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 On laisse pas Debbie dans un coin ! | Gabriel

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Deborah Gust



«Muerte, la mort!
Né l'oubliez yamais!
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Deborah Gust


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________________________________________ Jeu 27 Aoû 2020 - 23:00

Je pourrais faire la liste de toutes les choses que je déteste mais ça serait vraiment très long. Passionnant, certes, car cette liste serait entrecoupée de mes commentaires sarcastiques et subtils, mais longs. J'ai donc décidé de vous épargner - aujourd'hui, du moins - et de m'en tenir à une chose que je déteste : quand on ne retourne pas mes coups de fil.
Que les gens éteignent parfois leur téléphone portable, soit, il parait que c'est très sain de se couper de la technologie de temps en temps.
Que les gens soient occupés, pourquoi pas, même si, de mon point de vue, je passe avant la majeure partie des occupations.
Que les gens oublient, OK, je veux bien l'accepter une fois.
Mais qu'on laisse les messages s'empiler sur sa messagerie au point de la saturer, non, je ne l'accepte pas. Enfin, évidemment, les gens ont le droit d'en ghoster d'autres, je peux le comprendre, y a vraiment des gens pénibles, ou moches, ou inintéressants, voire tout en même temps. Mais moi, je ne suis rien de tout cela.
Et puis, on ne choisit pas de s'offrir mon amitié (ou disons mon respect) et mes services et de disparaitre du jour au lendemain en foutant en l'air tout ce que j'ai mis en place dans sa vie. Même quand on s'appelle Gabriel Agreste.
En plus d'être un styliste de talent qui s'habille avec goût et habite un manoir somptueux, Gabriel a la chance d'être physiquement et intellectuellement séduisant. Avec mes coups de pouce, il ne pouvait que réussir à briller en société et nous étions très bien partis jusqu'à ce que... plus rien. Littéralement. Plus de nouvelles, plus d'apparition en public, plus rien. Rien de rien. Nada. Nichts. Niente. Nothing. Nichto. Que dalle.
Clairement, il allait me le payer.
Je ne suis pas énervée. Je suis au delà de ça, dans un niveau supérieur, du genre que Colère n'atteint jamais. Bref, je serai sans pitié. Je voulais bien être patiente, mais faut pas pousser Debbie dans les orties non plus. J'avais suffisamment attendu et je me rendis donc d'un pas décidé chez Gabriel, bien déterminée à résoudre ce problème au plus vite et à employer les grands moyens. Pour cette raison, Colère était de la partie. Sa mission ? Persuader Gabriel ou n'importe qui sur mon passage de me recevoir. Je savais qu'il pouvait avoir des arguments très persuasifs.
Nous arrivâmes devant l'entrée du manoir et ce n'était certainement pas un portail qui allait me barrer la route. Ni métaphoriquement ni littéralement. Je le toisai, décidée à n'en faire qu'une bouchée - comme de tout le reste puis m'adressai à la caméra qui permettait de contrôler les entrées.
- Ici Deborah Gust. Je vais pas épiloguer davantage parce que je suis déjà venue ici. Je m'en fiche que Gabriel veuille pas me recevoir, c'est pas la question. Je veux rentrer et j'hésiterais pas à me servir de tous les moyens à ma disposition pour rentrer. On peut faire ça de manière civile ou alors passer par la manière forte. C'est pas ma propriété donc j'aurais aucun scrupule si on en arrive là. Colère, en position, ajoutai-je sans quitter la caméra des yeux.
L'émotion trapue retroussa les manches de sa chemise et attrapa deux des barreaux de la grille d'entrée, commençant gentiment à essayer de les tordre, prêt à lâcher toute son ire sur ce portail qui ne lui avait rien fait simplement parce que je lui avais dit qu'il pouvait. Pour le moment je savais qu'il n'était qu'à 30 % de sa force. Il fallait bien qu'il s'échauffe et je voulais pas spécialement détruire un bien privé si je pouvais seulement donner l'impression que j'allais le faire.
Mais jusqu'à présent, les grilles restaient closes.
- Augmente la puissance, l'encourageai-je sans ciller, les yeux toujours rivés à la caméra avec un air de défi.
- Avec plaisir Debbie.
- Hésite pas à jurer si ça t'aide à te concentrer.
- Compte là-dessus, Debbie, rétorqua Colère avec hargne, le visage déjà bien rougi par l'effort.
Il avait pour consigne d'augmenter à 50 % de sa puissance et cela suffisait déjà à commencer une jolie torsion qui serait pas simple à réparer s'il continuait.
- Il peut continuer longtemps si je lui demande, signalai-je. Là il est qu'à la moitié de sa puissance. Je vous laisse deviner comment ce sera s'il s'y met de toute sa colère. Insultes inclues, parce que ça va forcément résister un peu. Et je me ferais une joie de maintenir la conversation pendant toute la durée de ses injures. Juste pour le plaisir. Mais nous pouvons arrêter maintenant si vous ouvrez.
Je fis un signe de la main à Colère qui s'arrêta. Pour le moment, du moins.
- Vous avez dix secondes, ajoutai-je à l'intention de la caméra.
Je commençai alors à les décompter. J'étais arrivée à deux quand les grilles s'ouvrirent, enfin.
- Pas trop tôt, j'ai failli attendre, commentai-je avant d'avancer dans la propriété.
Sans me retourner j'ajoutai à l'attention de mon homme de main :
- Merci Colère, tu peux rentrer, ta mission s'arrête ici. Je te rappelle si j'éprouve l'envie de casser la gueule à Gabriel.
J'avançai vers la maison où le majordome m'attendait. Il était sans doute prêt à me débiter tout un joli discours que Gabriel lui avait fait apprendre mais j'avais carrément pas le temps pour ça. Une main levée pour le faire taire, j'entrai dans la propriété comme si j'étais chez moi.
- Vous fatiguez, je connais le chemin, j'imagine ce qu'on vous a demandé de dire et ça m'intéresse pas de l'entendre. Un thé glacé avec une rondelle de citron, par contre, ça serait bien. Ca assoiffe le chantage, vous avez pas idée.
Je m'aventurai ensuite dans le manoir, me rappelant dans quel endroit Gabriel m'avait reçu précédemment et, histoire de bien le déranger, je décidai de crier :
- C'EST PAS LA PEINE DE VOUS CACHER GABRIEL JE SAIS QUE VOUS ETES LA PARCE QUE PLUS PERSONNE NE VOUS VOIT EN VILLE ET JE PARTIRAI PAS TANT QUE JE VOUS AURAI PAS DIT VOS QUATRE VERITES LES YEUX DANS LES YEUX. JE SUIS RENTREE CHEZ VOUS SANS AUCUN SCRUPULE C'EST PAS MAINTENANT QUE JE VAIS M'ARRETER. JE SUIS VRAIMENT DOUEE QUAND IL S'AGIT DE POURRIR LA VIE DES GENS.

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________________________________________ Mar 1 Sep 2020 - 23:00

— Laissé dans un coin... —

Seul et solitaire. Et ça lui convenait.

Gabriel Agreste avait toujours été comme ça. Distant. Froid. Livré à lui-même. Ainsi le décrivait-on même s'il se disait simplement indépendant et puissant. Que la chute fut rude lorsqu'on lui fit réaliser qu'il n'était ni l'un ni l'autre. Simplement un mauvais père, un mauvais joueur, un mauvais perdant et un mauvais mari. Il n'était ni une bonne famille, ni un bon ami, ni un bon méchant de ce qu'il avait pu apprendre. Et alors qu'un cri envahissait et brisait d'une voix aiguë le silence de plomb du manoir Agreste, le styliste comprit qu'il n'allait pas tarder à se faire critiquer son rôle de styliste. Ce n'était pas le moment. Absolument pas. 

Pourquoi était-elle là ?

Il suffisait de revenir quelques semaines dans le passé pour comprendre et en connaissant un petit peu le caractère de la conseillère en image, tout s'expliquerait. La conseillère en image en question se nommait Deborah Gust et celle-ci, il l'avait recruté alors qu'elle venait résoudre ses problèmes personnels après l'appel à l'aide d'Adrien Agreste, le fils de la famille. Gabriel avait su retourner le rendez-vous à son avantage non seulement en utilisant Deborah comme potentielle alliée mais aussi en maintenant en marge ses affaires. Il évitait le fond de ses soucis, alarmés pourtant par la femme de caractère et son manque de tact, mais qu'en avait-il à faire, sur le moment ? Sa femme était portée disparue et son combat avec Ladybug et Chat Noir se poursuivait. Il n'avait pas le temps ! Il n'avait pas pris le temps et désormais, son fils avait fugué. Cela faisait deux semaines qu'il n'était pas revenu. Cela faisait également deux semaines que le trio ennemis connaissaient leur identité respective. Depuis tout ce temps Gabriel se battait donc contre son fils pour sauver sa mère. Cela l'avait-il compris ? Ladybug non. Au regard de tous, il s'était senti l'ennemi. Ce n'était que par pitié qu'Adrien lui avait tendu la main pour le relever. Il n'était pas vraiment là auprès de lui. Preuve en était : il n'était plus là. Sa femme elle-même lui en voulait, au fond, d'avoir tenté de la sauver de la mort. Personne ne comprenait que tout ce qu'il avait fait était par amour. Personne ne voyait ses actes comme justifiés ! 

Alors il ne parla plus à personne. Adrien restait sa seule famille et elle n'était plus là. Il ne voyait plus de quoi sortir ni de quoi faire. Il n'avait plus d'objectif, on les lui avait brisé un à un. Morceau par morceau et cela avec lenteur et douleur. Qu'avait-il fait pour mériter ça ? 

"Bon sang..." Soupira-t-il en posant son front sur l'écran de sa tablette.

La pièce dans laquelle il se trouvait n'était pas éclairée mais ce n'était pas grave, le soleil n'était pas encore couché et la lumière bleue de l'Ipad suffisait au styliste qui, silencieux, ne savait pas encore s'il allait permettre à l'invitée surprise de le détecter par ses pas. Deborah n'était pas femme à chasser facilement. Mais ce qui intriguait d'autant plus Gabriel était qu'elle ait pu passer et le portail, et le majordome. Comment ?
La curiosité prit le dessus. De toute manière, Deborah allait finir par le trouver et il n'était pas d'humeur à jouer à cache-cache. Des escaliers, alors, il descendit. Lentement. Ses pas résonnèrent dans la large allée et c'est dans les marches alors, qu'il discerna la silhouette mouvementée de son employée. Elle avait commencé son traçage et aurait sûrement rejoint son bureau à vive allure s'il ne s'était pas montré plus tôt. Gabriel, d'un regard plissé - cerné - pâle à rester chez lui dans le noir, n'allait pas hausser le ton comme on pouvait se le permettre à son égard. Il fronça simplement deux sourcils irrités, arborant son plus beau masque de styliste professionnel - n'était-ce pas ce qu'elle voulait voir après tout ? Il pouvait bien avoir la mine d'un déterré sorti des Enfers (c'était le cas), il restait irréprochable dans la tenue, cheveux tirés en arrière s'en qu'aucune mèche ne vienne se rebeller. Il ne laissait rien paraître. Rien. 

"Ce n'est pas pour ça que je vous paie, je crois. Vint-il alors à dire alors qu'elle venait de terminer ce qui pouvait vite passer pour des menaces. Il fallait redescendre de plusieurs tons. Qu'est-ce que vous faites ici, Deborah ? Je ne vous ai pas demandé de venir, vous n'avez aucun droit de pénétrer dans ma maison sans la permission du propriétaire : MOI." 

Il n'avait pas mine à rigoler, à jouer sur les mots ou à chercher les sous-entendus. Il voulait qu'elle parte sans nécessité d'explications. Ce n'était pas difficile de savoir ce qu'elle souhaitait : comprendre pourquoi elle avait été laissée sur la touche depuis plusieurs semaines, sans aucune nouvelle du créateur, comme un avis de décès ou... un message discret qui laissé entendre une expulsion de poste. Mais ce n'était ni l'un ni l'autre. Et non, Gabriel ne comptait pas se justifier, ce n'était pas son genre. Il ne devait... Il ne devait plus de justifications à personne. 

"Je vous recontacterais pour la reprise de votre travail, ne prenez pas vos vacances trop à cœur et tenez vous prête lorsque les rendez-vous et les défilés reprendront." 

Son regard demandait réaction à la conseillère : celle de faire demi-tour et de prendre la porte. N'était-ce pas trop demandé ? Si, évidemment. Il ne savait même pas pourquoi il essayait de passer par la manière douce mais ne serait-ce pas encore plus déplacé que de s'énerver de nuire son image face à... celle qui gérait son image ? Difficile à dire.

"Partez, Deborah. Au cas où vous ne l'auriez pas compris, je ne suis pas disponible pour le moment. Je lirais tous vos messages vocaux une fois que le travail aura reprit. Vous n'avez pas été tenu au courant, j'en suis désolé, maintenant c'est le cas." 

Le regard du styliste se décala sur le majordome qui, en fond, hésitait à "guider" la dame jusqu'à la sortie. Il fallut que son patron se charge d'un rappel autoritaire.


"Qu'est-ce que vous attendez, une invitation ?!" 

Il y avait là deux personnalités de hauts niveaux qui ordonnaient deux choses opposées... Quel dilemme.

"Monsieur...

-Vous essayez de me désobéir, vous aussi ?! QUI VOUS EN DONNE LE DROIT ?! QUAND JE DIS QUELQUE CHOSE, VOUS OBÉISSEZ ! VOUS TRAVAILLEZ POUR MOI ! POUR MOI ! Lança-t-il alors vivement d'une voix grave, une main portée à sa poitrine d'un recul de colère. Mâchoire et poings serrés, sourcils froncés. Je ne veux voir personne, mêlez-vous de vos affaires !" 

Il tourna alors les talons d'un geste de main las, comme si le monde n'avait plus aucune valeur à ses yeux. Ses pas vifs s'éloignèrent de toute compagnie. 

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________________________________________ Mer 2 Sep 2020 - 0:13

- Ah bah c'est pas trop tôt, vous vous montrez enfin ! m'écriai-je quand Gabriel débarqua finalement dans l'escalier que je montais en sens inverse. Quoique, maintenant que je vous vois de près, je comprends que vous vouliez pas vous montrez. Vous avez une mine affreuse, assénai-je sans me soucier d'être sympa (je suis jamais là pour ça, c'était Joie la sympa de la bande).
Il ne me payait certes pas pour entendre ça ni pour que je vienne sans être invitée mais c'était le cadet de mes soucis. Mais manifestement il avait pas encore imprimé cette subtilité. Un esprit si brillant pourtant... comme quoi, on est toujours déçu, même par les meilleurs.
- Qu'est-ce que je fais ici ? répétai-je pour marquer ma sidération quant au fait qu'il posait la question. J'aurais cru qu'avec votre mine de cadavre vous vous seriez mis vous-même sur la piste mais manifestement non... Donc je vais vous rappeler que je m'occupe de votre image et qu'en ce moment votre image, j'sais pas si vous avez récemment croisé un miroir, est pas ouf.
Et encore, c'était un euphémisme. J'aurais voulu dire "à chier".
Naturellement, je ne comptais pas dire que j'étais carrément vexée de voir qu'il ne retournait pas mes appels. C'était le cas mais il n'en saurait rien.
- Je fais ce qu'on appelle couramment une intervention. Vous en avez besoin et pas que pour votre image, pour les événements que vous avez loupés et tout le reste. Vous en avez aussi besoin si vous voulez pas devenir une loque. Parce que vous êtes déjà l'ombre de vous-même alors croyez moi vous êtes sur la bonne voie, la loque c'est la proche étape et ensuite ce sera l'épave. Un vrai naufrage, commentai-je avec dépit.
En fait je suis une superhéroïne de la vie sociale, c'est tout. Mon super pouvoir c'est ça. Mais les gens comprennent pas que ce que je fais - extrêmement bien, d'ailleurs - c'est un service d'utilité publique. Les gens sont tellement limités, tellement en dessous de moi...
- Au train où ça va, vous ne me recontacterez pas de si tôt, je crois. Alors j'ai rien contre des vacances mais puisque je suis votre petite voix de la conscience, vous devriez sérieusement songer à en profiter. Les huîtres c'est bien sur les plateaux de fruits de mer mais dans les relations sociales c'est vite super chiant, fis-je observer.
Je ne faisais pas attention au majordome qui trainait toujours quelque part dans le coin car personne ne fait réellement attention à ce genre de personnes. C'est presque comme de la déco. Bon, OK, y a des gens qui aiment bien les plantes et les bibelots ou ceux qui sont ultra méga sympa mais concrètement j'en fais pas partie. Ce type là, c'est bien simple, je pouvais le réduire en miettes psychologiques en à peu près quatre secondes. Aucun challenge. Donc aucun intérêt.
Mais bon, apparemment Gabriel avait décidé de passer ses nerfs dessus. Si ça pouvait le détendre... J'étais presque étonnée que le majordome de décoration ait le cran d'essayer de tenir tête à son boss. Son espèce est moyennement connue pour faire ça. Mais c'était sans doute parce que lui aussi avait des yeux pour voir et avez remarqué le massacre face à nous. Je pouvais comprendre qu'il soit choqué. C'était choquant. On aurait dit qu'il venait de finir le tournage de The Revenant et qu'il avait pas encore eu le temps de passer par la case démaquillage.
Je laissai Gabriel crier. Il parait que ça fait du bien à des gens. Je ne frémis même pas, plutôt blasée, en fait. Quand on vit avec la colère incarnée sous son toit, croyez moi, il nous en faut plus qu'un type désespéré qui a commencé son suicide social et pourrait peut-être passer au suicide tout court dans pas longtemps.
- Bougez pas majordome, je le suis, intimai-je à l'intéressé sans le regarder une fois que Gabriel eut tourné les talons.
- Vous savez, commentai-je en lui suivant à bonne distance, je connais bien les émotions et je sens qu'il y en a plein qui bouillonnent en vous. Il s'est passé un truc, c'est ça ? Vous avez fait un truc ? Vous assumez pas alors vous vous cachez ? Ou alors vous pas fait un truc et ça vous fait le même effet ? Vous vous sentez plus nul que nul ? Vous pensez que votre vie n'était qu'une mascarade ? Que vous êtes une fraude ? J'suis sûre que j'ai carrément raison et que tout ça, ça vous ronge et ça va continuer de vous ronger jusqu'à ce que la seule solution ça soit de vous tirer une balle entre les deux yeux. Est-ce qu'on aurait pas envie d'éviter ça ? Vous n'êtes pas seul, même si manifestez vous avez décidé que si. Y a des gens qui se soucient de vous. Vous croyez vraiment que j'aurais fait du chantage à votre majordome débile si c'était le cas ? Je vais pas partir, en tout cas. Parce que je suis pas là pour partir. M'essayer c'est m'adopter.

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Gabriel Agreste



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________________________________________ Lun 14 Sep 2020 - 22:55

— Laissé dans un coin... —


Tout semblait lui échapper. Il n'avait plus aucun contrôle sur la situation. Lorsqu'une personne partait, il n'arrivait pas à la retenir et lorsqu'il souhaitait qu'une autre parte, elle restait. Visiblement, rien n'était de son côté depuis Londres. Même avant, à vrai dire... Il ne succédait que les échecs. Seule sa marque prospérait et c'était sûrement pour ça que Deborah Gust était là aujourd'hui. Une conseillère en image, une assidue du travail qui voulait que les choses soient bien faites. Qu'importait ce que ressentait le styliste dans sa vie personnelle, il fallait simplement que la carrière suive. Qu'elle ne coule pas. C'était pour ces raisons que Gabriel Agreste l'avait embauché après tout. Maintenant qu'il souhaitait arrêter la machine, il semblait que c'était trop tard.

Le souffle court, la tête baissée, les poings serrées, il souhaitait retourner à sa chambre là où il savait que personne n'oserait entrer. Non, bien sûr que non. L'employé ne pouvait pas se permettre d'entrer dans une pièce privée comme celle-ci. Deborah déballait ses paroles à flot, emboîtant le pas de son patron, mais Gabriel se promit de ne faire aucun commentaire. Il n'avait pas à débattre de ça avec cette femme, celle qui quelques mois plus tôt était venue s'incruster dans ses relations familiales... Perdues, désormais. 

Le styliste passa la porte qu'il claqua, persuadé alors qu'il était désormais face à lui-même, seul et isolé - mais non. Absolument pas. Derrière lui, la poignée se rabaissa à l'instant même où elle s'était redressée. Puis une seconde présence pénétra dans la pièce et Gabriel Agreste, surpris, tourna sur ses talons d'un regard ébahi. 

"Comment osez-vous entrer dans ma chambre ? C'est une pièce privée ! Je vous ordonne de quitter les lieux, le manoir même !" 

En effet, il bouillonnait à l'intérieur mais personne ne pouvait comprendre depuis combien de temps cela durait. Le père de famille en avait marre d'être traité comme un enfant. Ce n'était pas lui, l'enfant ! 

Désespéré et fatigué, il soupira longuement en cachant son visage dans la large paume de sa main. Il réfléchissait à un moyen de tout arrêter... Mais il ne savait pas quoi exactement. Alors, en manque d'énergie pour obtenir véritable réflexion, il laissa sa main longer ses cheveux cirés de la veille. Puis il dévia un regard las vers la fenêtre.

"Dites-moi ce que vous attendez puis partez. Sa voix rauque traversait tout juste ses lèvres alors qu'il ne se donnait pas la peine de monter le ton plus qu'il ne l'avait déjà fait précédemment. Vous voyez très bien que je ne suis pas dans un état à jouer au patient et à la psy avec vous. Si c'est pour faire votre BA de la journée, allez la faire à quelqu'un d'autre."

Et il se détourna d'elle avec à nouveau le visage renfermé et le regard vissé au sol. Il n'avait certainement pas envie qu'on l'analyse, lui et ses émotions. Lui et ses problèmes. Chacun des proches qui lui restaient avaient cette habitude folle de s'inquiéter et de vouloir aider. De l'autre côté, ceux pour qui il s'inquiétait le fuyaient... C'était un cercle sans fin. Il espérait simplement que le monde l'oublie. Juste un instant. Mais voir sa conseillère lui "conseiller" de se montrer, de se confier, ne le laissait pas envisager ses propres souhaits. Qui allait finir par l'écouter ? Peut-être ne valait-il mieux pas, se corrigea-t-il silencieusement. Quand on voyait les erreurs qu'ils faisaient, peut-être ne valaient-ils mieux pas qu'on l'entende. 

Sa silhouette refléta la vitre de la fenêtre qu'il regardait. Son regard croisa le sien. Il s'énerva, jetant au sol l'étagère de livres qui trônait à sa droite. Puis il souffla, regardant les dégâts avant d'aller à sa table là où il attrapa son carnet et un stylo. Il commença à y marquer des choses. 

"Vous allez retourner cette histoire, contre-moi, n'est-ce pas ? Un regard noir se souleva sur elle. Les rumeurs courent que Gabriel Agreste devient fou, enfermé dans son manoir à jeter tout ce qui lui passe sous la main et à crier sur ses employés ? Imitait-il. La marque Gabriel peut garder en qualité, il n'en reste pas moins dépassé car le styliste ne suit plus la cadence ?" Il pesta alors en se reconcentrant sur ses écrits.

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________________________________________ Mar 15 Sep 2020 - 0:05

Alors là, franchement. S'il pensait qu'une porte pouvait m'arrêter c'était qu'il me connaissait vraiment très mal ou que pas mal de ses neurones avaient grillé depuis qu'il avait décidé de devenir un ermite. Je ne pris même pas la peine d'arquer un sourcil nonchalant face à son indignation. Et on en a parlé, de mon indignation, à moi ? Sans. Déconner. On s'investit dans des relations, on donne son maximum à ses... comment ça s'appelle déjà... j'crois qu'il y a une série télé du même nom... ah oui, voilà, ses amis et c'est comme ça qu'on est reçu lorsqu'on organise une intervention de sauvetage nécessaire et non négociable ? J'étais profondément dégoûtée et aussi insatisfaite et probablement même déçue (alors que d'habitude je ne prends même pas la peine de l'être puisque les gens sont de toute façon toujours décevants, Dyson Walters plus que les autres, fallait bien qu'il soit premier quelque part) mais mon visage restait impassible, contrairement à celui de Gabriel, outré et fulminant de colère.
- En exerçant une pression vers le bas sur la clenche de la porte. Généralement ça marche sur ce type d'installation, expliquai-je aussi calmement que si Tristesse m'avait demandé pour la énième fois de lui expliquer le sens de la vie (qu'elle s'obstine pourtant à ne pas suivre). Et je ne reçois pas d'ordres des personnes en colère.
Menton relevé et bras croisés sur la poitrine, s'il y avait bien une chose dont je n'avais pas peur, c'était de le défier; C'est ça qui est pratique quand on est une émotion : on connaît très bien celle qu'on ait mais on a qu'une vague idée de la palette des autres. La peur, par exemple, je sais pas ce que ça fait et j'ai pas prévu d'apprendre de si tôt.
La capitulation non plus, c'est pas dans mes cordes. Mine de rien, à moi toute seule, je pense que je suis plus badass que tous les Avengers réunis mais jamais ô grand jamais j'irai filer de coup de main à l'Aspirateur et sa ligue de justiciers en collant. Mon truc c'est la justice sociale au sens très large du terme. Les supervilains en super costumes avec super collants encore plus super moches que ceux des gentils, merci mais non merci.
Tout ça pour dire que Gabriel maîtrisait l'art utile (et parfois noble mais surtout arrangeant) de la capitulation et capitula. Je ressentis presque de l'empathie à le voir si désemparé mais je dis bien PRESQUE. C'est pas ce genre d'amitié que j'ai à offrir. J'étais venue pour lui botter les fesses, pas pour lui tapoter l'épaule en tendant le paquet de Kleenex. Même si Sadie a des actions chez eux et que ça rapporte.
- J'ai jamais été fan des BA et j'ai déjà dit ce que je veux faire : mon intervention. Sur vous. Pour vous, précisai-je calmement.
Je ne cillai même pas quand, l'instant d'après, une partie du mobilier fut violemment projetée au sol. Ca arrive si souvent à Colère qu'on finit par s'y faire. Y a plus que Peur pour sursauter et Tristesse pour s'émouvoir de tant de rage. Et moi je suis au milieu, je tempère.
Présentement j'étais toujours au niveau de la porte, à observer, à écouter. Les gens se rendent pas compte à quel point j'écoute, entre deux sarcasmes.
- Piètre imitation, commentai-je finalement. Gabriel. On va dire que je peux vous appelez Gabriel, décidai-je comme si je me parlais à moi-même. Gaby, c'est vraiment trop nase comme diminutif et vous n'êtes pas un homme à diminutif.
Je marquai une pause, le temps de laisser le sérieux de l'intervention reprendre sa place et poursuivis :
- Je crois que vous avez besoin d'une amie. Et vous avez de la chance, vous en avez une. C'est vrai que pour mes affaires, ça serait mieux que vous ne vous transformiez pas en Bernard l'ermite parce qu'en plus Bernard c'est pas beau comme prénom. C'est vrai aussi que je déteste profondément quand on ne retourne pas mes appels. Mais, en dehors de tout ça, je pense que vous avez besoin d'avoir quelqu'un dans votre camp, là, tout de suite. Et ça tombe bien, je suis dispo. Je n'attends rien de vous. Pas aujourd'hui, en tout cas. Mais je vous tends la main. A vous de voir si vous voulez la saisir ou pas.
Je m'étais déjà retournée, la main sur la clenche, prête à partir dans l'autre sens, mais j'ajoutai pour la bonne mesure :
- A propos, je ne vous ai jamais vu jeter cette étagère par terre et c'est parce que je n'ai rien vu que je ne vous aiderai pas à ramasser. Car il n'y a pas de livres à ramasser au sol.

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