouvait-il seulement prendre sa place ? Il aurait mieux valu pour tous qu’il se trouva là. Lui, à sa place. Pour Melinda, Mary et ses frères. Il était adulte, il avait vécu une belle vie. Elle ne demandait qu’à vivre. Puisqu’il n’avait pu la sauver, les sauver tous, il devait expier ses fautes. « Père, donne-moi le mal qu’elle vit… Donne-le moi, je suis plus apte à le porter ». Il l’avait si souvent supplié en ce sens… Et à présent, elle s’en était allée. Là où elle ne souffrirait plus. Là où le Malin ne pourrait l’atteindre. Il avait peut-être joué de ses sens, de son état, l’âme de Mary était pure. Elle n’avait pu se corrompre au Mal. Il s’était redressé un peu… Il lui semblait… Des coups. Quelqu'un martelait le bois… La porte. Tout semblait s’imposer à Connor sous le filtre d’un voile inconnu… Embrassant maladroitement Melinda et Mary dans un dernier sanglot étouffé, il s’était redressé pour tenter de rejoindre la porte. Au plus grand plaisir de Preminger. Si le ministre contemplait d’ordinaire chaque démonstration de souffrance ou d’amour quel qu’il soit avec un dédain assumé, il devait admettre que le vivre du plus profond de son être le rendait pour le moins stupéfait et atéré. Quelle atrocité que ce sentiment ! Comment diantre pouvait-on se détester au point de se laisser souffrir ainsi pour autrui ? Comment pouvait-on placer autrui sur un tel piédestal ? Il le souhaitait pour lui et tirait, d’une certaine manière, plaisir à savoir, à présent, la puissance qu’il pouvait avoir sur les autres, lorsqu’il comptait pour eux… Mais se promettait de ne jamais céder à de tels écarts de pathos et d’attention. Il lui semblait que l’amour torturé de Connor lui amplifiait les sens, jusqu’à s’intégrer en lui… Et pourtant Isaac, se trouvait plongé dans le coma artificiel dans lequel il l’avait mis. Y penser le rassura. Il n’y ressentait encore aucune détresse physique, aucune douleur dramatique à cette évocation. Il ne désirait pas que son fils puisse en mourir pour autant. Mais il ne ressentait et ne ressentirait pas cette douleur si cela se produisait. Et le savoir le rassura. Cela ne l’atteignait pas… Pas autant qu’il pouvait le redouter, quand bien même son corps se secouait des mêmes spasmes que ceux de Connor. Il était différent, il ne possédait pas la fibre paternelle...et au-delà même ce don de soi. Une souffrance était si puissance qu’elle pouvait faire vaciller la force, les convictions, tout. Elle détruisait. Il ne pouvait pas être détruit. Il ne se laisserait pas détruire.
Quand était-il d’Alexis ? Le visage de la jeune femme lui avait sauté aux yeux à la minute où la porte avait révélé le visage d’Albert. Non. Non. Il chassa les craintes que les remarques d’Hera, sa sensibilité à son encontre avaient pu faire ressortir. Jamais, jamais il ne se laisserait souffrir ainsi.
Connor vacilla, s’effondra tout bonnement dans les bras d’Albert. Naturellement. Cela lui avait semblé, simple, facile. Albert, au-delà de ses fragilités, était fort. Et il était son frère. Les liens du sang possédaient une force indéfectible.

Connor s’était effondré dans les bras de son frère, et une nouvelle fois, l’expérience avait tiré Preminger de cette séquence à sa plus grande joie… Lorsqu’il émergea une nouvelle fois, un bruit sourd vrillait ses tympans avec une violence qui poussa Connor a s’apposer ses mains sur les oreilles, pour tenter d’en camoufler l’impact. Un mal de tête violent s’incrustait dans son esprit et la pièce, s’agitait anormalement sous ses yeux. Mécaniquement, il cligna des paupières, tentant d’immobiliser le lieu. Le bruit semblait s’accentuer et ce fut Preminger le premier qui l’identifia. Ce n’était qu’un frappement de porte. Comme dans la scène précédente, même si Connor réagissait avec davantage de lenteur que dans son pic de douleur le plus viscéral. Cette fois, la souffrance l’imbibait, assourdie. Il se leva, retint un gémissement lorsque la pièce tangua davantage sous ses pas hésitants et ralentis, alors qu’une nausée très forte montait en lui. « Ma parole, le voici ivre » songea Preminger avec dépit.
Il ne connaissait que très peu cet état pour ne jamais l’avoir pleinement expertisé, mais avait suffisamment pu le voir sous des visages extérieurs pour ne pas faire le lien. Ce qui expliquait la douleur latente, comme mise à distance, qui pulsait pourtant dans ses veines et ne portait qu’un seul prénom. Mary. Mary. Mary…
Vlan. Dans un juron grommelé, le visage de Connor grimaça, à l’instar de Preminger. Il venait de heurter le rebord de la table et s’était retenu de justesse pour éviter de tomber de tout son long. N’était que le pot de beurre qui s’était visiblement renversé, et qu’il s’empressa de redéposer en hâte sur la table, non sans retenir une nouvelle nausée.
Dans une grimace, il était cependant parvenu jusqu’à la porte, où il ouvrit à un Albert, penché sur le seuil.
- « Je...je… » les mots lui manquaient, le cerveau tournant au ralenti et l’absence de sens lui sautant au visage « désolé pour l’attente » finit-il par articuler.
Albert lui avait rendu un sourire timide et gêné en le dévisageant
« Je n’ai pas attendu, t’en fais pas… mais il faut que tu sortes de là… Notre frère nous a proposé de venir lui rendre visite. Rince-toi, habille-toi et allons-y… »
Le regard qui pesait sur lui était clairement inquiet, mais Connor ne le percevait même plus, anesthésié par la douleur. Il avait ouvert, largement, trop largement les bras,
« Rentre alors, fais comme chez toi… Il y a… »… Il avait désigné la table, rougissant presque
« Ne fais pas attention. Je viens de ramasser, c’était tombé. Mais tu peux te servir à boire, si tu le veux en attendant, il en reste... » il avait levé la bouteille, pour mieux jauger sa quantité à la lumière du jour découverte par la fenêtre principale, plissant les yeux, abasourdi par la lueur, « ...plus grand-chose, mais bon… Enfin, fais comme chez toi… Je vais… essayer d’avoir l’air convenable ».
Une raillerie avait pointé dans son ton, alors qu’il haussait les épaules. Visiblement, il s’en fichait comme d’une guigne et le ministre crut déceler qu’il aurait ressenti une ironie provocatrice à se présenter dans cet état…
Albert l’avait observé, regardant la table un peu gêné. Il entra avec la même gêne et fini par s’asseoir sur l’une des chaises comme craignant d’en casser une, le remerciant poliment en mettant un stop léger de la main :
« C’est gentil, merci… mais je n’ai pas soif… Il est encore un peu tôt pour ça ».
Il n’avait pas voulu le juger, lui avait sourit. Toujours cette même gêne… Cette volonté, aussi de lui préciser que cela n’était pas pour autant normal. Il portait en lui, la même douceur qu’Alexis, songea Erwin, dans sa manière de considérer les autres avec bienveillance et avec volonté de ne pas les brusquer, lorsqu’elle percevait leur souffrance… Cependant, le ministre avait relevé le soulagement que son hochement de tête avait trahi lorsque Connor avait évoqué le fait de se changer.
- « Il est possible que Sean est une piste... pour... tout ça. » Albert avait monté la voix, Preminger supposa que c’était pour être sur que son frère l’entende. Connor se figea, sur le qui-vive. Une piste ? Etait-il remonté jusqu’à la sorcière ? « Il m'a dit qu'il avait quelque chose d'important à me dire... je me dis que ça pourrait t'intéresser aussi et ça te fera un peu prendre l'air. »
– « Ah oui ? Je suis convié ? Sean ne donne même pas l’impression de penser que cela pourrait m’intéresser… C’est toi qu’il veut voir. » affirma-t-il, renfrogné, en haussant les épaules. « A moins que moi, je n’ai pas besoin d’être convaincu » Il se retourna subitement, saisissant brusquement la bouteille avec une rage contenue. Les mots de son frère lui revinrent en tête. Il était trop tôt pour boire. « Il était trop tôt pour beaucoup plus grave. »
Mary étendue sur le parquet. Mary dans son petit linceul blanc…
D’un geste vif, il décapuchonna la bouche, presque pressé d’en avaler le résidu au goulot. Feignait-il pour agacer son frère, dans la rage du moment, ou avait-il réellement besoin de ce liquide ? Preminger penchait presque pour la première hypothèse. Connor avait beau être ivre, une colère latente courait dans ses veines. Il contemplait le Monde avec les yeux de l’injustice et de la vengeance.
- « Mais non, ne dis pas de bêtise, il veut te voir tout autant que moi… C’est juste que... » Albert s’était levé et d’un mouvement rapide, saisit le haut de la bouteille des mains, tâchant de la lui reprendre. Connor l’avait crispée entre ses doigts, souhaitant presque qu’elle se brise avant et qu’elle ne le blesse. Au moins ressentirait-il peut-être une douleur différente… Une sensation différente.. « Juste que… « Vu les circonstances. ».
Vu La Mort. Vu Mary. Mais personne n’avait le culot de le dire. Même Albert. L’avocat. Celui qui avait l’aisance des mots, bafouillait et contournait les problèmes. Comme toujours. Il refusait de voir la réalité en face. A la différence de Connor. Lui y avait été confronté dès l’enfance. C’était lui qui avait du assumer la mort de leurs parents après tout, le poids de la famille, le poids de la responsabilité de la sécurité de son frère, puis de sa famille, puis de la ville… Puis le poids des morts de Salem. Jusqu’à la mort de son éclat de soleil.. Sa main finit par se desserrer de la bouteille, alors Albert la reprit
- « Il a pensé que tu aurais peut-être envie d’un peu de repos… qu’il valait mieux te laisser tranquille. C’était de la gentillesse de sa part, rien de plus… Mais je voulais voir si tu étais d’attaque, tu as l’air de l’être, alors allons-y d’accord… Toi et moi... »
- « Du repos ? » Comme le Monde était cynique. Innocent, songea le policier dans un spasme de souffrance. Que savait-il du repos qu’une famille en deuil pouvait avoir ? Comment trouver le repos lorsque la souffrance en crispait chaque membre ? Des pleurs de ses enfants qui ne comprenaient qu’à peine le départ définitif de leur sœur et dont l’état avait traumatisés, à Mélinda qui retenait ses sanglots devant eux et qui le soir n’en trouvait pas le sommeil… Comment trouver le repos lorsque l’on connaissait le coupable ? Lorsque chaque nuit s’écoulant nous ramenait son visage jusqu’au creux de nos cauchemars ? Comment trouver le repos lorsque l’on s’accusait des événements, regrettant son inaction, sa faiblesse…
– «  Comment pourrais-je seulement être apaisé ? » Son rire s’était élevé cynique « Bien… Puisque je suis assez décent pour être convié...allons-y... »

Il n’avait que pris la peine de se vêtir « correctement ». Une chemise, quelque peu tâchée, et un pantalon de toile marron avait fait l’affaire et Albert s’était bien gardé d’un commentaire complémentaire. Preminger était particulière horrifié par cette apparence et se serait bien chargé de le dire, cela lui aurait permis d’exorciser quelques crispations de cette expérience, mais puisqu’il n’avait pas droit à la parole…
Les deux frères avaient marché, silencieusement vers la grange des stocks. Chaque bouffée d’air semblait blesser les poumons de Connor. L’alcool lui tournait la tête, la douleur lui vrillait le coeur.
Sur la route, après un long moment de marche silencieuse, Albert finit par demander
- « Qu’est-ce que tu voulais dire par « je n’ai pas besoin d’être convaincu ? »
Connor n’offrit à son frère qu’un regard en biais, s’abîma davantage vers le clocher qui se découpait dans l’horizon. Le soleil s’y cachait derrière et quelques uns de ses rayons se divisaient, parant le ciel de couleurs diverses… L’une d’elle, un orange doux contrasta avec la vision flamboyante d’une chevelure honnie.
- «  Que je sais la responsable de tout cela… » après un silence, Connor ajouta « Et toi ? Tu vas vraiment me dire que tu n’en n’as, encore, aucune espèce d’idée, Albert? »
Pour toute réponse, son frère avait soupiré en secouant la tête de gauche à droite
- « Non Connor… Je n’y crois pas… Et comment Sean le saurait-il ? Il ne l’a jamais rencontrée… Il ne peut pas nous convoquer pour ça ».
Connor demeura un instant, contemplatif, dans son silence. Pour une fois, il ne trouva rien à dire, pour la première fois, il se sentit seul.
- « Tu n’y crois pas. Juste cela.. » Le constat sonna amer dans la bouche de Connor. D’ordinaire, les frères allaient de paire. Ils formaient une équipe aussi soudée que le fer. Depuis combien de temps avait-il l’impression de se battre seul ? Qu’Albert avait pris un chemin différent… « Tu n’as jamais voulu envisager cette hypothèse. Au départ, je pouvais le comprendre, mais maintenant ? C’est une sorcière. Et ces phénomènes n’ont rien de normaux… Tu as raison, Sean l’ignore… Mais plus pour longtemps. Il est temps de leur dire. »
Les lèvres d’Albert avaient failli former son nom, mais s’étaient tues, et les mots qu’il avait voulu prononcer moururent sur ses lèvres… Mais à la fin de son affirmation, Albert s’était empresser de se poster devant lui, déposant ses bras contre ses épaules poser devant lui, alors que son visage suppliant se pressait devant sa vue :
– « NON ! Connor, non ! On peut pas lui dire, c’est trop risqué! Nous ne sommes pas sûrs et même si tu l’es qu’est-ce qui se passera pour nous, tu y as pensé ? Pour ma famille ? Pour la tienne ? Ta femme ? Tes fils ? Ils nous considérons complices… ils nous condamnerons… »
Complices ? Oui… Il y avait pensé… Bien sûr que le Monde les verrait comme tels. C’était ce qu’ils étaient après tout. C’était l’une de ces certitudes qui le reveillait la nuit, d’un de ses nombreux cauchemars où il trouvait Pandora ployée sur le corps de Mary, derrière elle, un amas de cadavres des citoyens de Salem… Ils étaient devenus complices du Mal. Pas volontairement, non… Mais … Ils étaient coupables.
– « Peut-être que ce ne serait que ce que nous méritons, Albert ! De combien de morts, sommes-nous responsables ? »
C’était la première fois qu’il le verbalisait et Erwin sentit la libération qu’il en ressentit… Il l’avait dit. Il le pensait. Il pouvait mourir pour expier ses fautes, sa douleur. Et même s’il aimait Albert. Il lui en voulait. Lui aussi avait été fautif. Trop naïf pour se méfier. Mais lequel des deux était le plus coupable ? Celui dont la culpabilité était due à la naïveté ? Ou celui qui avait choisi d’éteindre sa méfiance ? C’était lui assurément.
Albert avait soufflé, se touchant nerveusement la moustache. La panique pointait de toute les pores de son corps.. Nerveusement, ses mains s’étaient renfermées sur celle de son grand-frère, les pressant :
– « Ecoute. Fais moi confiance une dernière fois, c’est tout ce que je te demande. Ne lui dit rien. Laisse moi une dernière chance d’élucider tout ça. Si elle est coupable je te promets que je t’aiderai à la condamner, je serai en première ligne à tes côtés mais s’il y a encore une autre solution… laisse moi juste une dernière chance de la trouver. Une toute dernière. Ne dis rien… »
Connor contempla son visage inquiet. Il aimait son frère… Et céda.
- « C’est la dernière fois, Albert. » affirma-t-il cependant, posant son regard droit et sévère dans celui de son petit frère, durement, « J’ai sacrifié trop de monde en attendant que tu n’ouvres les yeux. Parce que je te faisais confiance. A toi qui préfère la croire, plutôt que moi. » cela sonnait comme une accusation et le Connor le regrettait autant qu’il ne pouvait pas s’empêcher de le penser aussi et d’en vouloir à son frère pour cela. « Alors, cette fois, c’est la dernière fois. Je ne laisserai pas la mort de Mary impunie, dois-je y trouver le repos éternel. »
Albert avait hoché la tête, d’un air grave et entendu, puis d’une voix douce, si basse que le ministre eut l’impression qu’il ne parvenait pas à le verbaliser plus haut de crainte de ne raviver la colère de Connor s’il l’affirmait avec trop de force :
– "Je ne la crois pas plus que toi, je te le jure. Je veux juste la vérité. Si quelqu'un doit payer pour Mary, alors je veux faire en sorte que cette personne soit celle qui le mérite."

Ils arrivaient déjà au niveau des hangars, là où posté à côté de la porte principale, Sean les attendait, les bras croisés. Preminger remarqua la surprise qui peignit ses traits lorsqu’il aperçut son hôte, qui le remarqua aussi, mais bientôt un contentement gagna et ses traits. Après leur avoir accordé une poignée de main sympathique, il leur ouvrit la porte de la grange, précisant :
– « Quand j'ai vu ça, j'ai tout de suite pensé à vous prévenir... je ne dis pas que ça a un rapport mais c'est tout de même une sacrée coïncidence. »
Il entra, les laissant à l’extérieur, revint les bras chargé d’un sac de grain qu’il veilla à exposer à la lumière, aux pieds des deux frères :
— « J'ai commencé à voir qu'il y avait un truc qui clochait quand j'ai déplacé les premiers sacs... Comme chaque année, à cette période, on commence à réorganiser le stock, à faire de la place pour les nouvelles récoltes de septembre. Et quand j'ai commencé à les déplacer, je me suis rendu compte que ces sacs là étaient... humides. Pas juste humides de façon habituelle, mais plutôt, mouillés. Regardez, touchez ici... » Il leur montra un endroit du sac, particulièrement humide… De ce qu’en voyait Preminger l’eau semblait avoir imbibé la toile de jute et séchait par endroit… Mais rien ne semblait avoir aspergé le sac… Comme si l’origine de l’humidité venait du contenu lui-même du sac.
Connor s’était penché, pour mieux observer. Il ne pouvait pas nier que cela était étrange. Devançant son frère, il pressa ses doigts sur la toile… sentit l’humidité imprégner ses doigts…
– « Poisseux… » constata-t-il en pressant l’eau entre l’index et le pouce « L’humidité de la grange aurait pu les atteindre ? Penses-tu à un sabotage ? »
Pandora était-elle venue empoisonner les récoltes ? Cela lui semblait curieux, mais peut-être qu’un membre jaloux de la ville l’avait fait. Après tout, les tensions entre les deux parties de la ville ne s’étaient en aucun atténuée dans ce climat de terreur… Mais, il ne parvenait malgré tout pas à faire le lien avec le Mal qui les rongeait tous… La sorcière avait su si habilement pervertir les esprits et si aléatoirement… qu’il l’imaginait mal à se livrer à un petit jeu si basique…
Sean secoua la tête de gauche à droite :
– « Non… nous avons eu un hiver très froid et humide... le bois a prit l'eau un peu partout..." Il posa sa main sur un panneau de la grange. "Si l'habitat était humide, alors les récoltes l'ont été aussi et maintenant qu'il fait plus chaud, l'eau ruisselle... C'est là que j'ai compris..."
Il entra dans la grange à nouveau, alors qu’Albert échangeait un regard intrigué avec son frère. Lui aussi ne comprenait-il rien à ce petit manège ? Même le ministre observait l’ensemble avec un froncement de sourcils curieux. A quoi cela rimait-il ? Pourquoi l’Ordre les laissait-il s’intéresser à cette petite enquête de paysans ?
Au bout d’un petit moment, Sean en ressortit, quelques minutes après avec un sac sur l'épaule et l'ouvrit d’un coup sec. Alors qu’il se penchait pour observer les récoltes, Connor nota l’aspect des gains : germés et moisis, certains n’avaient même plus la couleur qu’ils étaient censé avoir et une forte odeur rance sortait du sac, provoquant un haut le coeur au policier, qui tangua malgré lui. L’alcool n’aidait rien et cela rendait l’estomac du policier bien plus fragile qu’ordinairement. Celui du ministre n’avait jamais eu besoin d’alcool pour se révéler délicat… S’il était malade pouvait-il rendre Connor malade à son tour ?
Connor inspira une grande bouffée d’air frais, pour lui ou pour Preminger…
– « Ca... c'est ceux qui sont tout au fond de la grande, les plus anciens donc, les premières récoltes de l'année dernière voire les dernières de l'année précédente. Plus on avance dans la grange plus c'est humide... et comme ce sont des anciennes récoltes, ce sont les moins chères et... celles utilisées en priorités..."
Alors que le teint du ministre virait au blanc, Albert eut un air de dégoût :
– "Tu veux dire que nous avons mangé de ça ?"
Sean secoua la tête de gauche à droite de nouveau
– "Non... un sac comme ça, on l'aurait directement brûlé... mais un, un peu moins abîmé…"
Si Preminger aurait pu s’émouvoir grandement, Connor avait l’esprit plus pratique et le coeur et l’estomac plus accroché.
- « Effectivement, cela n’est pas ragoûtant et cela pourrait rendre malade beaucoup d’entre-nous, il faudra veiller à l’avenir, davantage, pour éviter d’aggraver l’état de notre population.. Mais en quoi est-ce une coïncidence ? »
Il ne parvenait pas à comprendre en quoi Sean trouvait cela si important et si lié… Pourquoi cela valait-il le coup de les appeler pour leur faire voir cela s’il pensait que tout était du à un phénomène naturel ? A quoi bon ? Une part de lui s’en irrita presqu’un peu. Il avait cru… tenir le coupable. Mais pourquoi avoir mis ses espoirs en Sean ? Il savait déjà qui était la coupable. Tous ses efforts pour tenter de s’en écarter n’était que des excuses que se cherchait son cerveau… voilà la réalité…
Albert s’était tourné vers lui, un peu abasourdi par la question. Vraisemblablement lui, en revanche semblait avoir compris où Sean voulait venir. Et il avait énoncé avec le calme et la pédagogie qu’il utilisait pour ses clients récalcitrants :
- « Ce sont les récoltes de l’année dernière. Ce qui veut dire que nous n’avons pas vraiment épuisé tout le stock pendant l’hiver mais que nous avons mangé de cela… L’humidité a commencé à la fin de l’été, vers la mi-septembre. Les pleins cas ont commencé en plein hiver, il est possible que nous avons consommé des plantations germées….et... »
Oui cela, même un aveugle aurait pu le deviner » songea Preminger avait un haussement d’épaule mental. Albert s’était brusquement illuminé, comme soudainement pris d’une réalisation, que Connor redoutait
– « C’est CA qui aurait rendu les gens malades !!! Les récoltes les moins chères sont utilisées par les plus pauvres et les boulangers...les gens qui sont tombés malades sont ceux qui sont les plus pauvres !!! Et les enfants...les enfants vont chercher leur brioche chez le boulanger pour leur goûter ! Mon Dieu, c’est CA ! Nous avons été intoxiqués, ce sont les récoltes qui sont en cause ! »
Sean avait hoché la tête lentement d’un air entendu, il le pensait…ce qui ne l’empêcha pas de rectifier
- « Pas les récoltes...le stockage du à notre hiver humide ».
Connor les avait observé, l’un après l’autre abasourdi. Sean qui hochait la tête vigoureusement et Albert qui semblait revigoré, se penchait de plus en plus vers les grains, il parlait seul, ne se redressa que pour demander à voir de lui-même dans la grange, l’état des dégâts, ce que Sean accepta d’un signe de tête…
Connor lui resta seul, observant le sac de blé, choqué. Comment ces derniers pouvaient-ils penser cela ? Il avait déjà vu des maladies. Assisté à des empoissonnements mêmes, dans les très rares affaires criminelles qui avaient couvert la ville, rien, RIEN n’avait pu un temps soit peu ressembler à cela. Ces crises… N’avaient rien d’humain. Il avait longtemps cherché la cause du côté de la rationalité, tenté de rejoindre les points communs entre les affaires… N’en n’avait relevé qu’un seul : l’arrivée de Pandora. Celle qui possédait la magie et n’avait pas agit pour les aider. Celle qui ne s’était pas qualifiée comme une fée, une magicienne ou même une diseuse de bonne aventure mais bien comme une sorcière. Les sorcières s’acoquinaient avec le diable… Et qui savait, hormis des forces supérieures, de quel monde elle était issue ? Peut-être venait-elle tout droit des Enfers ?
Il contempla un instant le sac devant lui, la production avait germé. Oui. Il ne pouvait pas nier les effets que cela avaient pu provoquer chez ceux qui avaient ingéré ce truc fermenté… Des vomissements sûrement, des empoisonnements et des infections, c’était certain. Mais des délires ? Des actions comme des gens possédés ? Non. Cela n’avait aucun sens.
- « Je...Cela me semble peu probable » finit-il par émettre après un temps de silence. Euphémisme. Il trouvait cela ridicule même. « Jamais une maladie n’a fait se tordre des gens, ni les a fait hurler de douleur dans la bave » une image de Mary éthérée, se gesticulant et éructant de douleur dans ses bras, les yeux fous, surgit sous ses yeux. Il inspira bruyamment, s’essuyant les paupières d’un revers de manche, rageusement « Cela serait absurde ! Ce n’est pas possible ! Pas possible !!»
Mary ne pouvait pas être morte d’une pauvre brioche germée. Une brioche comme celle qu’elle mangeait ordinairement ! Ou qu’elle couvrait de confiture… Elle se serait plainte du goût, au moins, l’aurait jetée si elle y avait trouvé un défaut… Cela n’avait pas de sens ! A moins qu’elle ne l’avait gavée de confiture… Non. Non. Cela n’avait juste aucun sens. N’importe qui savait reconnaître les symptômes d’une maladie, même le médecin qui les avait examiné, s’était signé et s’était empressé de les déclarer possédés. Cela n’avait aucun sens.
Albert avait du entendre son exclamation, puisqu’il passa la tête de la grange, semblant tomber des nues en le voyant réagir ainsi :
– « Et si c’était une nouvelle maladie ? Nous ne savons que ce nous connaissons sur les maladies, nous n’avons pas l’habitude de manger du grain mélangé à des champignons, peut-être que cela le peut...on doit sans aucun doute d’abord tenter d’investiguer, faire des analyses, et... »
- « Albert pour l’Amour de Dieu !!! Ecoute-toi parler ! C’est insensé ! Cela t’arrangerai que ça se passe comme cela, mais ce n’est pas possible ! » cracha-t-il de colère. « Même les pires maladies comme la lèpre ou la peste n’ont jamais produit de tels effets ! Au pire, nous serions morts empoisonnés ! Nous ne délirerions pas, en proie à des transes ! ».
Il aurait pu se calmer et du se calmer. Mais Connor avait toujours été sanguin. Et à présent, il se trouvait en souffrance… Et la bonté naïve de son frère ne lui paraissait plus aussi attendrissante et même parfois enviable, mais bêtement niaise à présent… Il crispa les poings, rageusement
- «  Pourquoi ne veux-tu PAS comprendre ? Parfois, les hommes sont mauvais Albert Tout ne s’explique pas toujours par des faits ou de la science ! Les hommes tuent, volent, se poignardent, s’empoisonnent ! Ce n’est pas parce que tu passes ta vie à les défendre que cela excuse leurs actes ou qu’ils ne les commettent pas ! J’avais cru au moins que tu aurais su mettre cet instinct d’excuse de côté lorsqu’il s’agirait de ta famille ! Visiblement ce n’est pas le cas ! »
Albert avait ouvert la bouche, Connor l’avait devancé. Il ne voulait pas l’entendre. S’il l’entendait encore, il ne saurait pas ce qu’il serait capable de faire. Il voulait seulement qu’il se taise. Qu’il arrête de trouver des excuses, des idées, des hypothèses. Qu’il voit le Monde tel qu’il était ! Noir. Et qu’il voit P andora comme elle était : mauvaise, malveillante, cruelle. Pourquoi la culpabilité d’une étrangère lui semblait-elle plus inenvisageable qu’un champignon dans du blé ? Pourquoi est-ce qu’il préférait ne pas le croire ? Il avait déjà perdu Mary, comment Albert pouvait-il être aussi insensible à préférer s’abîmer dans des rêveries que de voir la réalité en face ?! Comment pouvait-il nier l’évidence C’était insultant pour la mémoire de sa nièce, insultant pour Connor….insultant pour sa famille… C’était comme la tuer une nouvelle fois.
- « Tout ce qu’on fera en creusant cette piste, c’est perdre du Temps, que l’on n’a PAS ! Mary est MORTE ! » cria-t-il en le pointant de l’index « Ta nièce ! Ton sang ! Et combien de morts encore pour cette fausse piste sans sens ? Tout ce que tu fais c’est LUI donner du Temps! Je vais finir par croire que tu es aussi responsable qu’elle !
crackle bones

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La famille est un lieu où tout le monde vous aime, peu importe comment vous êtes, ils vous acceptent pour qui vous êtes.

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Erwin Dorian
« If the crown should fit, then how can I refuse? »

Erwin Dorian

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- Pour ma victoire? C'est adorable, trésor... Même si en toute modestie, je dois admettre, qu'au-delà de cela, je suis un prestigieux modèle pour mes concitoyens"
(Alexis pense-t-elle qu'il est parti trop loin? Sûrement! On approuve)

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| Conte : Coeur de Princesse/Le Prince et le Pauvre
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I put a spell on you
“Le jour de la fête des morts donne à chacun le sens de la vie.”


Connor était parti fou de rage…Et Preminger n’eut même pas le temps de reprendre son souffle que le décor changeait déjà. La lumière du jour semblait s’être ternie, et quelques étoiles égermaient dans le ciel. Etait-on le même jour, Preminger ne pouvait en être sûr, mais c’était vraisemblablement le crépuscule. Tournant la tête, il aperçut qu’il se trouvait dès à présent en bordure des bois. A proximité de chez Pandora ? Le soupçon vrilla l’esprit du ministre, alors qu’il songeait à l’état de nervosité et de colère dans lequel son porteur se trouvait encore, il y avait peu. Mais non. Il avait reconnu les contours de la maison, la sienne et sentit le mouvement avant même de pouvoir tressaillir. La bûche de bois qui se trouvait devant lui se scinda en deux sous les yeux du ministre, sous l’impulsion de sa hache. Visiblement, Connor avait trouvé un moyen productif d’expier sa colère. Fermant les yeux, Preminger prit le temps de ressentir son porteur. L’expérience lui avait appris, progressivement les méthodes permettant de se relâcher pour donner prise à celui dont il empruntait le corps et le ressentir plus vivement.
Visiblement, ce dernier allait mieux. Même s’il le trouvait toujours tendu et si les traces de l’alcool assourdissaient encore un peu ses mouvements – quoique Erwin eut été incapable d’en reproduire l’effet même sobre- ce dernier semblait davantage plus conscient même si ses mouvements demeuraient rageurs. A en juger par ses mouvements, quelques peu raidis, et au tas qui s’était amoncelé, il effectuait cette tâche depuis un petit moment. Comme en prenant conscience, Connor posa son arme, le temps de s’essuyer le front, rendu humide par l’effort, tâchant de calmer son souffle. Tout était si calme… Les oiseaux dans le lointain livraient leurs derniers chants avant la nuit pleine et le lieu frémissait des bruits assourdis du bois alentour.
Brisant cette harmonie naturelle, une branche de bois craqua à proximité et Connor se tendit les sens en alerte, aux abois, une main sur la hache, prête à la saisir. Tournant la tête, il vit émerger dans son champ de vision la silhouette frêle mais alerte de son frère. Un agacement courroucé se déversa dans son corps, le raidissant.
- « C’est Melinda qui t’envoie ? » interrogea-t-il de mauvaise grâce en direction de son frère.
Déjà il détournait son regard, reprenant sa hache et sa besogne, la mâchoire contractée.
Albert arborait les mêmes vêtements qu’auparavant, aussi l’esprit du ministre parvint sans peine à reconstituer les éléments manquants : Connor avait du rentrer dans une rage noire chez lui et sa femme, peinant à adoucir sa colère avait du lui conseiller de quitter la maison le temps qu’il reprenne ses esprits. Il avait du alors trouver refuge ici, sous le patio, entre les bûches et les coups de haches. Avait-il bu à nouveau ? Ou les relents qu’il ressentait n’étaient que les effets de sa précédente nuit, cela, il ne parvenait pas à l’affirmer.
Outrepassant l’attitude renfrognée et agacée de son frère, Albert s’était avancé timidement, précisant :
- « Je serais venu de moi-même tôt ou tard... » Un rictus crispa avait parcouru le visage de Connor. C’était donc bien cela. « Il… il faut qu’on parle, Connor… Ce qu’on a appris, ce qu’il s’est passé après… Je sais que nous ne sommes pas d’accord mais je me disais...est-ce qu’on ne devrait pas tenter de contacter une nouvelle fois, Denvert ? Savoir ce que l’Ordre ferait dans un cas pareil ? »
Non sans laisser échapper un soupir, Connor figea la hache dans le socle de bois, secouant la tête de gauche à droite :
– « Albert… Si Denvert avait été en mesure de nous aider, il serait venu. Il ne viendra pas. » il l’avait asséné durement, plongeant ses yeux dans ceux de son frère « S’il n’est pas déjà mort, quelque chose d’autre, de plus important le retient au loin. Il n’y a que toi et moi. J’adorerai attendre et m’en remettre l’Ordre. Mais la vérité est que nous nous en sommes déjà remis à eux et que rien ne s’est produit. Si nous attendons encore, toute la ville pourrait s’en trouver décimée. »
A quoi bon attendre… Attendre était ce qui avait tué Mary. Attendre et espérer. Parfois, la rationnalité était bien meilleure conseillère. L’Ordre lui avait offert ses enseignements et Connor ne les mettait pas en doute. Il demeurait, même à présent, un converti fidèle aux principes qu’on lui avait inculqué. Mais concernant ses exécutants… Un français, qui plus est disparu. Il avait toujours respecté Jacques mais l’admiration qu’il éprouvait à son égard s’était ternie depuis les derniers événements. Chacun présentait à présent un voile sombre à ses yeux… Il n’était pas venu. Si la guerre ne l’avait pas retenu, c’était qu’il avait préféré les sacrifier à leur triste sort, les jugeant finalement peu importants.
- « Et si tu te trompes ? Si tu la tues et que la ville se retrouve quand même décimée ? ».
Il avait déjà pris la peine d’y réfléchir, bien évidemment. Se tournant vers son frère, il le dévisagea avant de formuler solennellement
- « Alors, j’endosserai la responsabilité de mes actes. Pour Mary et pour Salem »
Il n’avait pas cillé, s’était malgré tout préparé cette éventualité, quand bien même cette hypothèse lui semblait lointaine. Improbable. S’il condamnait une innocente, il paierait son accusation. S’il tuait une sorcière, il prendrait une vie, certes. Peut-être serait-il hanté par son geste, car l’Ordre ne disait-il pas que prendre une vie n’était jamais gratuit et que les conséquences en poursuivaient toujours l’auteur ? Mais quand bien même, il renverrait cette créature à l’Enfer auquel elle appartenait. Mary serait vengée. Et au-delà, la ville survivrait… Il ferait ce qu’il fallait même si cela signifiait d’en porter le poids.
Il sentit la poigne apeurée de son frère le saisir par les épaules. Albert s’était précipité, le tournant vers lui dans un geste désespéré. Ses yeux débordaient, humides, effrayés. Il avait peur. Il avait beau tenter de le dissimuler, ses yeux ne mentaient et ne mentiraient jamais. Ils criaient son effroi pour lui, pour son âme et l’empreinte de ses mains, habituellement frêles laissaient une marque sur ses bras robustes :
– « Connor, je t’AIME » balbutia-t-il dans un cri tragique qui atteignit en plein vol le corps endurci de son grand-frère « Tu as toujours été pour moi l’être le plus fort et courageux que je n’ai jamais rencontré et ça a toujours été une immense fierté pour moi de dire que tu étais mon frère.. Sans toi...sans toi, je ne sais pas ce que je serai devenu après la mort de Père et Mère, mais aujourd'hui...j’ai peur pour toi.. J’ai peur que tu ne te laisses trop charmer par les sirènes de la douleur et de la haine. Je t’ai toujours suivi, toujours fait confiance, envers et contre tout. S’il te plait… Pour UNE FOIS...fais-moi confiance… Tu as perdu Mary, c’est..ignoble, indéfinissable, inqualifiable… Je veux être là pour toi, je veux être digne de toi...pour...pour une fois, laisse-moi prendre les choses en main, pour toi, pour moi, pour nous tous et...pour la famille. Laisse-moi endosser ce rôle. Je refuse de te voir endosser une responsabilité de plus ,surtout si elle peut être une erreur...S’il te plait, reviens à la raison… Pitié ».
Les yeux d’Albert s’étaient noyés de larmes au fur et à mesure de ses mots, au fur et à mesure qu’il suppliait son frère, l’implorant de le croire. L’amour et la certitude de ses mots gonfla le coeur de Connor et Preminger s’en sentit soudain secoué. De l’eau lui coulait sur le visage. Connor sanglotait. Il s’effondra soudainement dans les bras de son frère, rompu, vide,vaincu.
– « Mon frère… » soupira-t-il, son corps rompant avec la dureté qui le protégeait de sa souffrance « Je t’AIME, brindille n’en doute jamais »
Ses épaules s’agitaient alors que ses mots s’étranglaient en pleurs, de ce qu’il avait vécu à la souffrance de son frère, il expiait tout, entre les deux bras fins et fragiles d’Albert.
Il le revoyait enfant, encore plus malingre qu’aujourd’hui, si petit et si effrayé. Il avait eu ce même regard lorsque le dernier de leurs parents était mort. Et il avait ravalé sa peur, cette terreur face à l’abandon et la solitude pour élancer son frère dans une étreinte solide. « Je serais ton roc, Brindille » avait-il murmuré en embrassant le haut de son front. « Tout ira bien, Brindille, je te promets que tout ira bien »   Plus que des paroles, c’était une promesse, l’assurance face à fragilité de son frère. Plus jamais, Albert n’aurait peur, plus jamais il ne manquerait de rien. De ce jour comme à jamais, Connor s’était juré qu’il lui offrirait l’apaisement. Tout ceci avait été une erreur, une erreur terrible. Jamais, ô grand jamais, il n’aurait du s’abaisser à cela. Il lui avait fait peur. Il l’avait effrayé, son manque de contrôle, sa colère, son enivrement, il s’était abaissé à cela… Aujourd’hui, il était la source de la souffrance de son frère. De ses inquiétudes. Les rôles n’auraient jamais du être inversés. Il était censé être le grand-frère. Il était censé être ce roc qui ne s’effondrait pas. Le dernier rempart d’Albert contre le monde, Albert en avait besoin. Jamais n’aurait-il du se retrouver à le supplier ainsi. Il n’était qu’un raté. Un idiot. Il avait failli. Failli… Sur toutes les tâches. A tout point de vue. A son devoir, auprès de l’Ordre, auprès de sa famille, de sa douce Mary aux yeux rieurs et d’Albert au cœur si tendre. Il avait failli auprès de tous. Il avait promis. Et n’avait pas tenu parole.
– « Je… Pardonne-moi...Il renifla sur l’épaule d’Albert, la respiration bloquée « Dieu m’est témoin que je te fais confiance, à toi plus que quiconque.  » Prenant une inspiration, il se recula de l’étreinte de son frère, posant ses mains les épaules de ce dernier… Hésita, sous le regard bouleversé de ce dernier. Albert y croyait tellement en lui comme comme dans ce Monde… Comment avait-il pu omettre cela ? Il ploya son visage brouillé de sanglots vers le ciel, tâchant de trouver la force d’articuler « Je… Fais ce que tu as à faire, contacte qui tu le souhaites, tente ce que tu veux tenter. Albert…Prends-les choses en main ».
Il ferma les yeux, laissant les larmes rouler sur ses joues, tracer un sillon brûlant et salé sur sa peau. Refusant de regarder son frère. La culpabilité pesait son poids et il devrait la porter un temps. Pour le bien de tous. Pour le bien d’Albert.
Car Connor le savait : Pandora était mauvaise. Mais Albert ne le verrait jamais. Sa réaction, ce soir, en témoignait brutalement. Il en était incapable. Trop inexpérimenté, trop jeune. Son coeur était tendre. Trop tendre. Tenter de lui ouvrir les yeux n’avait servi à rien, à rien d’autre que de le briser et de le mettre dans cet état désastreux qui en tordait le ventre de son grand-frère. Il ne pouvait pas le comprendre, pas le voir. Il était trop pur pour ce Monde. Il était un petit joyau que Connor avait protégé dès le départ, un trésor de bonté qu’il avait veillé à conserver. Peut-être était-il la cause de cet état d’esprit. Peut-être qu’en refusant de le confronter à la dureté de ce monde, il avait nourri sa naïveté, cette faiblesse qui se transformait en force lorsqu’il s’agissait de gagner le coeur des gens, de les aider. Il avait si longtemps admiré cette qualité en Albert, tâché de la préserver, trouvant que cela faisait sa force. Cela avait été une erreur de tenter de lui ouvrir les yeux. Une erreur de s’effondrer devant lui. C’était Albert. Albert devait garder cette bienveillance. Sa bonté. Le Monde, une fois sauvé, avait besoin d’un Albert. Mais avant, il fallait cet acte. Cet acte que lui seul pouvait accomplir. Quoiqu’il en coûte.
– « Je je ne suis peut-être pas le plus apte en ce moment, mais…je… vais reprendre mes esprits…En attendant, fais ce que tu dois faire… Peut-être que tu as raison… Peut-être que… » Il lui avait saisi le visage avec une vigueur douce, avec une foi indéfectible. « Tout ira bien, Brindille, je te promets que tout ira bien  »
Il le pensait. Il se le promettait aussi. Tout irait bien. Il suffisait de s’assurer de la confiance d’Albert. Il fallait l’endormir. L’apaiser. Ce qui devait arriver ne devait pas se produire avec lui. Il s’y opposerait. Il s’y opposerait toujours. Connor avait commis l’erreur de tenter de l’impliquer. De laisser voir sa hargne, sa douleur, sa colère. Comme autrefois, il se devait de gommer ses émotions, de laisser son rôle, son devoir prendre le dessus. Il ferait ce qu’il y avait à faire. Vite, promptement. Cette tâche lui incombait. Laisser Albert dans l’ignorance était la meilleure manière de le protéger. Il suivrait son coeur, ferait ses expérimentations. Le Temps qu’il s’y abîme , la menace serait lointaine. Il lui en voudrait, sûrement, un peu, dans les premiers Temps de l’avoir tenu à l’écart. Mais, serait forcé de reconnaître qu’il avait mieux agit. Et s’il se trompait...alors il assumerait cette faute, seul. Mais il ne se trompait pas. La sorcière avait tissé sa toile habilement, construisant un rempart sur la foi du plus bienveillant des êtres. Maudit soit le jour où elle était arrivée en ville. Maudit soit le jour où Albert l’avait découverte. Peut-être avait-elle pu agir sciemment, aussi exilée qu’elle l’était – si cela n’était pas un mensonge- peut-être s’était-elle guidée auprès de celui qui ne saurait voir la noirceur… Il n’y avait que lui pour agir.
– « Tout ce que je te demande, c’est de me tenir au courant, d’accord, Brindille ? » Il avait esquissé un petit sourire, assuré.
Pendant ce même Temps, son esprit venait d’arrêter une décision : il fallait agir vite. Il ne tiendrait pas longtemps à dissimuler la vérité à Albert et son courage ainsi que le bien de la ville nécessitait une action rapide. Il fallait agir vite. Il fallait agir ce soir. Quoiqu’il se produise. Quoiqu’il en coûte. Dusse-t-il y périr.

La scène se flouta une nouvelle fois pour mieux se préciser. Et ce qui apparu devant Erwin fut bien loin de ce qu’il s’attendait à voir. Il avait cru retrouver Connor aux abois, non loin de la maison de Pandora ou peut-être même chez elle. Mais cela n’était pas le cas. Non. A en juger par les alentours, il se trouvait tout bêtement au pub du coin. Pourquoi diantre n’était-il pas allé occire la sorcière ? Ciel, était-ce le manque de cran? Mais qu’il lui donne donc une arme et Preminger le ferait à sa place s’il ne s’en sentait pas l’étoffe ! Qu’il en finisse donc que Diable ! Que l’être humain ordinaire pouvait se rependre en état d’âme lamentable ! Mais sûrement les choses s’étaient déroulé un peu différemment. Peut-être Melinda n’avait-elle pas accepté si facilement de laisser entre son mari en souffrance chez eux. Peut-être une nouvelle dispute avait-elle eu lieu ? Ou peut-être ce dernier n’avait-il pas eu le cœur de se présenter devant sa femme, avant de se livrer à l’assassinat qu’il ourdissait. Connor leva le bras, laissant l’alcool se répandre dans sa gorge. Le verre était déjà bien entamé, nota le ministre alors que Connor s’appliquait à le vider davantage, d’ailleurs, son esprit se trouvait à nouveau embrumé par l’alcool et gangrené par des idées noires. Profitant que Connor tourne la tête, Preminger jaugea les lieux. C’était une taverne des plus basiques, de celles qu’il avait pu fréquenter pour les ragots et commérages avant de parvenir dans les hautes sphères de son propre royaume et qu’il n’avait ensuite fréquenté que sous couvert d’anonymat. Des soûlards jouaient aux cartes non loin de la cheminée principale, d’autres finissaient un repas maigre à la hâte, d’autres riaient en se racontant des anecdotes graveleuses. Certains observaient les environs, d’autres cherchaient à se faire oublier, occultant que cela était peu probable dans la taverne la plus populaire – et peut-être même unique- d’une ville où tout le monde se connaissait plus ou moins… L’attention de Connor s’était figée sur une figure qu’il connaissait bien et que Preminger reconnut pour lui avoir été présenté lors de sa première embardée dans l’expérience. William. Le responsable du pub. Aussi membre de l’Ordre. Ce dernier s’était approché de lui, en repassant du côté du comptoir, essuyant un verre entre ses mains. Son visage témoignait de son inquiétude. C’était le lot de Connor. Provoquer à présent cette expression attristée et inquiète à chaque fois qu’il croisait la route d’un ami. Cela prouvait qu’il en avait et que le village s’inquiétait pour lui, mais parfois, cela lui pesait aussi. C’était le cas ce soir. Ce soir, tous les visages inquiets et amis avaient le visage d’Albert.
- « Ca va vieux ? C’est ton deuxième et tu le descends aussi vite que si tu espérais la petite soeur »
- « Je crois que j’ai besoin de la petite sœur… Je… Je suis inquiet, William et… je pense que je vais avoir besoin de ton aide... »
Il l’avait proféré d’un ton résolu. Si Preminger n’avait aucune idée du plan précis de son hôte, il ressentait que ce dernier y avait réfléchi soigneusement avant de décider de le mettre en pratique. Rien pourtant ne laissait voir son trouble et l’alcool y aidait peut-être un peu. Quoique Connor avait toujours été pourvu d’assurance et que son malheur loin de la fissurer tendait à la renforcer. Son interlocuteur le regarda, tâchant de jauger son sérieux, avant de poser le verre sur son plan de travail. D’un geste, il jeta le chiffon utilisé sur son épaule, puis s’approcher demander :
- « Commençons par mon aide, si tu veux, vieux frère. » Visiblement, songea le ministre, il préférait s’assurer de l’état de Connor avant de risquer de lui resservir un verre. «  Qu’est-ce qui se passe ? C’est Albert ? ».
Reléguant l’image de son frère et de ses yeux tristes dans un coin de sa tête, Connor secoua la tête, négativement, se rapprochant du comptoir :
- « Non. Mais cela pourrait le sauver. Comme sauver toute la ville. » Il but une nouvelle gorgée puis planta son regard dans celui de William « Avant que je t’en dise plus, tu dois me jurer, William, me jurer, que tu ne répétera rien de tout ceci à Albert. Je dois le protéger. »
Dire que William se trouvait inquiet par son état était un euphémisme, Preminger le voyait, mais il voyait aussi l’intérêt qu’il portait, malgré lui, à l’attitude de Connor. Intrigué, et non sans avoir regardé par dessus l’épaule de son interlocuteur afin de s’assurer que personne ne les écoutait, il finit par lui dire :
- « Tu sais que tu peux compter sur moi, je te le jure. Tu m’inquiètes... »
Connor lui avait posé la main sur l’épaule, gravement.
- « Merci mon frère. » Reprenant sa main, il avait observé le contenu de son verre, avant d’affirmer d’une voix sourde, qu’il prit tout de même soin de ne pas porter trop haut :
– « Je pense avoir découvert qui tourmente notre ville, depuis des mois. Tout coïncide, William. Le début des morts… La manière… Je connais la coupable. »[/b]
Ainsi, Connor avait décidé de recueillir de l’aide… Cela valait mieux qu’une attaque frontale dirigée vers la sorcière, cela allait sans dire…
Les yeux de William n’avaient pas manqué de s’écarquiller alors que son corps esquissait un mouvement de recul. Une fois de plus, il s’assura que personne ne semblait les écouter avant de s’approcher, encore, davantage baissant la voix à son tour, la proximité la rendant cependant discernable :
– «[b] LA coupable… ? Mais… comment ? Qu’est-ce qui se passe? »

- « Quelque chose de bien plus grand que tu puisses imaginer, William » Connor avait tourné la tête à son tour, observant les alentours, guettant le moindre bruit, la moindre écoute « Il y a peu le village a accueilli en son sein une étrangère… Depuis, tout à commencé. A juste titre… P... » il s’était figé, se stoppant « cette étrangère est une ...sorcière » le mot avait été prononcé, à peine plus bas qu’un murmure, mais déjà Connor levait vers William une main d’attente « Non...Ne te gausse pas. Ce ne sont pas les propos d’un ivrogne. Je te parle d’une chose que j’ai vu de mes yeux, William… Même si le lieu n’est peut-être pas choisi pour en parler de vive voix. La sorcellerie existe. Et je n’ai pas été le seul témoin de cette manifestation du démon. »
William avait eu un mouvement de recul lorsque Connor avait levé la main, signe de sa surprise, mais s’était cependant vite rapproché de lui, pressé d’entendre la suite et soucieux de la clandestinité de leur discussion. Les sourcils froncés témoignaient de sa réflexion.
– « Si tu l’as vu...pourquoi tu ne nous en as pas parlé ? Qui d’autre l’a vu ? Est-ce que tu es sûr qu’elle est coupable ? Pourquoi ne pas l’avoir arrêtée avant dans ce cas ? On est là pour ça, BON SANG…. »
Sa voix était montée, témoignant de son énervement et Connor avait jeté un regard en biais aux tables environnantes. Mais personne ne semblait avoir remarqué l’éclat de voix de son frère… Le policier savait ce que William en pensait : c’était le rôle de l’Ordre d’être dans les secrets et d’éviter que les choses dégénèrent… Et il n’avait prévenu personne. Il avait failli à sa mission. C’était le cas.
Même si, à l’origine, il avait songé à les prévenir… Tout comme à gérer la situation seule. Avait-il pêché par foi et égo ? Oui. Et en avait payé le prix fort.
Hochant la tête, il baissa le front :
– « Je sais… Je… Albert et moi… Nous étions présents lorsqu’elle est...arrivée d’ailleurs. C’était le jour où les petites Parrish et Putnam ont joué avec les sciences occultes d’après elles… Je n’ai pas forcément fait le lien, avant, nous voulions...respecter le sens de l’Ordre : l’accueil de tous, la tolérance… Et nous nous sommes promis de ne pas tomber dans la suspicion lorsque tout a débuté. Je… J’ai exploré toutes les pistes… Toutes les voies, tout me ramenait à elle, William. Mais j’ai refusé d’y croire. Pour Albert qui… Et ça m’a coûté le plus gros sacrifice de ma ville. J’ai perdu Mary. » Il avait relevé ses yeux dans ceux de William, ces derniers témoignaient de sa douleur mais aussi de sa résolution sans faille "J'ai plus que payé cette folie... en pensant suivre l'Ordre, je l'ai désavoué, tout comme la ville."
Preminger nota que le regard sévère de William s’était progressivement adouci, au fur et à mesure des mots employés par Connor, il le comprenait. Sa main s’était bientôt déposée sur son épaule, dans une tentative timide de réconfort :
– « Vous auriez du nous le dire, c’est ça aussi le sens de l'Ordre, on vous aurait aidés... mais ce n'est pas grave, tu as fait ce qui te semblait juste, tu pouvais pas savoir... "
Pour le consoler, la main preste de William s’empara d’une bouteille et déversa déjà son contenu dans le verre. Finalement, Connor avait retrouvé le droit de boire, songea le ministre avait ironie. Pas certain que cela lui soit particulièrement bénéfique mais le ministre devait admettre qu’il préférait davantage son hôte lorsqu’il témoignait de la combativité et de l’esprit d’initiative que lorsqu’il se cloîtrait dans sa souffrance… Il détestait sentir son être entier secoué de malheurs… Toute cette tristesse poisseuse s’insinuait trop dans son corps…et il détestait cette expérience que de ressentir des émotions inconnues et d’en souffrir lorsque ses pensées n’y adhéraient point le moins du monde.
Connor l’avait bu, s’était repu de son arôme, assoiffé par une ferveur nouvelle.
– « Mary ne mourra pas en vain. » proféra William, d’un ton vengeur, déclencha un signe de tête vigoureux de Connor «  Si tu as la coupable, alors il nous suffit de l'arrêter, tu as tenté de contacter Jacques ?"
Connor s’attendait à cette remarque, Preminger le sentait. Et cela avait réactivé quelques frustrations. Crispant son verre entre ses deux mains jointes, il finit par opiner :
– « Oui, nous l’avons fait. En vain. Lorsque la situation nous a totalement échappé, nous avons essayé de le le joindre… Et rien ne nous est venu. Albert pense encore qu’il viendra. A mon avis, c’est peine perdue. Peut-être est-il mort. Peut-être est-il en train de se battre ailleurs.. Ou occupé à des causes plus grandes » il secoua la tête, puis ricana. L’alcool vraisemblablement lui échauffait les sens. « Salem est une petite ville après tout. Et une comme une autre. Quelle importance cela ferait pour la cause, à ses yeux, après tout, si nous disparaissions de la surface ? Il l’avait dit de toute façon, que nous serions livrés à nous-même… Mais tu veux savoir, William ? J’en ai marre d’attendre des ordres... » il avait fini son verre brutalement le reposant d’un bruit sec « Nous sommes livrés à nous-même et nous n’avons pas besoin d’ordres, ni besoin de lui. Ici c’est notre Terre. Ce nos ancêtres, nos pères qui ont bâtis cette ville ! La construction de notre ville, ce sont nos racines. Notre héritage. Nous n’avons pas besoin d’ordres pour savoir ce que nous devons faire. Nous avons nos valeurs, nos enseignements. Je guide cette ville depuis des années, en faisant respecter l’ordre. Tu la nourris et l’abreuve chaque jour.. Penses aux années d’enseignement, ces préceptes que tu et que je connais. Nous n’avons pas besoin de Jacques. Il nous a seulement montré la voie. Mais je peux tout aussi bien dispenser cet enseignement à Salem. L’Ordre ici c’est nous.  »
Il se sentait étonné libéré, et presque ravigoté. Albert n’aurait jamais pu comprendre un tel discours. Mais ce dernier couvait en Connor depuis longtemps mais depuis l’épidémie, certaines espérances, certaines rêveries après un tournant plus désabusé et plus volontaire. Lui qui semblait avoir rêvé d’être un guide et d’obtenir le soutien de Jacques réalisait à présent qu’il était inutile de se terrer derrière les autres, d’attendre de l’aide. Parfois, il suffisait d’être l’aide que l’on attendait. De prendre ses responsabilités. Il l’avait toujours fait en tout temps dans son métier. Alors pourquoi pas pour l’Ordre ? Il en était capable, il en avait les épaules. Et il le voulait aussi. Il voulait être ce leader pour sa communauté.
William avait tout écouté avec concentration et réflexion, son regard s’éloignait de Connor sans se perdre. Il réfléchissait et Preminger constata que même les dernières traces de vexation et d’énervement d’avoir été tenu à l’écart d’une telle nouvelle avaient disparu. A présent, il demeurait seulement songeur.. Après un délai que Connor lui laissa, tranquillement, il demanda, gravement
– « Et tu veux faire quoi ? Je te suis, Connor ».
Connor avait attrapé son bras, baissant la tête dans un mouvement de gratitude
– « Merci mon ami, mon frère… » son regard s’était plongé dans celui de William, avec reconnaissance et force «  Je puis te l’assurer, je ne me livrerai pas à cette décision, si je n’étais pas sûr de la culpabilité de cette femme… Mais cela ne peut être qu’elle, William. Tout coïncide depuis le départ. »
Et Preminger pouvait le sentir, Connor en était persuadé. Son esprit refaisait encore la liste de l’intégralité des indices qui l’avaient mené jusqu’à Pandora. Cela ne pouvait être qu’elle. Toutes ces possessions avaient débuté après son arrivée en ville. Et le fléau qui s’était abattu sur la ville, n’avait rien de naturel… C’était l’oeuvre du Démon. Il l’avait vu de ses yeux, Dieu était témoin d’à quel point Connor avait pu constater la folie gagnait ses pauvres êtres. Une vision d’horreur, une vision démoniaque qu’il ne pouvait plus ôter de sa tête et qui le hantait jusque dans son sommeil, quand l’alcool ne lui permettait pas de les dissiper. Albert avait beau accuser le blé, et toute la science, il n’avait pas été confronté aussi prêt que Lui aux manifestations diaboliques qui avaient touché la population. Mary et tous ces malheureux avaient été possédés… Dans un rictus blessé, il avait précisé, à voix haute, sourdement :
– « Sais-tu qu’elle n’a jamais caché être la seule source de magie aux alentours… Elle nous l’a dit, William… Elle nous narguait… Qu’a-t-elle fait quand le malheur s’est abattu sur Salem ? Cette terre d’accueil pour elle ? Officiellement ? Rien. Si elle était vectrice du Bien, n’aurait-elle pas du le faire ? N’aurait-elle pas du agir d’une quelconque manière en la matière ? Les soigner, les ressusciter ou que sais-je ? Elle peut se cacher derrière la peur d’être démasquée, si elle possédait la puissance magique nécessaire, son devoir était d’aider. Mais elle n’a jamais voulu offrir son aide, puisqu’elle était la cause même de tout ce malheur… » Il inspira profondément, chassant le visage de Pandora de son esprit « Mais aujourd'hui, ses manigances prendront fin. Nous y mettrons un terme » Ses yeux brûlaient d’un feu nouveau, affirmé, assuré «  Il ne s’agira pas de se faire justice en l’exécutant, non. Il s’agit de rendre Justice. L’Ordre nous a appris nos valeurs, nous agirons selon ses préceptes. Nous nous devons de cultiver la Lumière, la Vérité. Alors nous serons ses juges. Nous la confronterons. Réellement. Comme j’aurais du le faire, auparavant. Confronté à des coeurs sensibles, le Mal ne faiblit pas, mais croit. Mais de notre Force, notre unité nous l’acculerons. Et si elle ne coopère pas ou ment, alors nous aurons notre aveu, et la sentence s’en suivra… »
S’ils agissaient de concert, si chacun lui demandait des comptes, alors ils la démasqueraient entièrement… William avait continué de l’écouter avec attention et au fur et à mesure, ses yeux s’étaient mis à brûler d’une ferveur nouvelle, que Preminger connaissait bien. Il était conquis. Acquis. Si Connor était loin d’être manipulateur, le ministre devait lui reconnaître qu’il était assez charismatique...et bon orateur. Il gagnait les foules et savait se faire apprécier, ne l’avait-il pas remarqué lors de son premier discours ? Il avait somme toute aussi, un statut appréciable… Alors fallait-il s’étonner qu’il puisse convertir William à son projet ? Non. Même le ministre devait reconnaître qu’il s’y était bien pris. S’approchant, l’aubergiste lui avait posé la main sur l’épaule aussi lourdement qu’une tape dans le dos
– « Tu as raison, il faut faire quelque chose. Je te suivrai jusqu'en Enfer, vieux frère mais si elle est aussi puissante que tu le dis, nous ne pouvons pas y aller à deux, nous ne serons pas assez... nous devons en convaincre d'autres..."
Se détournant de lui, William avait jeté un regard circulaire autour de lui et malgré lui, Connor avait suivi le sens de son regard. Des habitués, des clients. Une quinzaine d’hommes au total… S’il les convainquait tous, à l’exception des soûlards, ils pouvaient augmenter leur poids… Car William avait raison de ne pas sous-estimer la sorcière, Pandora pouvait très bien leur résister. Plus nombreux, ils se trouveraient, plus facilement, ils parviendraient à la soumettre au procès…
Preminger approuvait le plan de William. Néanmoins, Connor hésitait, encore.
Oui, ce serait plus simple. Moins risqué… Les chances de réussite seraient élevées. Davantage que s’ils n’y allaient qu’à deux… Néanmoins… C’était là rompre avec certaines des règles de l’Ordre. L’Ordre avait toujours vécu clandestin et veillait à la tolérance. Révéler la nature de Pandora risquait de braquer les habitants et d’attiser la haine de la différence… C’était même certain. Cependant, cela restait une sorcière et une menace…qu’il fallait arrêter de nuire au plus vite.
Ramenant ses yeux vers William, il put voir que ce dernier l’observait encore de cette même nouvelle ferveur. Si Preminger la connaissait, pour Connor, cette dernière était nouvelle et dotée d’une aura spéciale et hypnotique : c’était lui qui l’avait animée. Peut-être pourrait-il en faire de même chez les autres. Les ramener vers leurs valeurs ? Leur faire différencier la situation d’un total rejet des autres… Il en avait le pouvoir… Il pouvait le faire..
De toute manière, avait-il le choix ?
Mais ce n’était pas qu’une question de choix, Preminger le sentait, à présent. Il connaissait ce sentiment suffisamment pour être capable de le ressentir vivre en autrui. L’Ambition. Une petite graine qui s’était enflammée depuis longtemps chez Connor et qui s’était mise à flamber en Lui, alimentée par l’exacerbation de ses émotions. Ne rêvait-il pas d’être leur guide ? La voix de l’Ordre à Salem ? Le patriarche de leur communauté, un homme juste et droit, les guidant dans les préceptes ? A présent, la possibilité des dérives que cet aveu causerait paraissait bien moindre au frère aîné… Les dérives étaient inévitables. Mais elles lui permettraient aussi d’apporter à tous, la Vérité. Si tout Salem se retrouvait convertie…. S’il parvenait à leur transmettre. Lui qui avait toujours conduit les siens, n’était-ce pas là son fardeau mais aussi sa charge, son devoir de les guider aussi, ainsi ? Après tout, en choisissant de venir parler à William dans son auberge, ne savait-il pas lui-même que ce choix se présenterait à lui ? Ne l’avait-il pas même inconsciemment provoqué ?
Il hésita encore… Mais trouva dans la flamme ardente qui dansait dans William après qu’il l’ait allumée. Voilà ce qu’il avait été élevé pour faire et ce qu’il ferait de ces hommes : Il les ramènerait dans la Lumière.
Alors il hocha la tête d’un air entendu et une énième fois, le décor changea…

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La famille est un lieu où tout le monde vous aime, peu importe comment vous êtes, ils vous acceptent pour qui vous êtes.

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Erwin Dorian
« If the crown should fit, then how can I refuse? »

Erwin Dorian

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- Pour ma victoire? C'est adorable, trésor... Même si en toute modestie, je dois admettre, qu'au-delà de cela, je suis un prestigieux modèle pour mes concitoyens"
(Alexis pense-t-elle qu'il est parti trop loin? Sûrement! On approuve)

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________________________________________ 2024-06-02, 22:14 « If the crown should fit, then how can I refuse? »

I put a spell on you
“Le jour de la fête des morts donne à chacun le sens de la vie.”


Lorsque Preminger retrouva ses repères, il marchait. Ce qui était particulièrement perturbant. Le bond dans le Temps n’avait pas du être très lointain à en juger par l’escorte qui l’accompagnait. Visiblement, Connor avait su convaincre une quinzaine de personnes de se joindre au procès de la sorcière et ce petit monde cheminait gaiement sur le chemin de son repère… Prêt à en découdre. Le petit procès promettait d’être particulièrement divertissant, songea le ministre, et un peu d’action le changerait des atermoiements fraternels qu’il subissait… Il se demanda si Alexis s’amusait bien à tenter de relier des champignons à l’épidémie. Il ne doutait cependant pas qu’elle puisse apprécier Albert. Il était plus naïf qu’elle mais n’étaient pas dénués de similarités… et pas dénué de bon sens non plus… Si bien que le ministre soupçonnait que le jeune homme puisse douter du soudain revirement de son frère… Connor devait aussi le prédire et espérait agir suffisamment vite et bien pour ne pas laisser un quelconque temps à son frère de l’en empêcher…
L’édifice de la maison de Pandora se dressa devant eux, et bientôt, Connor se retrouver à frapper la porte de la sorcière d’un poing assuré. Sa poitrine cognait, tout aussi puissamment. Il se sentait… prêt. La foule qui le suivait le galvanisait suffisamment pour le préparer à l’affrontement qui s’en suivrait. Capturer la sorcière. Lui offrir le procès qu’elle mériterait. Venger Mary. Venger Salem… Réparer ses torts et sauver la ville… Bientôt la menace ne serait plus…
Cependant, ce bientôt tardait à arriver. A l’inverse, il restait planté devant la porte. Attendant. A l’intérieur tout semblait calme. Aucun bruit ne se profilait. Curieux Il frappa une seconde fois, bien que la première fut suffisamment sonore… Attendit une seconde fois. Mais à nouveau, rien ne se produisit. Aucun frémissement. Aucune parole… Aucun pas. Aucune porte ne s’ouvrant sur la rousse jeune femme et son sourire posé auquel Connor prêtait à présent des sous-entendus narquois. Rien… Quelques murmures parcoururent les rangs des hommes qui l’accompagnaient, et Connor serra les dents, rageusement. Preminger sentait la colère croître en lui, galvanisée par l’alcool. « Qu’est-ce qu’elle fout ! » songeait Connor et l’homme frappa une nouvelle fois, la jointure de ses phalanges plaquées sur le bois, indifférent à la douleur qu’elle provoquait en lui. « Si tenté qu’elle ne se soit pas enfuie avant leur venue » La tête de Connor fourmillait de pensées. Pandora se moquait visiblement de lui. Bien sûr ! Il aurait du s’en douter. Elle devait avoir eu la vision de leur venue. La dernière fois qu’il avait fait irruption chez elle accompagné d’Albert, ne les attendait-elle pas ?
Comment avait-il pu penser qu’ils l’auraient par surprise ? La sale petite démone ! Elle se jouait encore d’eux ! De lui ! Comme elle devait ricaner à l’idée de les savoir là, pour elle. Oh oui, il pouvait aisément deviner la malice cruelle qui pourrait éclairer son visage… Elle avait bien gardé de montrer cette face, mais Connor se la représentait bien. Tout comme il se l’imaginait sautiller, faisant danser les flammes de sa chevelures, à cette idée, des ombres démoniaques grouillant autour d’elle… Chaque vie prise avait-elle suscité ce rire ? Avait-elle rit lorsqu’elle avait dirigé ses enchantements sur Mary ? Etait-ce pour le punir de l’avoir attaquée ? Son regard puissant et émeraude posé sur lui le hantait encore... Ou était-ce le plaisir de causer ce jeu cruel entre ses officiels sauveurs ?… Le Mal aimait la discorde. Il s’y prélassait… BAM… N’était-ce pas un défi qu’elle lui lançait là ? Il s’était mis à tambouriner sur la porte, la colère lui montant aux joues. Elle le narguait encore ! Mais il ne se laisserait pas faire ! Il l’arrêterait ! Il l’aurait ! BAM Elle qui avait causé le malheur de sa famille. BAM.. Elle paierait… BAM POUR Mary BAAM
Il s’arrêta un bref instant à bout de souffle. La jointure des doigts était rouge… Peut-être même sanguinolente par endroit… Et la porte était ouverte.
Pas par la magie, non. La force des coups avait suffi à l’ouvrir, puisque vraisemblablement, Pandora ne s’était pas donné la peine de la fermer à clef. Sûrement puisqu’elle se sentait invulnérable ! Fille de Satan ! Qu’importait… Non sans se passer une main rapide sur son visage en sueur, Connor la repoussa complètement et non sans un geste à ses compagnons leur invoquant le silence – ce que Preminger trouva fort peu à propos étant donné le carnage sonore que ses coups venaient de causer et les cris d’enthousiasme que cela avait provoqué - il pénétra dans l’antre de la sorcière…
A l’intérieur, tout était paisible. Calme… Au fond de la pièce, le feu, allumé, crépitait dans la cheminée. Aucune trace de Pandora. Ce qui n’empêcha pas Connor de se raidir dans un mouvement de recul, instinctif.
Puisque là, assis sur une chaise en face de l’entrée, les bras croisés, se tenait la seule personne qu’il n’espérait pas trouver ici… Albert.
Visiblement, lui, les attendait. La lueur dans son regard en disait long sur la déception et la blessure que lui causait son attitude et la rupture de sa promesse de le laisser faire. Le ventre de Connor se tordit, alors que son coeur s’emballait à tout rompre… pressentant le pire…
– « Albert que…. Que fais-tu ici ? Où est… ?  » ses yeux balayèrent une nouvelle fois la maison vide « Pourquoi es-tu là »
Avait-il été trahi par l’un des leurs qui s’était empressé de mettre son frère au courant? Ou Albert avait-il entendu leur venue et profité de l’effet de surprise pour faire décamper Pandora par la porte de derrière ? Sa voix témoignait des émotions distinctes qui le parcouraient, colère, frustration, désolation, tristesse… Mais le plus important restait ce qu’il redoutait : l’absence de la rouquine là où elle aurait du se trouver et Albert à sa place. Où était la sorcière ? Qu’est-ce qu’Albert avait fait ?
Albert lui répondit, froidement :
— "Je suis là pour t'empêcher de faire une bêtise, mon frère. Vous tous." Son regard s’était arrêté les regardant chacun, les détaillant, accusateur, avant de revenir vers Connor, les larmes aux yeux, le visage crispé de colère "Tu m'avais promis…"
Voir son frère dans cet état lui faisait mal et une partie de lui se trouvait désolée de lui avoir menti et lui avoir caché la vérité. Mais s’il avait du le faire, il y avait une raison. Et cette raison se trouvait juste devant lui, une nouvelle fois. Avocat ou non, Albert restait un enfant à protéger, un gamin incapable de saisir les enjeux. Dans sa quête absolue de la Bonté Universelle, il se mettait en travers de la route de la justice et de la sécurité publique…. Ne lui avait-il pas demandé expressément de faire attention à lui ? Ne lui avait-il pas dit de lui prouver sa théorie, pour l’éloigner et l’occuper ailleurs ? Alors pourquoi ne trouvait-il rien de mieux à faire que de se foutre entre lui et une sorcière ?…Qu’était-il venu faire ici, d’abord ? Qu’importait, Connor n’avait pas le Temps pour ça… Il était venu pour la sorcière. Pas pour une querelle qu’il aurait bien le Temps de régler une fois la paix rétablie à Salem. Lorsque Albert serait mis devant le fait accompli et forcé d’accepter la vérité…
Et rien ne se mettrait en revanche entre lui et Pandora. L’Heure était venue… Il avait ameuté une quantité de monde, leur révélant la nature de leur Ordre, pour ça. Et il était hors de question d’y renoncer pour les atermoiements de son frère.
– «  Albert » soupira-t-il, en fronçant les sourcils «  Nous n’avons plus de Temps pour ce genre de bêtises. Alors dis-nous où se trouve la sorcière et reste en dehors de ça, s’il te plaît », accentua-t-il en serrant la mâchoire.
Ce n’était pas une demande. C’était un impératif. Il voulait que Justice soit faite et Justice serait faite…Comment Albert avait-il pu être aussi insensé ?
Ce dernier s’était levé, allant jusqu’à sa rencontre
"Et rester en dehors de "quoi" exactement ? Quel est donc ce "ça" ? Tu m'avais PROMIS que tu allais me laisser gérer, que j'allais éprouver ma théorie et tout ça pour quoi ? Vous êtes combien ? » il les avait toisé chacun, tous autant qu’ils étaient avec une sorte de mépris «  Une dizaine ? Une vingtaine ? Face à une pauvre femme ? Il n'y a vraiment pas de quoi en être fier".
- « Une pauvre femme. » ELLE une PAUVRE femme ? » s’exclama Connor, il leva la main dans un mouvement de colère, ses yeux lançant des éclairs…
Comment pouvait-il dire cela ? Comment pouvait-il seulement OSER l’appeler ainsi ? Devant lui à qui elle avait pris ce qu’il avait de plus cher ? La chair de sa chair ? Lui qui était son oncle ! Lui qui connaissait chacun d’entre eux ? Et il avait le culot de les juger ? De les apostropher comme dans une de ses plaidoiries ? Mais pour qui se prenait-il ? Sa voix monta furieuse au fur et à mesure que son irritation croissait :
— « Mais de QUI te moques-tu, Albert ? De quel côté es-tu ? T’a-t-elle ensorcelée ? Les pauvres gens ce sont ceux qu’elle a mis sous cercueil ! Les pauvres gens ce sont toutes ces familles, TES amis, Tes proches, TA famille qui pleurent leurs proches qu’elle a mis dans des tombes ! » cracha-t-il, le regard furibond. La foule s’était massée autour de lui et il sentait leurs clameurs l’éveiller.« Ce sont ces gens, qui demandent justice ! » Il s’était rapproché d’un pas, le dominant de sa taille, tout en secoua la tête « Si cela ne prouve pas, une nouvelle fois que tu n’es pas apte à comprendre ce qui se passe !  Reste en dehors de ça ! »
Au fur et à mesure qu’il parlait, le peuple qu’il avait rassemblé s’était échauffé, approuvant ses dires à grand coup d’exclamations. Cela allait de la simple approbation, à des « Va-y Connor dis-lui’ » a un, largement plus fleuri « Trouvons cette chienne » qui fit froncer les sourcils à Preminger à l’intérieur de Connor. Le petit peuple ameuté… voilà ce que c’était… Et s’il les considérait avec dédain, et Connor avait compassion Albert les observait avec tristesse, des larmes roulant sur ses joues.
Après un instant de silence, le jeune frère secoua la tête de gauche à droite, désemparé,
– « C’est toi qui est ensorcelé, Connor » finit-il par dire d’une voix triste « Regarde ce que tu fais… Regarde les, on devait préserver la paix ».
Qu’est-ce qu’il ne comprenait fichtrement pas ? Bien sûr qu’il voulait la paix ! Il ne recherchait que cela, la paix pour Salem. Mettre fin à cette terreur démoniaque et ramener la paix dans leur ville…. Il n’y avait qu’un moyen de ramener la paix… : arrêter Pandora. Comment pouvait-il être aussi aveugle ? S’il était venu la voir … Ou si elle avait pressenti leur venue...peut-être l’avait-elle réellement ensorcelé ? Ou peut-être l’était-il depuis le premier jour. C’était lui qui s’était trouvé, en premier, à son chevet après tout. William était subitement intervenu, traversant ceux qui se trouvaient devant lui pour dépasser Connor promptement afin de s’approcher d’Albert. Le bras de Connor s’était levé, instinctivement, formant une barrière entre lui et son frère, l’empêchant de s’approcher… L’aubergiste s’était arrêté net, mais avait maintenu son regard vers le frère
- « Quand on ne peut plus préserver la paix, on préserve la JUSTICE"
De grandes acclamations s’étaient élevées derrière eux, même quelques applaudissements, alors que Connor opinait de la tête en fronçant les sourcils. Face à lui, Albert s’essuya le visage d’un revers de main, tout en s’adressant à Connor :
— « Elle n’est pas coupable, le champignon l'est, j'en suis sûr. S'il te plaît, dis leur de se calmer, je veux que notre bien à tous…"
Bien sûr qu’il le voulait. Connor n’en doutait pas. Mais lui aussi le souhaitait. Et force était de constater qu’il avait les esprits un peu plus clairs que son frère, toujours tristement perdu dans sa théorie des champignons…
Ses compagnons étaient agités. Revanchards.
Mais il ne reviendrait pas en arrière ni ne les calmerait pas. Ils étaient venu pour ELLE, ils iraient jusqu’au bout. La sorcière ne méritait aucune clémence.
Albert du le comprendre dans son regard, puisque son propre regard se durcit soudainement.
– « De toute façon, c’est trop tard… Trop tard pour pas m'en mêler et trop tard pour ta soit disant justice. Elle est partie. Je l'ai aidée à s'enfuir, il n'y a plus que moi."
- « Tu...te...fiche de moi ? Albert est-ce que tu te fiche de moi ? » répéta Connor interloqué, avant que tout cela ne prenne sens dans son esprit. Et lorsque cela s’était produit, il avait senti son corps le pousser à l’avant, saisissant abruptement Albert par le col de sa chemise, «  COMMENT AS-TU PU ESPECE DE TRAITRE ! PETIT IMBECILE, tu te rends compte de ce que tu as fait ? » lui avait-il hurlé, en le secouant, les mains agrippées au tissu. La tête d’Albert ballottait alors qu’il le secouait, vigoureusement, mais Connor s’en fichait comme une guigne. Il ne lui faisait pas mal, même si son envie le démangeait de lui coller son poing dans la figure. Comment avait-il pu ? Il l’avait aidée ! ELLE ! Une meurtrière ! Au détriment de la ville ! De LUI ! De la mémoire de sa nièce ! Comment avait-il pu les trahir ainsi ? Condamner Salem  ?
– « Je t’avais demandé ne pas t’en mêler ! Tu as lâché cette sorcière, cette meurtrière en liberté ! OU AS-TU LA TÊTE ? » hurla-t-il à plein poumons.
Elle l’avait manipulé c’était évident. Albert n’avait pas pu être aussi con. Ni le trahir ainsi. Elle l’avait soumis à sa volonté ! PUTAIN DE CREATURE DEMONIAQUE, elle ne perdait rien pour attendre… Elle allait payer. Non sans secouer Albert une dernière fois, il retourna la tête vers ses compagnons, relâchant son frère « Elle n’a pas pu aller bien loin… Le bois de la cheminée est frais… Fouillez les environs, VITE il faut la trouver…Dispersez-vous » Alors que certains prenaient le chemin des bois au pas de course, les yeux du shérif tombèrent sur la cheminée intérieure, comme fumante… Les flammes y dansaient presque moqueuses.. Qui savait ce qu’elle avait brûlé là-dedans ? D’un geste de la main, il désigna la maison, impérieusement :
– « Bobby, Billy mettez le feu à cette maison… Qui sait si quelques maléfices ne s’y trouvent pas encore»
Il songeait au thé qu’elle leur avait servi… Et à la magie qu’elle pouvait avoir emprisonné ou caché partout… Il fallait raser chaque centimètre de terre foulée par cette sorcière… Purifier ce qui pouvait être purifié. Et le Pasteur Parrish ferait aussi sa part, une fois le tout terminé.
Albert avait été sonné du nombre de fois où il l’avait secoué, cela se devinait… Mais lorsque Connor avait parlé de brûler la maison, il s’était soudainement éveillé, retrouvant des forces pour tenter de saisir le bras de son frère, pour le détourner de cette idée
— « QUOI ? Connor NON, on pourrait encore avoir besoin de cette maison, tout ça te rends fou, écoute moi"
– « Ferme-la, Albert, pour l’Amour de DIEU…  ! » avait rugit son frère, le lâchant, non sans le tancer de son regard furieux. « C’est toi qu’elle a rendu fou ! Alors ne me donne pas une occasion supplémentaire de t’arrêter ! Tu ne crois pas que tu en as suffisamment fait comme ça ? » il avait rapproché son visage de son frère, figeant son regard dans le sien « Tu captes que pour la moitié de ces gens, je devrais déjà le faire ? Tu as pactisé avec l’ennemi. Cette démone t’a ensorcelé.  Je te soignerai, quand elle aura expié ses crimes… Mais en attendant, tu la boucles, compris ? » apostropha-t-il en levant l’index « Je ne veux pas un seul foutu mot de ta foutue bouche »
Il s’était détourné pour sortir de la maison et s’attendait à ce qu’Albert le suive. En silence, idéalement. Tout en redoutant qu’il ne l’apostrophe. Il ne savait pas ce qu’il ferait dans ce cas là, Preminger le sentait. La frustration s’était accumulée, formant un noyau de pression dans l’intégralité de son être. Le ministre ne pouvait qu’approuver.. Il avait fort à parier que Connor ne provoqua une émeute à tenter d’empêcher les fameux Bobby et Willy ou peu importait de passer…
Mais rien de ce que redoutait les deux hommes contenus dans le corps de Connor ne fut ce qui se produisit alors… La sensation de deux mains vivement agrippant vivement ses épaules, et le choc d’un corps plaqué contre celui, musclé de Connor. Albert restait frêle mais il avait utilisé l’intégralité de sa force, dans cette attaque furtive. Il lui avait sauté dessus avant même qu’il ne comprenne ce qui s’était passé… Quand Connor le réalisa, et tenta de se retourner…c’était trop tard. Il tomba cependant à genoux, heurtant le sol avec force alors que les bras d’Albert tentait de lui enserrer le torse.
— « PUTAIN ALBERT LAAACHE MOI » hurla-t-il en se contorsionnant…
La panique et la colère faisaient corps dans son esprit… Il se débattait, alors que les bras d’Albert lui enserrait la cage thoracique… Il était fou, son frère était fou… La sorcière l’avait ensorcelé c’était évident… Rendu dingue… Et transformé en petit soldat à sa solde… Et s’il tentait de se maîtriser, il sentait la colère et la rage prendre le dessus…. Les relents de l’alcool attisaient sa colère… Et l’action d’Albert était le déclencheur … Le shérif s’agita violemment, tâchant de faire tomber son frère, dans un grognement furieux… Peste ! Il y mettait tout sa hargne…
– « Je t’en supplie, écoute-moi !!! REVIENS A TOI »
Perché sur son cou, Albert criait… Les soubresauts de l’étreinte désespérée révélaient qu’il pleurait, tentant de toutes ses forces de retenir son frère. Mais cela ne faisait qu’à peine écho en Connor. Il ne parvenait plus à se sentir ému par le désespoir de son frère. Pas après ce que ce même désespoir l’ait fait trahir l’intégralité du village… Pas après qu’il ne lui ait sauté dessus... Son comportement était déraisonné, instable… Et l’énervait plus qu’autre chose. Si seulement il était resté loin de tout ça ! Si seulement il n’avait encore une foutue fois voulu sauver le Bien… Cette satanée bonne femme ne perdait rien pour attendre, en attendant…Parce qu’il se jetait sur lui.. Pour la sauver ELLE. Comme il l’avait aidé à s’enfuir loin de tous. Loin de LUI. Lorsqu’il avait décidé de les trahir…
— « VA TE FAIRE FOUTRE ALBERT ! LACHE-MOI »  »
Connor s’était trémoussé, dans la rage, tâchant de se libérer de son étau. La sorcière… Tout ça c’était à cause d’elle. Elle lui avait pris ses amis. Détruis sa ville… Sa douce Mary… Et maintenant… ALBERT. Il agita les mains, portant ses ongles dans la chair de son frère…
– « REVIENS A TOI » hurlait ce dernier
— « ARRËTE ! PUTAIN ! »
Albert pleurait toujours et le son de ses cris augmentait la colère de Connor, alors qu’il tentait de se libérer. Il pleurait… Mais n’avait-il pas fait pire ? Qui avait-il trahi lui ? Une promesse de lui faire confiance … Pour le protéger… Et qu’avait-il fait en retour ? Il avait aidé la sorcière à s’enfuir ! Il se battait avec lui, pour ELLE. Maudite soit-elle… Il la tuerait… Ses mains griffaient les bras de son frère et d’une bourrasque, il arracha l’un d’eux de son torse, se libérant de son étau…
– « ARRETE MAINTENANT ! CA SUFFIT ! » avait-il hurlé…repoussant de toutes ses forces Albert vers le sol. Dans un réflexe de shérif, sa main s’était en même temps munie de son arme, par précaution….
Si Albert l’avait pris par surprise, il demeurait faible et son corps se détacha aisément de celui de Connor, pour mieux retomber au sol. - « TU ARRÊTES MAINTENANT, COMPRIS ? » hurla Connor en agitant son arme, tout tentant de se redresser « SATANÉE SORCIÈRE! Je vais la TUER… »
Mais déjà Albert se relevait. Les joues ruisselantes de larmes, ses yeux comme des éclairs, comme possédé, il se rejeta de nouveau sur lui.
— « CONNOR »
Mais Connor n’entendait déjà plus rien…. Toute cette colère, cette agitation rendait les choses si indistinctes… Il vivait en pleine cauchemar, semblant se battre avec une bête enragée, toute remplie de cris et de sanglots… Et en devenait une autre… Avec un cri de fureur, il repoussa Albert, l’empêchant de s’agripper à lui, avec davantage de rage, l’envoyant au tapis… Albert déjà se relevait une énième fois… Se préparant à…
Il n’eut pas de suite. La main de Connor s’était levée. Le coup de feu était parti droit. Et atteignit sa cible en plein dans la poitrine. Un simple instinct policier de protection.
Albert accusa le choc  et se tut. L’espace d’un instant, après l’impact de la détonation, le calme régna. Le Temps se suspendit.
Le bruit avait comme réveillé Connor de sa transe colérique, mais le soulagement initial ressenti à la réaction et à l’arrêt de cette bagarre hystérique se dissipait déjà… Il ne comprenait pas ce qu’il venait de se passer. Ne mettait pas de mot, pas de sens à son geste… Preminger lui en revanche, ne le comprenait que trop… Si le ministre avait assisté, cloisonné à la bataille que venait de se livrer les deux frères, l’impact de la balle lui offrait à nouveau le champ libre…
Et il observa avec un choc tétanisant la balle incrustée dans la chair du cadet. « Enfin » avait été sa première réaction, face à ce déluge de cris de pleurs et de rage.. Puis, ensuite, avait dévisagé le frère devenu rival… Et à lui se superposa la silhouette d’Alexis. Et le trou rouge qui s’agrandissait à la place de son coeur.
Albert eut un hoquet, porta sa main à sa gorge… Puis sans crier gare, expulsa une gerbe de sang de sa bouche, dans un crachat rougeâtre et visqueux.. Crispant ses mains le long de son cou, il inspira rauquement, la panique gagnant son visage alors que sa toux s’amplifiait, le suffoquant… Bientôt, il s’effondra brutalement au sol, un filet de bave et de sang lui coulant de la commissure droite de ses lèvres, sur sa joue et sur le plancher…
L’horreur de la réalité refit brutalement surface en Connor, alors qu’elle suspendait Preminger de choc. Il avait tiré sur Albert. Il avait tiré… sur Albert.
Connor avait tiré sur Albert. Et ce faisant, il avait tiré sur Alexis. Lui aussi ?
ALBERT… Oh mon Dieu…
Dans un hurlement qui n’avait plus rien de hargneux, Connor se précipita vers son frère, lâchant son arme dans un mouvement d’horreur… Déjà cette main, de celle qui avait porté le coup se pressait pour surélever son dos… Une tâche de sang qui s’écoulait de son torse, était devenue énorme et arrosait sa poitrine d’un flot régulier de liquide rougeâtre… Son œuvre.
– « Albert… non… Mon Dieu… Je ne voulais pas… Parle-moi.. Non… »
La tête d’Albert ballotta bêtement entre ses bras… Et la panique gagna Connor avec une vivacité foudroyante, alors que le choc vibrait en Erwin de manière différente. La douleur était différente, mais elle demeurait là. « Ne sois pas imbécile, tu ne l’as pas tuée, voyons!…. ». Elle allait revenir de l’expérience. Lui sourire.. Tout resterait comme avant. Il ne la perdrait pas. Mais malgré tout, il avait tiré. Et n’avait-il pas suffisamment subi les douleurs diverses et psychiques de Connor pour savoir qu’elle vivait à présent la douleur de la mort ? Et que la Mort l’accueillerait bientôt.
– « Non… Pitié, non…Qu’est-ce que j’ai fait... »
Connor se pencha sur son frère, ramenant son visage vers lui.
— « Regarde-moi… Non… »
Mais le regard était flou, presque translucide. Trouble. Erwin cherchait au-delà, Alexis derrière Albert. Pouvait-elle le voir ? Le regardait-elle de ces yeux déjà happés ? Son rythme cardiaque s’envolait à tout rompre, superposé à celui de Connor. Il inspira… Non. Cela devait être celui de Connor. JAMAIS de la vie il ne céderait à la panique pour autrui. Jamais. Surtout puisqu’elle n’allait pas mourir… Mais si elle le faisait ? Réellement ? Une autre fois. Un autre jour ? Son esprit le ramenait en arrière, à l’avant-poste du bateau du Titanic. Il avait pointé un pistolet dans son dos cette fois-là. Et s’il avait tiré, la perte ne lui aurait causé qu’un infime regret et un haussement d’épaules. A présent… Il ne pouvait pas affirmer la même chose… Il pouvait et pourrait le faire, certes… Mais… Cela ne lui ferait pas rien. Sinon, comment expliquer ce qu’il ressentait à présent ?Cet effroi et cette panique… qu’il connaissait déjà pour l’avoir ressentie...à l’hôpital. Non… Non. Non, il se fourvoyait c’était évident. C’étaient les émotions de Connor qui le parasitaient… Il ne se laisserait jamais détruire autant que Connor… Il refusait. Laisser sa vie dépendre des autres n’était peut-être pas de la faiblesse, mais cela rendait malgré tout faible. Vulnérable. Hera lui avait spécifié la place que pouvait avoir l’amour sur autrui… Et Preminger s’aimait bien trop pour ne pas l’ignorer, mais l’attachement, l’amour que l’on ressentait pour quelqu’un d’autre… détruisait beaucoup trop. Il suffisait de voir celle que ressentait et qui terrassait Connor à cet instant. La douleur qui irradiait de l’individu était si puissante, si forte qu’elle l’enveloppait. Ordinairement, il l’aurait combattue, mais la frayeur de ses propres ressentis l’inquiétait tant, que l’opportunité de se voir enveloppé et anesthésié par ceux de Connor fut séduisante et qu’il y céda aisément, en fermant les yeux...
Car, alors que le ministre s’inquiétait pour Alexis et se lamentait égoïstement sur son propre sort, Connor vivait un cauchemar éveillé. Il dévisageait son frère, le sang qui constellait sa moustache brune, ses yeux d’ordinaire si beaux et se vifs voguant déjà entre deux mondes… Il avait les yeux de ceux en partance pour l’au-delà… Des yeux de mourant. Sa bouche rouge de son sang, s’entrouvrit, et il articula… Mais rien n’était perceptible.. Incompréhensible et Connor sanglota…
– « Älbert… Pardonne-moi… Reste.. Reste avec moi.. Je ne peux pas te perdre, pardonne-moi. Mon Dieu, ne me l'enlevez pas.... »
Son flot de paroles était un cercle de répétitions et de larmes, alors que sa poitrine se soulevait avec violence. Les larmes ruisselaient sur son visage, coulant sur celui de son frère, et il le berçait avec désespoir, secouant la tête. Non... Non. Cela ne pouvait pas se produire. Albert ne pouvait pas mourir. Pas comme ça. Il l’avait tué… Il l’avait tué… Sa brindille. Son frère. Sa chair.
Mais… Il n’avait pas voulu ça… N’avait jamais voulu… Pourquoi ? Pourquoi avait-il sorti son arme ? Pourquoi avait-il tiré ? Comment avait-il pu perdre de vue ? C’était son frère. Son petit frère. Sa brindille. Il était censé le protéger. Il n’avait jamais rien voulu que le protéger...
A la place de cela, il lui avait logé une balle en plein coeur
- « Je t’en supplie, Albert, reste avec moi… je t’en supplie...Pardonne-moi… Je suis désolé. »
Comment pouvait-il pardonner cela ? Il posa les yeux sur le trou béant à l’emplacement du coeur et gémit.. Sa deuxième main s’y déposa, tentant de contenir le sang, tentant…
— « Ca va aller… Tu vas t’en sortir… Tu vas t’en sortir »
Foutaises. Mais il y croyait encore. Il devait y croire. Il existait un monde où il n’avait pas tiré. Ou un monde où même s’il avait tiré, la balle n’avait pas touché le coeur… Où il n’avait pas assassiné son frère. Celui qu’il avait promis de protéger…
Albert bougea faiblement. Avec douceur, sa main s’était levée, cherchant la joue de son frère. Il l’avait tué...et c’était encore lui qui le réconfortait et l’aimait… Cette pensée secoua Connor de nouveaux sanglots… Non sans trembler, il caressa le haut de la tête de son frère, son regard noyé dans ses yeux vitreux…
- «  Tout ira bien, Brindille, je te promets que tout ira bien »
La main d’Albert ne rencontra jamais sa joue… Elle retomba inerte le long de son bras… alors que les sanglots de Connor s’amplifiaient. Son coeur se comprima, menaçant de se briser. C’était fini.
Le corps d’Albert se relâcha bientôt entièrement et Connor se retrouva seul. Tenant entre ses bras l’un des êtres qu’il avait le plus aimé...et qui s’en était allé pour toujours… Et qu’il avait tué.
Pressant le corps sans vie d’Albert contre son coeur, il poussa un rugissement et s’abandonna à la Douleur…

crackle bones

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